LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS
loin, & semble indiquer que ce pourrait être un modèle qui aurait touché au vrai clou de Rome, comme on en distribue encore actuellement.
Par exception, celui de Colle, dont je n'ai pu me procurer la grandeur exacte, n'a pas été figuré dans sa dimension réelle, il a été copié dans Cateni (PI. XVI).
Cologne. — J’ai vu à Cologne un fragment de clou enchâssé dans un tube d'argent, de 4o“m de longueur, & qui doit inspirer confiance par la petitesse de son volume & l'antiquité de l'église.
Cracovie. — L'église de Cracovie en Pologne, dit-on, en possède un qui fut donné au roi Wladislas par le cardinal des Ursins W,
Escurial. — L'église Saint-Laurent à l'Escurial près Madrid conserve, dit Corrieris, un clou fabriqué avec quelques parcelles des vrais clous. Ne serait-ce pas plutôt celui que saint Charles Borromée aurait envoyé à Philippe II & qu'il avait fait toucher au clou de Milan?
Florence. — Richa, dans la description des églises de Florence (s), note une relique d'un très-vif intérêt, en ce qu’elle concourrait à expliquer le grand nombre de clous vénérés dans le monde. On la conservait à l'église du couvent Degli Angioli appartenant aux camaldules. Son authentique est rappelé dans une inscription tracée sur le pied du reliquaire & nous apprend que c'est un des douze clous que Constantin fit fabriquer, en y mêlant quelques fragments d'un de ceux qui servirent à crucifier Notre-Seigneur. Giamboni, dans son Diario sacro 0), le décrit, en rappelant, comme Richa, l'inscription qui en marque l'origine.
Après avoir vainement tenté de voir cette relique pendant mes précédents voyages à Florence, j'ai eu la bonne fortune de l'examiner avec soin lors du dernier. C'était au moment précis, bien triste & bien solennel, où les religieux camaldules étaient indignement chassés de leur couvent (octobre 1868). Le révérend père prieur, d'une sérénité admirable malgré ses vives préoccupations, eut la bonté de me montrer le fer sacré & de me permettre de le dessiner. Il est enfermé dans un reliquaire des plus simples en bois de noyer encadré d'argent & portant la date de 1585. Il s'y trouve trois petits morceaux du bois de la vraie croix, de l'éponge, de l'épine, &c. Sur le côté du reliquaire on lit : VNVS, EX. XII, CLAVIS.
(1) Gosselin.
(2) Richa j C/iiese florentine j t. VII, p. 17 1,
(3} Giamboni, Diario sacro } Florence, 1700, p, 89.
Cette relique vient du cardinal Bessarion, né en 1395, mort en 1472, nommé patriarche de Constantinople parle pape Pie II. Il s’était lié d’amitié avec le vénérable dom Ambrogio Traversari, général des camaldules, interprète entre l’Église grecque & l’Église latine pour leur réunion au concile de Florence. 11 lui donna, en gage d’amitié, plusieurs insignes reliques, & entre autres un des douze clous où se trouvaient des parcelles des clous du Calvaire (PI. XVII).
Lagny. — Autrefois un saint clou se trouvait à l’abbaye royale de Saint- Pierre de Lagny. Tous les ans, le dimanche de la Passion, on le portait procès-, sionnellement dans les rues de la ville appelée alors Lagny-le-Clou.
Laon. — L’abbaye de Saint-Vincent-de-Laon célébrait la fête d’un saint clou qu’elle comptait parmi ses reliques (*).
Milan. — On a dit que le vrai clou, qui est la plus célèbre des reliques vénérées à Milan, avait, comme celui de Carpentras, la forme d’un mors. C’est une erreur; sa forme est toute différente. Corrieris paraît douter de son authenticité, & dit qu’on n’en parle qu’au xvc siècle, à l’occasion d’une réparation de l’église. Cornélius Curtius, au contraire, prétend que personne ne doute de ceux qu’on possède à Milan, à Rome & à Trêves.
D’après Besozzi, l’empereur Théodose l’apporta à Milan pour saint Ambroise, & saint Charles Borromée l’avait en grande vénération. Il n’a rien de commun avec celui de Carpentras. En 1649, on en Lma une partie pour satisfaire la dévotion de Marie-Thérèse d’Autriche, alors infante d’Espagne, & depuis épouse de Louis XIV.
Craignant qu’il ne fût volé, on l’a renfermé dans une grande croix dorée avec un morceau de la vraie croix, & on les a placés vers la retombée de la voûte audessus du maître-autel. Cinq chanoines, dans les jours solennels de l’exposition, ouvrent la porte du reliquaire, & des ouvriers le descendent avec des cordes pour le montrer au peuple. Je n’ai pu le voir; mais, à la recommandation de Mer de Rossi, vicaire général, M. le préfet de la sacristie a bien voulu, en me montrant les reliques insignes données par Pie IV à son neveu saint Charles Borromée, me prêter une image gravée du clou que j’ai calquée (PI. XVII).
Monza. — On conserve à Monza près Milan la célèbre couronne de fer qui ser-
(1) M. l'abbé Denis, chanoine de Meaux.