LA CROIX EN FRANCE
Les reliques de Paris faisant pour ainsi dire partie de l’histoire générale de la France ont dû occuper la place spéciale que je leur ai donnée dans le chapitre précédent. Pour mettre de la clarté dans le reste de cet inventaire, je reprendrai l’ordre alphabétique.
Amiens. — Ducange, dans son traité historique du chef de saint Jean-Baptiste à Amiens, décrit une relique très-remarquable du bois de la vraie croix, & en donne la figure. Il dit qu’elle était parfumée d’un baume dont l’odeur se répandait dans toutes les parties de la chapelle. Son volume pouvait être de 4,500“"". Désirant savoir si la cathédrale possédait encore son insigne trésor, je pris la liberté
de m’adresser à Mer Boudinet, évêque d’Amiens, qui me répondit : « Nous
n’avons plus cette relique; hélas! comme tant d’autres, elle a péri dans la Révolution...» (PI. X.)
Angers. — M. l’abbé Mâchefer, chanoine honoraire de la cathédrale d’Angers, au nom de Sa Grandeur, m’a envoyé la description suivante :
« Avant la révolution de 1793, la relique de la vraie croix de Saint-Laud d’Angers était composée de quatre morceaux d’environ 7“"“ d’épaisseur qui forment par leur réunion une croix assez régulière. La tradition rapporte que trois de ces morceaux furent donnés, au temps des croisades, par des rois de Jérusalem, & le quatrième par un roi de Sicile.
« Quoi qu’il en soit de cette tradition, il est certain que Foulques V, roi de
Jérusalem, envoya à Angers le morceau le plus important. Cette croix était connue par toute la France, du temps de saint Louis ; mais ce fut surtout sous le règne de Louis XI qu’elle devint célèbre. 11 faisait jurer les ducs de Bretagne, de Bourgogne sur cette précieuse relique, pour rendre leurs serments plus solennels ; c’est pour cette cause qu’il la fit transporter plusieurs fois à Nantes, à Paris, &c. Le chapitre de Saint-Laud en était le gardien ; & son érection n’avait pas d’autre motif. Chaque année, au dimanche de la Passion, & pendant les fêtes de Pâques, le concours prodigieux des fidèles attestait la vénération que les chrétiens avaient pour cette relique.... » Comme beaucoup d’autres, une partie seulement a été sauvée delà Révolution par de pieux fidèles & exposée publiquement en 1804.
Le montant de la croix, en plusieurs morceaux, a 70"™; les bras séparés ont chacun 20mm. La largeur du bois est de 8ra'n, & l’épaisseur environ de 3"™; cubant 2,640"™ (PI. XIII).
Arles. — On vénère dans l’église de Saint-Trophime, à Arles :
i° Une relique de la vraie croix conservée dans un reliquaire en cristal de roche & qui se compose d’une parcelle d’environ 11"™ de long sur 2™" & 2"™, produisant un volume de 44™”. Elle a été donnée à l’église par M. de Faucon & placée en 1804 dans un antique reliquaire en cristal de roche avec un fragment de la couronne de Notre-Seigneur. Mgr l’archevêque d’Arles, se fondant sur un authentique de M8r le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, a permis de l’exposer, (PI. XIII).
20 Deux parcelles d’environ 40"™ données par le pape Clément X, dont j’évalue le volume à 1 50"™.
30 Deux autres morceaux dont l’un était de 6omm sur io,nn' de diamètre, d’un volume d’environ 4,500"™. Évaluant l’autre à une quantité moindre, on peut estimer l’ensemble des reliques d’Arles à 8,000"™ 6).
Arras. — La vraie croix conservée à la cathédrale d’Arras vient d’un chanoine & prévôt de la cathédrale, M. Delattre, qui lui en fit présent (1630). M. l’abbé de Seyssel, ayant les mêmes fonctions, à l’époque de la Terreur, l’emporta en émigration avec l’épine. Elles furent renvoyées de Munster (1820) par son exécuteur testamentaire à S. E. Mgr de la Tour d’Auvergne, qui reconnut leur authenticité. Les trois morceaux, dont l’un se compose de deux parties reliées par un fil d’or, sont dans un reliquaire en forme de croix de bronze doré fermé par un verre de cristal. Le plus gros, formant la traverse, a moyennement 98"™
(1) Renseignements donnés par M. Tabbé Morel, archiprétre de Saint-Trophime.