LIVRE I, CH. VI. — LA CROIX EN FRANCE
Saint-Florent. — A l’église de Sai nt-Florent-lès-Saumur, dans le diocèse d’Angers, on voit un morceau notable de la vraie croix évalué à 400mm, de couleur claire, ayant toutes les apparences d’un bois de conifère. Cette relique fut visitée en 1858 par M. le chanoine Barbier de Montault, délégué par Mer l'évêque d’Angers, qui en reconnut l’authenticité. Pendant les guerres de religion elle dut sa préservation à un membre de la famille Lebœuf, qui la restitua en 1693 à l’abbaye de Saint Florent.
Saint-Quentin. — Ducange parle d’un phylactère conservé au couvent du mont Saint-Quentin en Picardie. On dit qu’il a été donné par l’évêque Nevelon au retour d’un pèlerinage à Constantinople. C’était un ouvrage grec semblable au phylactère de Cortone W dont j’évalue le volume à 5,oooinm.
Sens. — La métropole de Sens possède un des trésors les plus riches en reliques de la Passion. Charlemagne l’affectionnait particulièrement; saint Louis fit bénir dans cette ville son union avec Marguerite de Provence & y vint recevoir la couronne d’épines. On y voit deux morceaux importants de la vraie croix donnés, l’un par Charlemagne à son cousin Magnus, archevêque de Sens, l’autre par saint Louis.
La croix de Charlemagne est la plus grande, elle est à deux traverses; sa hauteur est de 3301™, la longueur de la petite traverse a 85™™ ; celle de la grande 2îo™ra ; la largeur dubois est de 14™", & l’épaisseur de 7 à 8""n ; son volume, 63,73 ‘S’’™* A 33'*™ de l’axe, il existe sur le bras droit d’en bas un trou rond d’environ 5ram de diamètre, rempli de cire.
La croix de saint Louis n’a qu’une traverse , assemblée à mi-bois avec le montant. Les deux extrémités du bras gauche & de la tête sont arrondies comme avec un canif. L’extrémité du bras droit est arrondie seulement dans l’angle supérieur. Le dessus, ou face de la croix, est uni, mais le dessous paraît inégal; l’épaisseur varie de 2 à 3™11. Sa hauteur totale est de 1 5 3'“", la largeur du montant est de 10'”“, la longueur de la traverse est de 96’™, la largeur de 9““. Elle cube 5,810"™.
h Le bois des deux reliques est d’essence identiquement semblable. La couleur est celle du cèdre, mais tellement vieilli qu’il ne ressemble à aucun autre bois auquel on puisse le comparer...
«... Depuis quelques années on ne peut les montrer qu’en présence d’un
(1) Venuti, 1791, De cruee Cortoniensi , p. 24.
prêtre qui place les vraies croix entre deux cierges allumés, & qui est obligé à rester présent pendant tout le temps qu’on les voit. »
Le volume total de ces deux reliques est de 69, 547,1"n.
Les dimensions & les renseignements m’ont été donnés par M. Lefort, architecte de la cathédrale, que S. G. Msr l’archevêque de Sens en avait chargé.
Troyes. — La belle cathédrale de Troyes possédait autrefois une des plus remarquables reliques du bois de la vraie croix, qui malheureusement n’existe plus, mais sur laquelle je crois devoir m’étendre avec quelques détails, en raison de son importance. J’ai puisé mes renseignements dans un manuscrit extrêmement intéressant que le savant auteur, M. le chanoine Coffinet, a eu la bonté de me communiquer, à la demande de S. G, Msr Ravine t W.
« Le 12 avril 1204, le sac de Constantinople eut lieu par l’armée des croisés se composant de Français (la plupart Champenois), de Flamands & de Vénitiens... Tandis que la foule des guerriers enlevaient l’or, les pierreries, les tapis, les riches étoffes de l’Orient, les pèlerins, les seigneurs, les barons, les ecclésiastiques & les évêques qui faisaient partie de l’armée latine recueillirent un butin plus digne des soldats de Jésus-Christ. Lorsque l’ordre fut rétabli, on désigna trois églises dans lesquelles toutes les dépouilles de Constantinople devaient être déposées. Défense était faite, sous peine de vie & d’excommunication, de rien détourner du butin.
« Garnier de Traînel, cinquante-neuvième évêque de Troyes (1192-1205), grand aumônier de l’armée latine, fut constitué gardien de ces splendides richesses. Ce prélat, déjà avancé en âge, avait pris la croix pour la seconde fois (1200J... 11 succomba à une épidémie le 14 avril 1205. .. Après sa mort, Jehan Langlais, son chapelain, rapporta à Troyes un lot de reliques réservées par l’évêque.
« La plupart de ces objets portaient des inscriptions qui en constataient l’origine : i° Une parcelle de la croix de Notre-Seigneur, d’après un inventaire de 1429, dans un reliquaire en forme de croix double, dorée, sur un vase de cristal dont le pied est en argent... » Un inventaire du 20 juillet 1 6 1 1 en fait mention. « En 1709 deux bénédictins de Saint-Maur voient à Troyes, parmi les reliques qu’on y conserve, un morceau de bois de la vraie croix de 8 ou 10 pouces de long avec les deux croisillons, sur lesquels il y a des émaux où sont gravés des caractères grecs qui en font foi, En 1771 l’historien Grosley écrivait à M. Gonneau rédacteur du
(1) Voir pièces justificatives.