XXV
CHYPRE.” En juillet 1727, Basile Barsky étant, en Chypre visita le monastère de Sainte-Croix très-élevé sur une montagne à quatre heures de marche de la ville de Larnaki. Il y trouva une parcelle du bois sacré. On fait remonter la construction du monastère à sainte Hélène, qui fit faire une grande croix de 3 archines (a™, 15) & y mit une portion notable de la vraie croix.
En 1736, le même pèlerin retournant en Chypre vit à Leskapia, près du monastère, un temple magnifique, possesseur d'une grande parcelle de la vraie croix provenant encore de sainte Hélène.
En 1735 il avait vu dans la meme île, à Oliodous, une partie de la corde qui attacha Notre-Scigneur; on ignore son origine.
En 1743, pour la quatrième fois allant à Fîle de Chios visiter un fameux monastère construit au xic siècle par Constantin, il y trouva une parcelle notable de la vraie croix CO.
On lit dans le Bulletin hebdomadaire de F œuvre de la propagation de la foi <0, lettres sur File de Chypre :
« Relique du bon Larron . — Lachapelle de Sainte-Croix est sur le sommet voisin. On est étonné, après avoir gravi péniblement le rapide sentier qui y conduit, de ne rencontrer qu'un modeste sanctuaire qui paraît récent & n'a absolument rien de remarquable. L'intérieur est disposé selon le rite grec, & le papas de Sainte-Barbe vient de temps en temps y dire la messe. Il montre aux pèlerins une relique qu’il prétend être du bois de la vraie croix . Mais la grosseur de ce fragment, la négligence avec laquelle il est conservé dans un trou de mur, enveloppé d’un mauvais chiffon, Fabandon où se trouve le sanctuaire possesseur de cette insigne relique, jettent des doutes sur son authenticité.
tt La tradition actuelle des Cypriotes schismatiques est que sainte Hélène, après Finvention de la sainte croix, s'embarqua avec son précieux trésor, & relâcha en Chypre. Charmée par l'admirable situation du mont Olympe, la pieuse princesse résolut de transformer ce haut lieu de Vénus en un sanctuaire de prières & de vertus chrétiennes. Elle y construisit un grand monastère où elle déposa une partie de la vraie croix, soit pour rendre ce lieu plus vénérable, soit pour dompter & enchaîner les démons qui avaient encore une étrange puissance dans Chypre, C'est de là que le mont Olympe prit le nom de Sainte-Croix. Les ruines informes qui couvrent le haut de la montagne, les pans de mur d’une énorme épaisseur, attestent bien qu'il y eut là des constructions remontant à une véritable antiquité, & rien ne se refuse à en attribuer Forigine ou la reconstruction à sainte Hélène.
u Sous la domination des Lusignan, les chrétiens, sans doute mieux informés que ceux
fi) Extrait d’une lettre de Msr Porphyre, 1868,
(2) 6 août 1869.
CHYPRE. — COMPÏÈGNE.
d'aujourd'hui, ne croyaient pas, tout en admettant que le monastère de Sainte-Croix avait été fondé par sainte Hélène, que la relique qu'on y conservait fut un fragment de la vraie croix. Voici ce que nous lisons dans les relations d'Oger, seigneur d'Anglure, qui visitait l'île de Chypre en 1395 : « Sur cette montagne de Saincte-Croix, saincte Hélène envoya la croix où le « bon larron fust pendu à la destre de nostre Seigneur Jhesu-Crist. Icelle saincte croix est « de moult grant vertus & est merveilleuse chose à veoir. Sachiez que icelle saincte croix en « laquelle le bon larron fut pendu, Mmc saincte Hélène, mère de Constantin, apporta & mist « en la plus haulte montagne de tout le royaulme de Chypre ; laquelle montagne, pour « vérité, est moult haulte & pénable à aborder. »
« Si donc on ne retrouve pas la vraie croix sur cette montagne de Chypre , la relique qu'on y vénère a cependant un grand prix, à présent surtout que la piété de plusieurs fidèles se plaît à honorer spécialement saint Dichmas, le bon larron... »
COMPÏÈGNE. — m. l'abbé bourgeois, vicaire général, archiprètre
DE COMPÏÈGNE
CA M . Rohault de Fleury .
« Compiègne, 27 juillet 1866.
« Monsieur, je vous remercie bien cordialement du dessin de la couronne de Notre- Seigneur. Les éléments dont vous la tressez expliquent & concilient toutes choses.
« D'après les termes de l’inventaire de Saint-Corneille, tout donne lieu de croire que nous possédions une branche d'épines (ïiçyphus) comme à Pise, à Trêves & à Sainte-Croix de Jérusalem. Notre insigne relique de la vraie croix venant de Philippe le Bel forme une croix latine de çomm de long, de 8oram aux bras de la croix, & de i2m,n de large. Le tout est de l'épaisseur de l'anche qu’on place sur le bec d'une clarinette & est posé sur un carton auquel il est adhérent à l’aide d'un fil d'or qui laisse voir le bois au point d’intersection.
