‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 234 sur 317 · LIVRE II, CH, VL — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH, VL — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION

On s’est demandé si c’était un cavalier ou un fantassin qui avait ouvert le côté du crucifié. Saint Jean, il est yrai, nomme lancea cette arme de la cavalerie ; cependant Suétone donne ce nom à l’arme des fantassins. Il parlait de Claude qui se faisait garder dans les festins par des fantassins appelés spiculatores : Neqtte con vivia inire ausits est , nisi ut spiculatores cum lanceis circumstarent, müitesque vice

ministrorum fungerentur V),

Les soldats qui ont crucifié Notre-Seigneur étaient quatre & à pied. Les Romains faisaient garder les condamnés par des fantassins porteurs d’une lance, hast a, arme courte pouvant facilement atteindre le côté du crucifié sur les croix basses ri)

La plupart des auteurs, & les plus dignes de foi, pensent que le côté droit a été percé. Des poètes seuls ont pu dire dans un langage hyperbolique que les deux côtés étaient également percés, que l’eau sortit de l’un, & le sang de l’autre 0). Les vieilles peintures représentent la plaie au côté droit. Dans le saint sacrifice de la messe, le calice est posé à droite du prêtre, pour montrer de quel côté le [sang a coulé sur la croix. Dans la messe solennelle où officie le souverain pontife, lorsqu’il communie sur son trône, par la même raison le vin lui est apporté à droite, & la sainte hostie à gauche. Benoît XIV (4) cite à l’appui de cette opinion: Bède in libros Regum, Ayala in Pictore christiano , Chifflet & Gretzer.

Cornélius à Lapide est du même avis. Il ajoute aux motifs que je viens de rapporter une prédiction d’Ézéchiel (ch. xl vu) (ï) : Et ecce aquee redeuntes a latere dextro

cum egrederetnr vir ad orientent . Saint François, en recevant les stigmates, a été percé au côté droit, aux pieds & aux mains. La blessure de Notre-Seigneur paraît avoir traversé tout le corps ; en entrant par la droite, la lame a percé le cœur & la pointe est sortie par la gauche sous le sein (fi). Saint Bonaventure & saint Augustin ont dit que le soldat qui a percé le côté droit de Notre-Seigneur

s’appelait Longinus, qu’il embrassa le christianisme & fut martyrisé en Cappadoce où il prêchait la foi. D’autres ri) prétendent que Longin était le centurion & non le soldat qui l’a frappé ; enfin (8) que Longin était le nom de la lance & que ce mot vient de la corruption du mot grec Myyyij

(1) Lamy, liv. V, ch. XXXVII.

(2) Serry, Exercitaiiones de Christo } Veiietiis, 1719, p. 377.

(3) Serry, toc, cit .

(4) ïïeféstis âominicis ; liv. I, ch. vn,

(J) Cornélius à Lapide y sur saint Jean, xix,

(6) Benoît XIV, liv, ï, ch, vu,

(7) BaroniuSj Ann p. 164.

(8) Serry, toc . eu.

Reliques de la lance. — On a cru que la lance avait été trouvée dans le même temps & au même lieu que la couronne dJépines &la croix. André de Crète, qui rapporte cette tradition, dit que c’est peu probable ; car elle était la propriété du soldat qui perça le côté de Notre-Seigneur W.

Du temps de Bède, de 67a à 735, la lance était enfermée dans une croix de bois, sous le portique du Martyre, église construite par Constantin. Arculphe, évêque français à la fin du vil0 siècle, Ta vue. Sa haste est cassée en deux; tout Jérusalem la vénérait & venait souvent la baiser. Saint Grégoire de Tours dit qu’après avoir été conservée à Jérusalem jusqu’à la prise de la ville par les Perses, Héraclius la fit transporter à Constantinople. En 1092 ou 1097, les croisés la trouvèrent à Antioche, dans l’église du prince des apôtres. En 1243 , Baudouin en céda la pointe à saint Louis , avec les autres reliques qu’il avait mises en gage chez les Vénitiens (3>.

Une partie de la lance fut envoyée en 1492, par Bajazet, empereur des Turcs, à Innocent VIII, qui la plaça à Saint-Pierre de Rome, où elle est en grande vénération (3). Bajazet fît dire au pape que la pointe était en France. Il est fait mention de ces circonstances dans le Journal de Rome, rédigé par Lælius Petronius, Paul de Maître & Étienne Infessura (4).

La lance était conservée dans la vieille basilique de Saint-Pierre, avec le volto santo , jusqu’à ce que, tombant en ruines, cette église fut remplacée par la nouvelle basilique qui reçut les insignes reliques (î).

Benoît XIV, ayant fait venir de Paris un dessin exact de la pointe & l’ayant confronté avec le fer de Saint-Pierre à Rome, reconnut qu’ils s’adaptaient bien ensemble. Benzonius © dit qu’étant chanoine de Saint Pierre, il a vu la lance fort grande, quoique la pointe manquât. Cette grandeur est en rapport avec celle de la plaie de Notre-Seigneur, puisque saint Thomas a pu y mettre la main.

Je n’ai pas pu voir moi-même la relique de Saint-Pierre & je ne trouve à ce

(ï) Gretzer3 liv, I, ch, xcvL

(2) Ibid ♦

(3) Benoit XIV, De festts dominicis^ liv, I? ch, VIL

(4) Ultima maji> in die Ascensionis anni MCCCCXCII, intravk urbem orator magni Tard qui donavit lanceam seuferrum

lan ce ce Lan gui i cum quo latus D, N , J* C. fodit in cruci} & fuit réception à Pontifia Cr4 toto clero procès s tonalité r > ah ecclesia Sanctæ Maria; de Populo ^ iisque ad Sanctttm Fetrum ; &* crut inclusion dutum fer mm in qziodatn tabernaculo pukherrimo crystalU^ cum pcdc} aliis ornamentis puri auri j fuit res magnœ astimationis^ (S* forma cjus est

hic désignât a in propria forma ipsiusj £5’ eu s pis ejus est apud regem Francité } prout ipse ma g: ius Titrca nanti avit Papa; j per pra fatum ejus oratorem.

(5) Bosio, De cruce tnumphante> p. 1 18.

(6) Livre I, p, aoo.

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