LIVRE II, CH. IV. — LES SAINTS SUAIRES
La toile des suaires & des bandelettes, très-remarquablement tissée, est de cinq ou six qualités différentes. Les plus belles portent le nom d’Horus ; mais parmi les compresses non marquées on trouve des pièces grossières, du linge reprisé.
Wilkinson. — On trouve dans un ouvrage anglais de M. Wilkinson, intitulé Mœurs & coutumes W des renseignements intéressants que je ne crois pas devoir omettre :
La fabrication des tissus, dit-il, était célèbre en Égypte, qui les exportait chez les nations étrangères; Salomon en acheta beaucoup.
Les vêtements de laine étaient portés surtout par les basses classes, quelquefois aussi parles classes riches, mais jamais par les prêtres. Le coton était porté par toutes.
Les expériences microscopiques du docteur Ure, de Bauer, Thompson & autres montrent que les fibres du lin sont cylindriques, transparentes, articulées & réunies comme dans un roseau. Les fils de coton sont comme un ruban plat avec une lisière à chaque bord. On ne peut donc s’y méprendre, excepté quand le coton n’est pas arrivé à toute sa maturité. Alors la forme plate du centre est moins apparente. Les mêmes expériences, faites sur des linges de momies , ont montré invariablement du lin sans mélange, même de coton.
Italie. — J’ai vu à Turin & au musée égyptien du Vatican des momies semblables, sauf quelques légères variantes, à celles du Louvre & à celles dont nous venons de lire la description.
Cette coutume d’envelopper les morts remonte à la plus haute antiquité, persiste chez les Égyptiens sous les dominations grecque & romaine, & se retrouve encore dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Or, les chrétiens n’ont pu la prendre que des Juifs eux-mêmes, continuateurs des Égyptiens. Étant à Rome, conduit par M. le Chcr de Rossi dans les catacombes de Saint-Calixte, je vis deux corps couverts de linges. L’un paraît enveloppé d’une simple toile, où l’on distingue sur le devant les larges coutures qui le fermaient; l’autre embaumé à la manière égyptienne; c’est une vraie momie. Le premier est gris, le second presque noir. Si donc on trouve des dispositions de linges semblables à celles décrites précédemment dans le i" & le 11e siècle en Égypte & même à Rome, à
(i) Manners and customs^ vol. V, p. 381, & vol. III, p. 115.
plus forte raison ne doit-on pas admettre que cet usage était en pleine vigueur au moment où Notre-Seigneur fut mis au tombeau?
Jusqu’à présent nous avons considéré les linges des momies au point de vue de la quantité de linges, cherchons actuellement, pour terminer ces études, quelles étaient la qualité & la nature de ces tissus.
Tissus des momies. — L’obligeante intervention de MM. les conservateurs du musée égyptien du Louvre & du Muséum d’histoire naturelle m’a permis de faire, avec l’aide d’un des premiers industriels de Paris , des observations minutieuses sur des échantillons qu’ils ont bien voulu mettre à ma disposition. Je les ai pesés pour en déduire le poids de l’ étoffe au mètre superficiel, j’ai compté les fils de la trame & de la chaîne, & choisi les principaux pour en dresser le tableau ci-après, où ils sont classés d’après leurs poids, en commençant par les plus légers, qui sont en général les plus beaux.
Les villes d’Alençon, Armentières, Bapaume, Cambrai, Lille , le Mans & Mortagne ont des fabrications spéciales, bien connues des personnes qui se servent de ces étoffes. Elles donneront des termes de comparaison entre les saints suaires, les linges de momies & nos tissus de lin. J’ai ajouté quelques prix du commerce, qui sont encore une mesure d’appréciation relative.