LES VÉRONIQUES
Véronique du Vatican. — Saint Luc dit que Notre-Seigneur fut accompagné au Calvaire par une grande foule, & surtout par des femmes en pleurs auxquelles il dit : «Pleurez sur vous &vos fils, & non sur moi.» La tradition ajoute que l’une d’elles lui présenta un voile pour l’essuyer, & que ce voile étant plié en trois, l’image de Jésus-Christ se trouva trois fois représentée. On croit que la sainte femme qui essuya le visage de Notre-Seigneur s’appelait Bérénice ou Vénice dont, par corruption, on aurait fait Véronique, vraie image, appliquant à celle qui portait le voile le nom du portrait qui s’y imprima W. On a conservé, dit-on, ces images dont l’une serait en Espagne, l’autre était à Jérusalem & la troisième est à Rome.
(i) Bnillet, t, ÏV, p. ai.
Celle-ci, apportée du temps de Tibère, aurait contribué à une guérison de cet empereur. Constantin l'aurait placée dans la basilique de Saint-Pierre, où dix fois par an on la montre au pape, aux cardinaux & aux fidèles agenouillés sur les dalles de la nef.
Une inscription, copiée par M. le chanoine Barbier de Montault dans la diaconie de Sain te -Marie- de s-Martyrs, où l’on garde précieusement à l'autel du Crucifix les restes vermoulus d'un coffret de bois qui servit au transport de la sainte relique, nous apprend comment, parles mains mêmes de sainte Véronique, le voile de la sainte face vint de Palestine à Rome. Area in qua sacrum sudariam olim a diva Veronica delatum Romani ex Palestina hac in Basilica annis centum r est Huit,
Ce qu'il y a de certain, c’est que Jean Vil lui fit faire un reliquaire en 705.
Le 23 novembre 1011, le pape Sergius lui consacra un autel dans l’église de Saint-Pierre au Vatican.
En 1200, Innocent III en fit mention dans le sermon du premier dimanche après l'Épiphanie.
En 1298, Boniface VIII enleva la relique de l’église du Saint-Esprit, où elle se trouvait alors, & la rapporta à la basilique du prince des apôtres.
Au xve siècle, on établit une messe votive de la sainte Véronique ou sacrée représentation de Jésus-Christ.
En 1606, Paul V la plaça dans la nouvelle basilique de Saint-Pierre (h.
A Rome le cardinal Baronius, à Milan saint Charles Borromée, firent retrancher des titres liturgiques la fête de la sainte Véronique pour la remplacer par celle de la sainte Face de Notre-Seigneur. Benoît XIV, qui l’avait en grande vénération, ainsi que Urbain VIII, dit : «Que Véronique soit le nom d'une femme ou celui de la relique elle-même, il est certain que cette relique est honorée depuis beaucoup de siècles dans la basilique du Vatican. »
C’est ici, ce me semble, le lieu de rappeler ce que dit si sagement le savant dont Mabillon : « Là où la tradition est immémoriale & l'identité établie, la possession du culte est un titre solide, qui ne pourrait être détruit que par des preuves certaines & évidentes... La présomption est en faveur des reliques qui jouissent de ces avantages ; car on ne les a pas exposées d’abord sans les avoir bien examinées. Les anciens canons le prescrivent... Il est donc de l’équité de juger en faveur delà possession, à moins qu'on n'ait de bonnes raisons d'en douter, mais des raisons précises & non vagues & générales. » On distribue à Rome des gravures rcpré-
(1) ChifSet, ch. xxxiv.