LIVRE II, CH. V. — LES VÉRONIQUES
sentant une image très-nette de Notre-Seigneur. C’est plutôt une indication qu’une copie de la relique, où l’image est très-effacée. Les chanoines de Saint-Pierre ont seuls le privilège de voir cette insigne relique, qui est cachée môme aux cardinaux. La réunion des évêques à Rome pour l’immaculée Conception a fait faire une heureuse exception à cette règle, & permis à M. l’abbé Barbier de Montault, qui se mit sous la conduite de l’un d’eux, de la voir de près, & de raconter ainsi sa visite dans les Annales archéologiques.
« Le 8 décembre 1854, on fit descendre cette insigne relique sur l’autel du Saint- Sacrement entre la sainte lance & le bois de la vraie croix. La sainte face est enfermée dans un cadre d’argent doré par endroits & de forme carrée, sévère d’aspect, & peu rehaussée d’ornements. La simplicité du relief fait d’autant plus ressortir l’intérieur du tableau, que protège un cristal épais. Malheureusement, par une de ces coutumes trop fréquentes en Italie, une lame de métal couvre l’intérieur & ne laisse dégagée que la figure dont elle dessine les contours. A ces contours franchement accusés l’on soupçonne de longs cheveux qui retombent sur les épaules, & une barbe courte qui se bifurque en deux mèches peu fournies. Le reste des traits est si vaguement dessiné, ou plutôt si complètement effacé, qu’il m’a fallu la meilleure volonté du monde pour apercevoir la trace des yeux & du nez. Ce qui augmente encore la confusion est une résille à mailles espacées, placée là dans le but d’empêcher le linge de tomber par morceaux. En somme on ne voit pas le fond de l’étoffe, cachée par une application inutile de métal, & à l’endroit de l’empreinte on n’aperçoit qu’une surface noirâtre & ne donnant pas de forme de figure humaine (h . »
Véronique de Jaën (Espagne). — Msr Monescillo, évêque de Jaën, m’a envoyé une photopraphie représentant le voile de la Véronique que l’on conserve dans la cathédrale de cette ville & que j’ai reproduite en vignette à la fin de ce chapitre.
Laon. — On vénère à Laon une sainte face donnée aux religieux de Montreuil par Jacques de Troyes, chapelain du pape Innocent IV, en 1243.
Image d’Edesse. — On raconte qu’Abgarus, roi d’Edesse en Mésopotamie, avait envoyé un peintre pour faire le portrait de Jésus-Christ; mais que, ébloui par l’éclat surnaturel qui brillait dans sa personne, il ne put réussir, &qu 'alors Notre-Seigneur,
(1) L’abbé Barbier de Montault, Annales archéologiques , t. XXIII, p. 231.
prenant un suaire, en essuya son visage qui resta figuré sur le linge. Cette image était déjà célèbre au vT siècle à Édesse; elle y resta jusqu’au xf siècle, époque où elle passa à Constantinople, puis à Rome, où on la vénère à Sai nt- Sylvestre in-Capite. Une foule de docteurs pieux & savants, grecs & latins, pendant un grand nombre de siècles, ont cru à l’exécution miraculeuse de cette image W.
Gênes croit aussi posséder le saint suaire d’Édesse, qui aurait été porté de cette ville à Constantinople par Constantin Porphyrogénète en 944. Jean Paléologue, vers le milieu du xtv" siècle, donna l’image à Léonard Montaldo qui en fit présent à l’église de Saint-Barthélemy de Gènes, desservie aujourd’hui par les barnabites.
Portraits de Notre-Seigneur. — Telles sont les images de Notre-Seigneur « appelées acheiropoiètes, c’est-à-dire qui passent pour avoir été faites sans la participation de la main de l’homme. » Quelle que soit leur authenticité, elles ne peuvent servir à donner les traits du Sauveur, car elles sont tellement effacées qu’il est impossible, quoi qu’en dise Chiffiet, à propos du saint suaire de Turin, d’y trouver des traits arrêtés pour une figure humaine. D’autres monuments nous donneraient-ils la face divine d’une manière plus précise, en un mot « les chrétiens du premier âge possédaient-ils des portraits authentiques, des images contemporaines du Rédempteur? Malgré l’immense intérêt & la légitime curiosité qui s’attachent à une pareille question, la science n’est pas en mesure de lui donner une solution satisfaisante.
« La fameuse controverse qui s'éleva, dès le iT siècle, au sujet de la beauté ou de la laideur de notre Sauveur, semble même exclure toute idée d’un type reconnu comme primitif; & deux cents ans avant saint Augustin, saint Irénée avait déjà affirmé positivement que ce type ne se trouvait nulle part. ..
« Il est certain néanmoins qu’un type tel quel, de convention, fut admis d’assez bonne heure. Était-il déjà fixé au temps de Constantin? Tout ce que nous pouvons affirmer, sur le témoignage d’Eusèbe, c’est qu’il existait dès lors des portraits du Christ, & que Constancia, sœur de l’empereur, pria l’évêque de Césarée de lui en procurer un. »
On voit cependant au cimetière de Saint-Calixte une image qui doit remonter au if siècle & qui « paraît être le point de départ de la forme hiératique qui a traversé tous les siècles... Le Sauveur s’y montre avec le visage de forme ovale.
(i) Trombellij II, 2* part.5 p. 12 y