‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 179 sur 317 · LIVRE II, CH. III. — LA COURONNE D’EPINES · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. III. — LA COURONNE D’EPINES

Louis, & est conservée dans le trésor de la cathédrale de Paris. Comme les autres restes des instruments de la Passion, elle demeura cachée pendant les quatre premiers siècles. En 409 saint Paulin, évêque de Nola, en admettait l'existence comme un fait notoire; Saint Grégoire de Tours paraît être le premier qui en ait parlé explicitement; le patriarche de Jérusalem, vers l’an 800, envoya à Charlemagne un clou, des épines & un morceau considérable de la croix. Charles le Chauve donna ces reliques à l’abbaye de Saint-Denis. Une inscription du xne siècle placée sur son tombeau rappelle cette donation.

Au temps de la première croisade, pour engager les Latins à s’emparer de Constantinople, Alexis Comnène écrivit en 1 100 à Robert, comte de Flandres, que l’on conservait beaucoup de reliques insignes à Constantinople W.

L’empereur de Constantinople Baudouin II, avait emprunté aux Vénitiens une somme de 13,075 hyperpères correspondant à 156,900 livres de notre monnaie. Ne pouvant se libérer, il s’adressa en 1238 au roi de France, qui paya la dette & devint possesseur des reliques que l’empereur avait consignées comme gage entre les mains de ses prêteurs (1 2 3) .

« Saint Louis, ayant obtenu cette concession, envoya à Constantinople deux religieux dominicains, Jacques & André, dont l’un, ayant été prieur dans un couvent de cette ville, avait vu plus d’une fois la sainte couronne d’épines, qui faisait partie des reliques concédées, & était bien instruit de tout ce qui la concernait. Baudouin, alors à Saint-Germain , les fit accompagner d’un de ses officiers avec des lettres patentes par lesquelles il ordonnait aux seigneurs de délivrer la sainte relique aux envoyés du roi. Avant de quitter Constantinople, on prit toutes les précautions propres à constater l’authenticité & la conservation de cet objet sacré. La caisse qui la renfermait fut scellée des sceaux des seigneurs français 0). Après avoir échappé aux dangers de la mer, sérieux à cette époque de l’année, car on s’était embarqué vers Noël, la sainte couronne arriva à Venise où

(1) Voici les reliques auxquelles il fait allusion :

La colonne à laquelle Notre-Seigneur a été attaché ;

Le fouet dont il a été flagellé ;

La robe de pourpre dont il a été revêtu ; ,

La couronne d'épines;

Le roseau qu'on lui a donné pour sceptre ;

Les habits dont on l'a dépouillé ;

Une partie considérable de sa croix;

Les clous qui ont servi à son crucifiement;

Les linges trouvés dans son tombeau.

(2) Gilbert, Description de la basilique métropolitaine de Paris , 1821.

(3) Gosselin, p. 103.

elle fut déposée dans le trésor de la chapelle de Saint-Marc, jusqu’à ce que toutes les conditions du marché avec les Vénitiens fussent remplies. Les ambassadeurs du roi, ayant reconnu les sceaux, reprirent le chemin de la France. Saint Louis, accompagné de la reine sa mère, des princes ses frères, de plusieurs prélats & seigneurs de la cour, alla au-devant d’eux & rencontra la sainte couronne à Villeneuve-l’Archevèque, à cinq lieues de Sens, le xo août 1239. On ouvrit d’abord la caisse de bois qui renfermait la sainte relique & l’on en vérifia les sceaux, avec les actes qui en établissaient l’authenticité. On ouvrit ensuite la châsse d’argent, puis le vase d’or qui renfermait la sainte couronne, & on la fit voir au roi & à tous les assistants...

« Le lendemain le roi partit pour Paris , où se fit, huit jours après, la réception solennelle de la sainte relique W.»

«... Quelques années après la translation que nous venons de rapporter, saint Louis, ayant reçu de l’empereur Baudouin une portion considérable de la vraie croix avec d’autres reliques, fit bâtir sur l’emplacement de l’ancienne chapelle du palais celle qu’on voit aujourd’hui ; cet édifice, commencé vers l’an 1241 & fini en 1248, coûta au pieux monarque environ 40,000 livres de son temps, évaluées communément à 800,000 livres de notre monnaie (1 2 3 4). »

C’est dans le même temps que, par un singulier rapprochement, les Pisans consacraient un reliquaire du même genre à une autre portion de la couronne d’épines. Et la Santa Maria délia Spina de Pise est, comme la Sainte-Chapelle de Paris, une merveille d’architecture; c’est là qu’ont été conservées deux parties de la couronne, suffisantes pour nous faire bien connaître cet horrible instrument du supplice de Notre-Seigneur. Et par une autre coïncidence qui marque bien l’instabilité des choses humaines, ni l’une ni l’autre châsse de marbre ou de pierre n’a gardé jusqu’à présent sa relique ; mais les deux reliques sont entières, & les châsses restaurées pourraient encore les recevoir.

Ces reliques n’étaient pas les seules de cet ordre que Paris possédât ; au dire de Gretzer (J), cette ville en avait obtenu bien auparavant. Justinien, empereur (527), donna à saint Germain, évêque de Paris (4), des épines de la sainte couronne qu’il plaça avec une grande vénération dans l’église de Sainte-Croix.

(1) Gretzer, ch. xcv, raconte ainsi cette translation : Cui cum afferctur obviant reverentiœ causa processit , comitantibus episcopis } regnique proccribus } multis | cum lacrymis (sr suspiriis , nudis pedibus , affluente undique in genua procumbente populo .

(2) Gosselin, p. 108.

(3) Ch. xcv.

(4) Né à Autun, en 495 + 576.

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