‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 150 sur 317 · LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS

bienheureux pape Vigile a juré au très-pieux empereur, en notre présence, c’està-dire de nous Théodore de Césarée en Cappadoce, & de nous Céthégus, patrice, par la vertu des saints clous avec lesquels Notre-Seigneur a été crucifié, & par les quatre saints Évangiles, & en particulier par la vertu du frein sacré & des quatre saints Evangiles, qu’ils vont s’unir de cœur & d’esprit à cette pieuse assemblée. »

Le clou de Carpentras, que j’ai dessiné sur place avec beaucoup de soin, est un véritable mors de cheval, semblable à ceux dont les Romains avaient coutume de se servir. On en peut voir des modèles au Musée d’artillerie de Paris & à la Bibliothèque impériale.

La partie intérieure, que les éperonniers appellent canon ou embouchure, est longue de 17 centimètres. Le mors est entier : c’est un filet en deux parties

x Mors antique. — Bibliothèque impériale.

qui se pénètrent en formant une espèce de charnière. L’une des boucles est entièrement soudée, l’autre est fermée à chaud & non soudée; au canon sont attachées deux branches qui ont chacune iéo""” de long & nn,m de diamètre. On remarque à chaque extrémité un fourreau en argent doré de 50'""“ de long; à l’extrémité de l’embouchure, c’està-dire vers le milieu des branches, pendent deux anneaux assez larges & de deux grandeurs différentes. La forge de cette pièce est difficile par son ajustement avec l’appendice des branches, elle est soignée & apparente ; on ne voit pas de trace de lime. Le mors entier pèse 350 grammes.

« C’est à tort qu’on attribue à saint Siffrein l’honneur d’avoir enrichi son église d’une relique si précieuse, puisque le saint clou était à Constantinople en 533 lors du concile, & en 576 lorsqu’on l’employa à la guérison de l’empereur Justin; or saint Siffrein, évêque en 336, était mort en 576.

« Ce qui paraît le plus probable, c’est qu’il fut pris au temps des croisades, avec tant d’autres reliques. Il aura été volé, pour être remis à Carpentras. Cette origine explique le secret dont on l’a entouré , le vendeur & l’acheteur ayant le même intérêt à le garder.

« Les premiers monuments authentiques de la possession du saint mors remontent au temps de la 4e croisade (1204). Nous trouvons un diplôme dans le chartier de l’évêché, daté de l’an 1226, au bas duquel on voit un sceau en

plomb portant l’effigie du saint clou. Elle est aussi sur un instrument de l’hôtel de ville de 1250. Un inventaire des reliques en fait mention en 1322. On le retrouve pendant le séjour des papes à Avignon, c’est-à-dire de 1309 à 1379. Nicolas V, en 1451, accorda des indulgences à son sujet.

« Les malheurs des temps, auxquels Carpentras fut plus exposé que d’autres, explique très-bien l’absence d’authentique. La possession cinq fois séculaire, dans les conditions où elle a eu lieu, peut très-bien les remplacer (*>. » (PI. XVI).

Colle. — La tradition rapporte que, vers le ixc siècle, un cardinal français, en revenant de Rome, avait reçu en cadeau du souverain pontife un vrai clou, pour le rapporter dans sa patrie, & qu’à son retour en France il tomba malade à Viterbe, où il mourut. Il avait avec lui un prêtre de Bibbiano distant de deux milles de Colle, & lui confia cette relique placée dans un tube de roseau enfermé dans une petite boîte. Après la mort du prélat, le prêtre prit avec lui le dépôt sacré, qu’il conservait religieusement, jusqu’à ce que, sentant sa fin prochaine, il appela sa mère qui était veuve & lui dit : «Vous donnerez ce clou sacré à la terre de Colle ou celle de San-Giminiano, selon que vous aimerez plus l’une ou l’autre. Vous êtes de San-Giminiano, & mon défunt père votre mari était de Colle. » Il ajouta : « Pour vous ôter toute incertitude , faites avertir les deux communes en même temps, en leur annonçant le don que vous voudrez leur faire, & que la plus empressée devienne possesseur de la relique. »

Aussitôt qu’on eut reçu cet avis à Colle, les frères de la compagnie de la Croix se réunirent dans la paroisse del Piano, se rendirent processionnellement à Bibbiano avant l’arrivée de ceux de San-Giminiano, & reçurent le précieux trésor.

En 1335 des legs pieux furent faits à l’œuvre de la Sainte-Relique. Ces legs & donations se continuèrent jusqu’à nos jours. En 1465 le conseil de Colle ordonna un beau tabernacle en marbre; en 1618 il lui fit un plus riche reliquaire en argent ; au xvc siècle on ne le montrait qu’avec la permission du conseil ; & le respect qu’on lui rendait était tel, qu’il n’était pas permis même d’y faire toucher des modèles de clous (1 2>.

La manière dont ce clou a été donné par un souverain pontife rappelle la donation de saint Charles Borromée au roi d’Espagne, dont il sera question plus

(1) Andreoli, le Clou de Carpentras; l’abbé Ricard, Notice sur le mors de Carpentras . Lyon, 1862 p. 9, 112.

(2) Cateni, Notiiie del SS» c/iiedo di colle } 1821, p. 31.

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