LIVRE II, CII. VI. — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION
où on la gardait (*). Du temps du vénérable Bède, elle était à Jérusalem dans le calice de Notre-Seigneur (2>, calice d’argent qu’on croyait avoir servi à la dernière cène. Il en existait en France une partie acquise par saint Louis. Beaucoup d’églises, entre autres Saint-Jacques de Compiègne (3), ont de petites parcelles; à Rome on en voit à Saint-Sylvestre-in-Capite, à Saint-Jean-de-Latran, à Sainte- Marie -Majeure, Sainte -Marie- in-Transtévère, Saint-Marc & Sainte -Marie -in- Campitelli.
La question de l’hysope présente plus de difficultés. Il existe en effet, dit Benoît XIV, deux espèces d’hysope, F une, plante parasite qui s’attache aux murs, l’autre, qui croît dans les champs & s’élève jusqu’à 2 mètres de hauteur. On ne sait pas si le suc de cette plante a été mêlé au vinaigre ou si sa tige a servi de support pour approcher l’éponge, ou si ses rameaux flexibles ont composé un panier léger dans lequel se trouvait l’éponge ; enfin si de sa tige on a pu tirer un bâton qui n’avait pas besoin déplus de 60 à 65 centimètres de longueur pour atteindre la tête du crucifié (4) .
Le père Lamy omet l’hysope dans le texte de sa concordance des Évangiles, mais il en parle dans ses notes ( S ), & après avoir discuté les divers avis, il se rattache à l’opinion qui prend l’hysope pour un bâton. C’est ce qui m’a autorisé à traduire comme je l’ai fait le verset 2,5 du chapitre xiv des Préliminaires.
11 suffit en effet de comparer attentivement les textes des trois évangélistes qui rapportent ce souvenir :
Saint Matthieu dit : Spongiam implevit aceto, & imposuit arundini të). Il met l’éponge sur le bâton, ou au bout du bâton.
Saint Marc:... & implens spongiam aceto , circumpotiensque calamo (7). 11 met l’éponge autour du bâton, il fait entrer le bout du bâton dans l’éponge qui l’entoure.
On ne peut douter que dans les deux évangélistes arundo & calamus ne soient pris dans la même acception ; c’est une éponge au bout d’un bâton.
Saint Jean se sert de termes presque identiques à ceux de saint Marc, en les appliquant à l’hysope : Spongiam plenam aceto hyssopo circumponentes $). La liai-
(1) Baillet, t. IV, p. 253.
(2) Gretzer, liv. I, ch. xcvi.
(3) Compiègne, pièces justificatives.
(4) Benoît XIV, liv. I, ch. vil.
(5) Lamy, liv. V, ch. xxxv, p. 597.
(6) Matthieu, xxvii, 48.
(7) Marc, xv, 36,
(8) Jean, xix, 29.
son entre saint Marc & saint Jean se fait par ce mot circuntponere ; il n'y a de différence entre eux que les mots calamus ou hyssopus mis l’un pour l'autre.
Les trois évangélistes ont donc exprimé la môme pensée en employant les mots arundo, calamus & hyssopus. Or, arundo est une tige de roseau ou une canne; calamus , d'après Pline , est une canne odoriférante de l’inde & de l'Arcadie ; & le mot hvssopus, qui exprime la plante, peut être pris pour sa tige. Saint Matthieu, saint Marc & saint Jean ont donc dit la môme chose ; seulement saint Jean, qui était présent, au lieu de se servir du terme général bâton, emploie le mot particulier hysope.