‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 257 sur 317 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

titres ou témoignages suffisants, à lappui de son assertion; sur quoi il nous a exhibé les deux pièces suivantes :

« La première est un registre petit in-folio, relié en parchemin, contenant, ainsi que le porte le titre placé à la première page d'icelui, l'histoire de la fondation & des progrès de la maison royale des religieuses cordelières de Saint-Marcel, ordre de Sainte-Claire, écrite de la main de sœur Élisabeth Mérault, religieuse dudit monastère, & finie le 2 août 1674, aux pages trente-cinquième & trente-sixième duquel registre il est dit : qu'une sœur Isabelle de Compieng, autrefois dame deSangathe, & qui s'était rendue religieuse audit monastère après la mort de son mari & de ses enfants & qui y décéda en 1331, lui avait donné une croix de vermeil, ornée de pierres précieuses, dans laquelle, au-dessous du crucifix qui était d'or pur, était enchâssé an morceau insigne du pur bois de la vraie croix : d'environ six pouces de hauteur & un pouce de largeur .

a La seconde est un certificat signé par sœur Françoise Jacob, religieuse de l'abbaye des Cordelières du faubourg Saint-Marceau, & sacristine de ladite communauté, la même que celle dont il est parlé ci-dessus, par lequel elle atteste avoir extrait en 1793, d'un reliquaire qui était conservé dans ledit monastère & exposé à la vénération des fidèles, deux morceaux considérables du bois de la vraie croix; que ces deux morceaux ont été donnés à la dernière abbesse dudit couvent, après que chaque religieuse eut reçu une portion de ce bois sacré, qui composait le reliquaire principal; que les deux parties enfermées dans une boîte d'argent lui ont été remises par ladite dernière abbesse à sa mort, avec la condition de faire son possible pour faire exposer ladite précieuse relique à l'adoration des fidèles dans une église. Le dernier certificat est appuyé en outre du témoignage par écrit de trois autres religieuses dudit monastère, déclarant icelui conforme à la vérité & signé : Marie Magdelanie O. Breman, S.-R. Rabadeau, M.-F. Gromaut. — Lecture faite desdits écrits, & ouverture faite de la boîte ci-dessus désignée, nous y avons trouvé les deux morceaux dont il vient d'être parlé, avec une inscription analogue.

<( Un troisième morceau du même bois sacré nous a été présenté séparément par ledit sieur curé, qui nous a attesté que ledit morceau était la portion échue à ladite sœur Jacob, lors du partage qui a été fait de celle qui formait la relique principale.

« Le tout soigneusement examiné, nous avons reconnu & reconnaissons lesdits trois morceaux pour être du vrai bois de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, & les avons déclarés & déclarons authentiques. Nous avons, en conséquence, procédé à la division desdits trois morceaux en diverses parties , pour être enchâssées dans plusieurs reliquaires. Cette division opérée, nous avons placé & fixé, sur un fond de moire de soie de couleur cramoisi, trois desdits morceaux, pris sur ceux qui formaient la portion de ladite dernière abbesse , ainsi qu'il a été dit ci-dessus, & les avons enfermés dans une croix d‘or surmontée d'un anneau de même métal, dont nous joignons ici la description. ..

« Après avoir renfermé les parties du bois sacré dans ladite croix, nous l'avons fermée au moyen d'un fil double de soie de couleur cramoisi passé dans les susdits œillets, noués ensuite au bout de ladite croix, & nous en avons recouvert les extrémités du sceau de Son Éminence , empreint sur cire à cacheter rouge. . .

« En conséquence de tout ce que dessus, nous avons permis & permettons d'exposer ledit reliquaire à la vénération des fidèles dans le diocèse de Paris.

« Fait & donné à Paris, le 20 janvier mil huit cent quatre (29 nivôse an xii de la république). . .

PIÈCES JUSTIFICATIVES

« Nota. — Cette relique est actuellement entre les mains de M. le comte Odon de Forbin; elle faisait partie de l'héritage de sa mère, née de la Bâtie, qui la tenait de son cousin Mprde Mons, signataire de l’authentique ci-dessus, comme vicaire général de S. E. le cardinal de Belloy, & mort archevêque d’Avignon, & qui institua Mine de Forbin son héritière^1). »

BAUGE. — Description de la précieuse relique de la vraie croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ que Ton vénère à la communauté du Sacré-Cœur de Marie, desservant l’hospice des incurables de Baugé, diocèse d’Angers, donnée par les sœurs du Sacré-Cœur de Marie.

« Cette croix a environ 27omm de tige, 20 de largeur & 130 d’épaisseur. Elle est tout entière d’un bois excessivement dur & pesant, lequel n’a subi aucune altération. Il est très- veiné, brun châtaigne, avec des nuances plus rouges, plus claires & plus foncées. On remarque quelques nœuds & des crevasses causées par la sécheresse, mais nullement vermoulues.

« Les six extrémités teintées en jaune sont recouvertes en or sur lequel on a incrusté sur la largeur, l’épaisseur & au bout douze perles & cinq diamants, ce qui, pour les six extrémités, donne un total de soixante-douze perles & trente diamants.

« Au croisillon de la première traverse se trouve sur chaque face de la croix un écusson rond en or, représentant en relief, d’un côté, une colombe , & de l’autre un agneau portant un étendard. Ces deux écussons sont entourés chacun de quatre perles & quatre diamants.

« Un Christ en or repose sur chaque face de la croix; les dimensions sont marquées par les points au crayon bleu désignant les clous des pieds & des mains. La forme est fort ancienne, les pieds sont croisés l’un sur l’autre.

« La partie plus étroite, teintée en jaune & rouge, représente un tenon en or massif destiné à entrer dans un pied de vermeil sur lequel on expose la sainte relique. Il a iomm de plus que le modèle.

« Un bras de la première traverse est plus court, voici pourquoi. Après les troubles révolutionnaires de 1793, la famille de Mlle de la Girouardière, fondatrice de la communauté du Sacré-Cœur de Marie, donnant des preuves d’une profonde vénération pour le bois sacré de la vraie croix, la pieuse fondatrice fit enlever les ornements & scier le bout de cette traverse, afin de distribuer quelques parcelles de la vraie croix aux divers membres de sa famille. C’est à cette occasion que la paroisse du Vieil-Baugé & l’hôpital Saint -Joseph de Baugé reçurent une portion de la vraie croix, selon que l’attestent les procès-verbaux dressés par Mgr Montault, évêque d’Angers. Le dernier est daté du 27 juin 1803. Au bas de la tige on remarque deux coupures, l’une faite à l’abbaye de la Boissière en 1790 par un jeune homme gardien de la vraie croix, lequel , voyant ce précieux trésor échapper de ses mains, voulut du moins en conserver une partie; il fit la première brèche. La seconde est l’œuvre d’un prêtre du diocèse qui, au commencement de ce siècle, ayant été chargé d’exposer la vraie croix, fit la seconde coupure avant de poser la sainte relique dans sa châsse ; c’est depuis cette époque que Nos Seigneurs les évêques d’Angers ont donné aux religieuses des lettres d’interdit contre

(1) Note remise par M. le marquis des Is îards, le 13 mai 1867.

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