‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 143 sur 317 · LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS

Syrie, qui florissait au commencement du v' siècle, saint Augustin vers 430, Innocent XIV (1200), le cardinal Baronius, le cardinal Tolet au xvi® siècle, se prononcent tous dans ce sens.

Saint Grégoire de Tours, dans son livre sur la gloire des martyrs, s’exprime ainsi : « Deux clous sont fixés dans les mains, deux dans les pieds. On se demande pour quoi faire ceux des pieds, qui dans la croix de Notre- Seigneur paraissent plutôt pendre que s’appuyer. Mais il est évident que dans le montant il y a un trou, que dans ce trou le pied d’une petite table a été inséré, enfin que les pieds de Jésus-Christ ont été fixés sur cette tablette. »

L’abbé Martigny (') dit que Cimabuë & Margaritone sont les premiers qui se soient donné la licence, dans leurs grands crucifix peints qui existent encore à Sainte-Croix de Florence, de placer les pieds l’un sur l’autre & de les fixer avec un seul clou. C’est donc vers le xm' siècle que l’Italie a adopté cet usage, tandis que celui qui a prévalu en France & en Espagne est, comme dans les peintures les plus anciennes, de séparer les pieds du crucifix. Rocca dit que cet usage n’est ni raisonnable ni ancien, & n’est dû qu’au caprice des artistes.

Parmi les auteurs, d’après Rocca, le poète Nonnus & saint Grégoire de Nazianze sont seuls de cet avis.

« Le premier motif pour employer deux clous à l’attache des pieds se trouve dans la facilité que durent chercher les bourreaux. Peut-on en effet compter sur la patience de la victime qui aurait dû faire effort pour retirer le pied de dessous pendant que l’on perçait l’autre, & le clou s’appuyant sur un objet mou & sans résistance n’aurait-il pas échappé aux coups des marteaux (2) ? »

C’est ce que pensent des médecins que j’ai consultés & qui croient de plus que, dans un pareil système, il eût été impossible de ne pas briser les os. Or nous savons que les os de Notre-Seigneur ne devaient pas être brisés. Un peintre voulant peindre un crucifix, suivant l’usage moderne italien, avait essayé de faire poser un modèle en lui attachant les pieds l’un sur l’autre ; il me disait qu’il n’avait jamais pu le fixer dans une position convenable. Les jambes s’écartent, la charge devient énorme sur les mains, le ventre se porte en avant, de telle sorte qu’il aurait fallu attacher le corps avec une sangle au montant de la croix.

Le grand nombre de clous considérés comme des reliques de la Passion de Notre-Seigneur a fait chercher si l’on n’en avait pas employé plus de

(î) Dictionnaire des antiquités chrétiennes * (2) Curtius, p. 34a

quatre lors du crucifiement. Des auteurs ont dit qu'il y en avait quatorze & ont cherché à les trouver dans les assemblages de la croix. Je ne le pense pas, Le fer était alors un métal assez rare, que l'on ne prodiguait pas plus en Judée qu'à Rome ou dans les Gardes ; on ne dut donc employer que les clous strictement nécessaires pour fixer les membres sur la croix, & peut-être de très-petits pour attacher le titre. La croix du bon larron que l'on voit à Rome, à Sainte-Croix de Jérusalem, n'a qu'une cheville pour attacher la traverse au montant. Le petit modèle de croix formé de bois sanctifié, & conservé à Saint-Pierre de Rome depuis une haute antiquité, est attaché avec des chevilles. Le support devait être assemblé d'une manière analogue. Le charpentier qui l'avait fabriqué n'avait sans doute pas agi autrement que pour la traverse ; & l'on sait que toutes les anciennes charpentes étaient chevillées. Rappelons encore ici le texte de saint Grégoire de Tours, cité tout à l'heure, & qui rend bien compte de l'assemblage de ce support entrant dans un trou pratiqué dans le montant.

Les clous devaient être très-grands pour supporter le poids du corps & faire des plaies assez larges pour que Notre-Seigneur pût dire à saint Thomas d'y mettre le doigt. La raison est ici, comme toujours, d'accord avec les saints Pères (h.

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