LIVRE II, CH. III. — LA COURONNE D’EPINES
Charlemagne en avait obtenu de Constantin, empereur de Constantinople. Nous transcrivons ici de nouveau un passage important des grandes annales de France :
« Au retour de Jérusalem, le dict Charlemagne passa par Constantinople, & luy fist, le dict Constantin empereur, offrir de grands présents & trésors d’or, d’argent & de pierres précieuses. Mais le dict Charlemagne, qui avait empris le dict voyage pour l’honneur de Nostre- Seigneur Jésus-Christ, ne voulut avoir de son travail & labeur nulle rémunération temporelle, & n’en voidut riens prendre : mais il demanda au dict empereur aucunes reliques de la Passion de Jésus-Christ, & de ses saints. A cette cause , le dict empereur de Constantinople lui donna un des clous, de quoi Nostre-Seigneur Jésus-Christ fut crucifié, des épines de sa couronne, laquelle en sa présence florist miraculeusement, & grande partie du fust de la vraie croix W. »
Jacques Bosio, au dire de Bartholin (2), a vu à Paris plusieurs épines fixées à une branche. On sait en effet qu’indépendamment de l’anneau de joncs qui constitue la couronne de Notre-Dame, saint Louis avait acquis des épines.
Toutes ces reliques ont été religieusement conservées dans de riches reliquaires à la Sain te -Chapelle jusqu’à la révolution. L’occupation môme de Paris par les Anglais n’avait pas porté atteinte à l’usage où l’on était de les vénérer.
Depuis la fondation de la Sainte-Chapelle jusqu’en 1656 les clefs étaient gardées par le roi lui-même ou par un seigneur délégué qui ne pouvait les prêter sans l’ordre du roi (3) .
La châsse de Notre-Dame rappelle la mémorable histoire de la relique dont saint Louis avait enrichi la fille aînée de l’Église. On lit sur sa première face : « La sainte couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, conquise par Baudouin, à la prise de Constantinople en 1204, engagée aux Vénitiens en J 238, fut reçue avec grande piété par saint Louis à Villeneuve, près Sens, le 10 août 1239.»
Sur la seconde face : « Transférée de la Sainte-Chapelle à l’abbaye de Saint- Denis, en France, par ordre de Louis XVI en 1791, rapportée à Paris en 1793, dépouillée à l’hôtel des Monnaies & portée à la Bibliothèque nationale en 1794, elle fut enfin restituée à l’église Notre-Dame, par ordre du gouvernement, le 26 octobre 1804. »
Sur la troisième face : « Reconnue le 15 octobre 1805 par P. Dienzi & C. N.
(1) Bosio j p. 82*
(2) Bartholin j De cruce Chrisû, Lyon* 1695, Épines.
(3) Gosselin y p, 102.
Warenflot, vicaire général de Coutances, chargés en 1791 d’en prendre une parcelle pour Port-Royal , elle a été transférée solennellement à l’église Notre- Dame par J. B. cardinal de Belloy, archevêque de Paris, le 10 août 1806. »
La couronne est renfermée dans un anneau de cristal en six pièces attachées par trois agrafes en bronze doré & par des fils de soie rouge, passant par des trous percés dans les rebords saillants du cristal, & formant une espèce de couture pour retenir les sceaux.
Elle se compose d’un anneau de petits joncs réunis en faisceaux. Le diamètre intérieur de l’anneau est de 210™, la section a lÿ™ de diamètre. Les joncs sont reliés par 1 5 ou 16 attaches de joncs semblables. Un fil d’or court au milieu des attaches, pour consolider ces précieux débris. Le diamètre des joncs, qui sont très-fins, varie de imm à i"™ 1/2. Quelques-uns sont pliés & font voir que la plante est creuse j leur surface, examinée à la loupe, est sillonnée de petites côtes.
Indépendamment de l’authenticité que l’histoire assure à la relique de Notre- Dame, l’espèce d’invraisemblance qui l’environne au premier aspect, & qui cesse bientôt après un examen attentif, prouve qu’elle était vraiment la couronne de Notre-Seigneur. Si on eût voulu composer une couronne, d’après l’idée toute naturelle qu’on devait s’en faire, & que les peintres ont suivie sans réflexion, on n’aurait pas simulé un anneau de joncs au lieu d’épines, & on ne l’eût pas fait d’ailleurs trop grand pour la tête.
Je n’y ai reconnu aucune trace de la division en trois parties dont parle Gosselin, & qui aurait été faite au moment de la révolution. Il suffit d’examiner avec attention ce faisceau de joncs pour voir qu’il est intact, sauf quelques brins qu’on a pu lui enlever, mais que la division eût entraîné un éparpillement complet de toutes ses parties.