‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 235 sur 317 · LIVRE II, CH. VI. — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. VI. — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION

sujet que des renseignements peu concordants : i° Dom Calmet donne une gravure qui ne ressemble pas à ce que les monuments antiques nous apprennent de l’arme dont Notre-Seigneur a été percé. 20 Le dessin de Bosio ne semble pas avoir été pris sur la relique elle-même. 3° La représentation dans les souterrains de Saint-Pierre, que Mer Gallot a eu la bonté de calquer pour moi, n’est pas plus satisfaisante. 40 Celle de Palæotti & de son annotateur Malloni, dont je donne ici un croquis, est plus vraisemblable, en ce qu’elle se rapproche des lances antiques conservées dans nos musées.

La Sainte-Chapelle de Paris possédait encore la pointe en 1793. Alors elle fut portée à la Bibliothèque nationale où l’abbé Coterel la vit en 1796.

Il disait que c’était un morceau de fer très-long d’environ 3 ou 4 pouces, terminé en pointe à une de ses extrémités W. Je me suis assuré qu’elle n’est plus ni à Notre-Dame ni à la Bibliothèque.

La ville d’Ancône croit également avoir la pointe de la lance.

LE SAGRO CATINO.

Le Sagro catino (PI. XXIII). — En visitant à Gênes les restes de la vraie croix, j’ai vu & mesuré une relique qu’on appelle le Sagro catino (sacré bassin), & qui serait des plus intéressantes, si on avait pour elle la même certitude que pour la vraie croix ; c’est le vase où, pour la première fois, Notre-Seigneur aurait donné son sang à boire à ses disciples. Il est à deux anses, d’une forme hexagonale, en verre couleur émeraude. Le diamètre du cercle circonscrit au bord supérieur est de 32 6,,,m. Il y a quelques bulles dans sa composition; sa forme est élégante. Le vase ayant été brisé, on l’a serti en bronze doré pour réunir les morceaux, dont un n’existe plus.

Voici à son sujet ce qu’on lit dans la Revue archéologique de 184g :

Notes extraites du portefeuille d’un archéologue : — le Sagro catino de Gènes.

« Le nom que je viens de transcrire est celui d’un vase hexagone regardé durant des siècles comme une relique qu’aucun trésor n’aurait pu payer. En lui

(1) Gosselin, p. 161.

contestant tout autre mérite, on ne saurait se refuser à reconnaître en lui un monument d5une haute antiquité.

« Il est d’une belle couleur d’émeraude, d’une forme agréable ; les angles sont bien tranchés ; les anses, prises dans la matière, sont bien placées ; les ornements, qui consistent seulement en des rangées de points creux, sont de bon goût ; les soufflures sont peu nombreuses. 11 est aisé de voir qu’après avoir été fondu en entier il a été habilement réparé au touret.

« On ne douta pas, durant une longue suite de générations, qu’il n’eût servi au dernier repas que Jésus-Christ ait fait avec ses apôtres.

« Lors de la prise de Césarée par les croisés en noi, il passa au pouvoir des Génois, comme faisant la portion du butin à laquelle ils avaient à prétendre. Porté à Gènes, il fut conservé avec un soin extrême ; déposé dans une niche creusée dans le mur qui sépare de la nef une des deux sacristies de l’église Saint-Laurent, il n’était offert aux regards de la foule qu’une fois par an, lors des fêtes les plus solennelles ; encore ne le voyait-on que de loin ; un prélat le montrait du haut d’une tribune en le tenant dans ses mains par un cordon ; & il était lui-même surveillé par des chevaliers chargés de veiller spécialement à la conservation de cette gemme. On les nommait clavigeri. Les clefs de l’armoire qui renfermait le catino restaient en leur pouvoir, & il leur était défendu de jamais les confier à personne. Les clavigeri étaient choisis parmi les citoyens les plus éminents de la République. Des amendes de cent à mille ducats, & en certaines circonstances la peine de mort, étaient prononcées contre quiconque aurait osé toucher le vase avec de l’or, de l’argent, des pierres, du corail ou quelque autre matière dure ; mesures rigoureuses que confirme une loi du 24 mai 1476... Pendant longtemps personne ne vint combattre l’opinion qui regardait ce vase comme étant une émeraude d’une gigantesque dimension; mais au xvme siècle il ne manqua pas d’observateurs qui affirmèrent que c’était du verre & rien déplus.

« La victoire mit pour un moment le catino au pouvoir des Français ; il sortit de son inaccessible retraite, &, tout étonné de voirie grand jour, il se trouva transporté à Paris ; le directeur du cabinet des antiques, Gosselin, demanda qu’une commission de l’Institut fût chargée de l’examiner ; il en résulta un rapport qui décida que la matière du catino n’était que du verre coloré. En 1816 il retourna à Gènes ; mais ces voyages lui furent funestes ; il se trouva brisé à son arrivée. Aujourd’hui, quoique bien déchu de la vénération qu’il avait inspirée, quoiqu’il ne soit plus l’objet de lois spéciales & sévères, il est toujours, & à bon droit, considéré comme un antique d’un très-grand prix.

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