LES TRENTE DENIERS
Les trente deniers. — Atilli constituerunt ei triginta argent eos (0 . Qu’étaient ces trente pièces d’argent? Saint Ambroise dit que c’étaient des deniers, ce qui porterait le prix de la trahison de Judas au dixième de celui du nard répandu par sainte Madeleine sur la tête de Jésus-Christ. Maldonatus, Périer & d’autres entendent que ce sont des sicles, c’est-à-dire ou 5 4*, 70 ou 48f,6o, selon les interprètes, & représentant le prix auquel l’Exode fixe l’amende à payer si l’on a tué un esclave.
Mais comment avoir acheté un champ pour cette somme, même en supposant qu’il fût dans un endroit sans valeur, couvert de pierres, hors de la ville, non susceptible d’être cultivé ? La Judée comprenant une population très-serrée, les terres devaient y être fort chères, surtout pour y recevoir les corps des nombreux étrangers qui mouraient à Jérusalem.
Si 30 sicles eussent suffi pour acheter un cimetière public , comment Abraham aurait-il payé 400 sicles pour l’emplacement du tombeau de Sara ? Il faudrait, ce qui est peu probable, que les princes des prêtres y eussent suppléé avec leur trésor.
Cette difficulté a amené le cardinal Baronius à dire que argent eus, qui dans les prophètes exprime un selagh ou un sicle, peut être pris pour litrim ou livre : cela porterait à 30 livres d’argent le prix de la trahison de Judas. Valeur plus en rapport avec le prix d’un champ destiné à faire un cimetière (2).
Bosio s’étend d’une manière fort intéressante sur la valeur des pièces d’argent & suit le sentiment de Baronius qui en fait des livres d’argent. Malgré l’avarice des Juifs , il fallait une somme considérable pour engager le traître à
(1) Matthieu, xxvi, 15.
(2) Cornélius à Lapide, sur saint Matthieu, xxvi, 15.