« Quant à notre éponge, elle est plus petite que les éponges de toilette ; ce n'est probablement qu'une partie de l'éponge de la Passion.
« La cathédrale de Laon possédait en 1112 une châsse sur laquelle étaient inscrits ces deux vers latins qui expliquent ce qu’elle contenait :
Spongia, crux Doinini, cum sindone & faciali,
Me sacrat, atque tui, genitrix & virgo^ capilli.
« Après l'incendie de la vieille cathédrale, dans une émeute où l'évèque périt, victime de la fureur populaire, le chapitre avait délégué plusieurs de ses membres avec plusieurs notables pour porter, entre autres châsses, celle mentionnée plus haut, & obtenir, par la vénération dont elle était l'objet, d'abondantes aumônes.
« Ce premier voyage avait été couronné de succès. La générosité des peuples, excitée par des miracles nombreux, détermina l'évêque Barthélemy à en proposer un second qui eut lieu, non-seulement en France, mais même à l'étranger, & les miracles signalés dans l'histoire paraissent authentiques. Je crains que cette châsse avec des précieuses reliques n’ait été détruite, car à Laon on ne m'a jamais signalé que la sainte face, qui me paraît être une copie
PIÈCES JUSTIFICATIVES
de celle de la Scaia Santa conservée dans le précieux sanctuaire qu’on appelle à Rome Sancta sanctorum . Elle a été donnée aux religieuses de Montreuil par Jacques de Troyes, chapelain du pape Innocent IV en 1243,*, »
M* l'abbé BOURGEOIS, VICAIRE GÉNÉRAL, ARCHI PR ETRE DE COMPÏEGNE,
QÂ M°T V évêque de Beauvais.
« Compïègne j 16 juillet 1 866,
« Monseigneur, voici ce que je lis dans l'inventaire du trésor de 1 abbaye royale de Saint-Corneille, dont je possède le manuscrit original :
« Art* 2* Une belle châsse toute d’or & enrichie de quantité de pierres précieuses, dans « laquelle se conserve le saint suaire de Motre-Seigneur, dans lequel il feut ensevely par Joseph « d'Arimathie à la descente de la Croix* Il y a aussi quantité de bandelettes qui se trouvèrent « autour de son corps lorsqu'il feut mis dans le sépulcre, selon la coustmne des Juifs* » Sur la marge, on lit : a Le saint suaire transporté d'Aix-la-Chapelle à Compiègne & donné à <1 cette abbaye par F empereur Charles le Chauve, Fan 877* Cette châsse a été donnée Fan « 1 op2 par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, roy d'Angleterre, & fille de « Baudouin, comte de Flandres* »
« A Farticle ip dudit inventaire, on Ht :
« Un coffret d yvoire en forme de châsse, dans lequel a été apporté le saint suaire 8c (t dans lequel maintenant sont quantité de reliques incognues* »
<i Cette précieuse relique du saint suaire donnée à Charlemagne par des princes d'Orient & déposée à Aix-la-Chapelle avant d’être donnée à labbaye de Saint-Corneille, était, dit Jacobus Chiffletîus qui a écrit des saints suaires de Notre-Seigneur, un de ces linges qui ont couvert le corps de Notre-Seigneur gisant au sépulcre* Ce linge, appelé sindon Dominî, est un drap fort blanc & délié comme un taffetas léger, lequel fut apporté d'Àix par Charles îe Chauve, qui le plaça dans un vase d’ivoire* Le vase avait la forme d’une église avec son clocher, fait de la même manière que les anciennes châsses ou fiertés*
« Mathilde donna la châsse décrite dans l’article z de l'inventaire, à la suite d'une guérison. Lors de la translation du saint suaire dans sa nouvelle châsse , le roi Philippe Ier se rendit au monastère de Saint-Corneille; puis, accompagné des évêques du royaume 8c en présence d'un nombre infini de fidèles, il assista à cette cérémonie, à laquelle il s'était préparé par un jeune de trois jours* Les évêques ordonnèrent que le quatrième dimanche de carême serait consacré à l'avenir à la mémoire de cette translation*
a Une description ou abrégé historique de Compiègne avec le guide de la forêt, sans nom d3autcur, publié vers le milieu du xvine siècle, fait mention du saint suaire : « Quant au saint « suaire, lorsqu'il approcha de la ville de Compiègne, le clergé & les habitants allèrent le « recevoir à un quart de lieue, & on bâtit en cet endroit une chapelle qui fut nommée du « Saint-Signe, c'est-à-dire du Saint-Suaire. C’est à présent un ermitage où Fon porte tous les « ans cette relique en procession, le mercredi d’après Pâques. »
« Les ermites dont il est ici question ont été assassinés par un scélérat nommé Véron, quelques années avant la révolution française, & l'ermitage est aujourd'hui un poste de garde auquel on ne peut avoir accès qu'avec une clef de F administration forestière , parce qu'il fait maintenant partie du grand parc*
COMPÏÈGNE.
