‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 165 sur 317 · LIVRE II, CH. II. — LE TITRE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. II. — LE TITRE DE LA CROIX

devrait avoir 240[fim sur ISO""", Or ce sont précisément les dimensions du bois sacré. La brique & le titre sont donc parfaitement en rapport.

Une indication de mesure du journal de Rome de 1491 semble contredire ce que je viens d'avancer. Le journal donne au titre une largeur d'un palme & demi. Or, le palme romain étant de 22imm, la mesure correspondrait à 333'"'", tandis que nous n'y trouvons que 2401""1.

Admettant un moment que la mesure de 333,1’in soit vraie, les mots nazarenvs re occupant 210™"1, l'inscription Jésus Na\arenus Rex Judœor, telle que le journal la suppose, aurait dû occuper le double de la place, soit 42olimi, plus un certain espace à chaque extrémité ; ce qui est loin de ses 3 3 3"™. 11 s'est donc trompé ou sur la mesure, ou sur le texte. Je crois qu’il s'est trompé sur les deux.

Mais comment expliquer que deux fois, à un siècle d'intervalle, on n'ait pas vu la relique telle qu'elle est réellement? C'est que l'homme en général est prédisposé à voir les choses comme il le désire.

En 1492, dans la joie d'avoir retrouvé un monument, pour ainsi dire parlant, du sacrifice de la croix, on n’y regarde pas de très-près, on croit avoir le titre entier ; l’imagination le complète. Lælius Petronius remarque, il est vrai, que le dernier mot s'arrête à R; pas de doute pour lui, en mettant au net des notes prises avec empressement, c’est le dernier R de jvûæorvm, & non pas la première lettre du mot rex.

En 1364 on s’approche de la vérité, mais on n'en envisage encore qu’un côté, & l’on reconnaît que le mot jvdæorvm manque entièrement à la fin de l'inscription ; c'était le plus grand effort de la critique ; on ne songe pas à voir si le commencement est bien comme le journal de Rome l'a décrit.

En 1648 la critique archéologique est plus avancée, &l’on voit la relique exactement comme nous la voyons aujourd’hui.

Si le titre eût été apporté tout entier à Rome, comment eût-il été possible qu’on en possédât dans diverses églises & notamment à la Sainte-Chapelle de Paris où le P. Durand, peu après le temps de saint Louis, a vu la tablette portant l'inscription tout entière : Jésus Na^arenus Rex Judceorum W.

Jérusalem en avait aussi, au témoignage du moine Antonin, voyageant dans la terre sainte avant que le pays eût été ravagé par les barbares. « Ce religieux, en faisant le dénombrement des saintes reliques qu'il vénéra à Jérusalem, rapporte une particularité intéressante, ignorée jusqu'ici par tous les auteurs qui ont écrit

(1) Rutionah divinoram officiorum , liv. VI, ch, lxxx, p. 3J4. — De bmtàktioM ceni.

sur le titre de la vraie croix ; c’est que dans la basilique Constantine, bâtie sur le saint sépulcre, on lui montra le titre qui avait été mis sur la tête du Sauveur, & où il était écrit : jesvs nazarenvs rex jvdæorvm. Je l’ai tenu de mes mains, dit-il, & l’ai baiséW. » Le moine Antonin, en voyant une portion insigne du titre de la croix, dit qu’il a vu le titre, comme nous disons encore : le titre de la croix est à Rome.

Rome, nous venons de le voir, ignorait l’existence de son saint trésor; ce n’est donc pas de là que la relique de Paris serait venue, mais bien plutôt de Constantinople. Sainte Hélène a partagé sans doute l’insigne relique en trois parties comme elle le fit pour la croix; elle dut en donner une partie à Jérusalem où le moine Antonin l’a vue, une autre à Constantinople d’où elle vint à Paris, & la troisième à Rome, sauvée providentiellement par l’oubli qui la protégea pendant dix siècles.

Des fragments des deux premières ont pu se répandre à Rome dans les églises de Sainte-Croix-in-Jérusalem, de Saint-Jean-de-Latran , Saint-Marc, & dans celle d’Anagni près Rome; — enfin à Toulouse, où l’église de la Daurade exposait le 3 mai & le 14 septembre un titre, que d’ailleurs on n’y retrouve plus.

Résumons cette discussion pour en tirer l’expression fidèle de la vérité que nous cherchons.

Nous trouvons aujourd’hui une relique du titre & un couvercle en terre cuite parfaitement faits l’un pour l’autre. Les lettres sur la terre cuite sont nécessairement antiques & n’appartiennent pas au moyen âge.

Des erreurs commises dans les mesures approximatives, prises sans le soin qu’y apporte la critique moderne, sont une nouvelle preuve de la parfaite concordance du titre & de son couvercle. On n’a pu en rien détacher, ni réduire son étendue ; donc nous possédons dans son intégrité primitive la relique donnée à Rome par sainte Hélène.

(1) M. Faillon de Saint-Sulpice, Histoire de sainte Madeleine : t. II, p. if .

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