« Dans ce poste, on remarque à l’entrée, à côté d’un puits, un if taillé en forme de croix, & dans l’intérieur j’ai vu autrefois une pierre monumentale avec caractères du xvie siècle rappelant sommairement l’historique du saint suaire. Je n’ai plus trouvé aujourd’hui qu’une inscription récente, écrite à la main, sur une feuille de papier encadrée sous verre. Cette inscription reproduit les faits signalés plus haut, plus les détails suivants :
« Charles le Chauve, regardant Compiègne comme ennobli par sa précieuse relique, « voulut lui donner son nom & l’appeler Carolopolis. Il donna aussi à l’abbaye la haute « & basse justice sur toute la ville, pendant trois jours à la mi-carême, & d’autres droits « & privilèges consignés dans un diplôme daté du palais de Compiègne, l’an du Verbe in- « carné 1092, indiction quinzième.
« La châsse susmentionnée a été ouverte sous le règne de François Ier, en 1516; elle « le frit aussi sous celui de Louis XIII, le 15 août 1628. Du procès-verbal rédigé lors de « cette dernière inspection, il résulte que le suaire est un linge qui paraît si ancien qu’à « grand’peine peut-on discerner la qualité de l’étoffe, ayant en longueur deux aunes, & « un peu plus qu’une aune de largeur, coffiné, faisant plusieurs replis. Les liqueurs & « onguents aromatiques le rendent plus épais que les linges communs & empêchent qu’on « ne puisse discerner la couleur ni l’étoffe, estimée par la plupart des assistants être de « coton ou fin lin, tissu façon de toile de Damas. »
« Cette description diffère un peu de celle de Jacobus Clrfïletius que j’ai citée plus haut & paraît offrir des garanties d’authenticité incontestables, puisque le procès-verbal a été fait en présence de l’objet décrit.
« Un des historiens de Compiègne dit en note que la châsse donnée par Mathilde fut transformée en couronne en 1507, & fut estimée plus de 100,000 écus par les joailliers du temps.
« Cette assertion est erronée, puisque ladite châsse a été ouverte en 1516 & en 1628, & l’inventaire dont je possède le manuscrit, & qui décrit l’objet en question, a été dressé en 1666 & puis vérifié onze fois par les hommes les plus sérieux jusqu’au 27 octobre 1684.
« Depuis la Révolution, qu’est devenue la précieuse relique ? Nous n’en conservons aucune trace dans nos reliquaires, & j’ai entendu dire que cette précieuse étoffe, tombée entre les mains de femmes ignorantes, avait servi à des usages profanes, jusqu’à ce que, réduite à l’état de chiffon, elle ait cessé d’exister.
« Pour ce qui concerne la couronne d’épines, voici ce que je lis à l’article 3 de l’inventaire.
« Un beau christal bien taillé & façonné enchâssé en un reliquaire d’or au bas duquel a sur un soubassement sont escrits ces mots : Sciant omnes veraciter quod in circulo anreo « qui est in medio christalli continetur pars una de corona Christi, & in cruce desuper con - « tinetur aculeus clavi unius Domini. Sur le dict soubassement qui est soutenu par trois « dragons sont huict anges de vermeil doré, & au milieu du christal un cercle d’or dans « lequel il y a une branche de la couronne d’épines de Notre-Seigncur, & au-dessous du « cercle d’or une bourse de broderie dans laquelle se conserve une partie considérable de la « saincte éponge abbrevée du vinaigre qui lui feut présenté à l’arbre de la croix; & en hault « du chapiteau il y a une croix de grenats fins dans laquelle il y a la pointe d’un des clous « qui l’attachèrent à la croix. »
« Il y a en marge ces mots : « Ces reliques viennent du même lieu que la précédente »
(c'est-à-dire d'Aix-la-Chapelle). Parmi les reliques de la Passion dont il est fait mention dans l'inventaire, l'église Saint- Jacques ne possède plus que l'éponge* Dans un procèsverbal signé par Mgr Lemercier, évêque de Beauvais (19 mai 1837), on lit : « L’éponge, « placée dans un petit sachet tissu de fils d'or & de soie de diverses couleurs, parait bien être a la même que celle désignée à l’inventaire de Saint-Corneille comme provenant de la Pas- « sion de Notre-Seigneur. Le sac est conforme à la description qui en a été faite dans cet « inventaire, & tout porte à croire que V éponge est celle qui y était renfermée.
« Article ier de l'inventaire. — Premièrement une belle croix toute d'or dans laquelle il « y a une partie assez notable de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ en forme de croix. « C’est un présent de Charles Second, surnommé le Chauve, fondateur de cette abbaye, u lequel l'avait héritée de son grand-père Charlemagne, lequel la portait ordinairement sur « soy allant à la guerre, n
« Nous ne possédons plus cette précieuse relique, mais nous en avons une peut-être plus remarquable encore, donnée par Philippe le Bel au couvent deRoyal-Lieu qu’il avait fondé; elle était l'objet d’une vénération toute particulière. Tous les ans on l’apportait solennellement en ville, le vendredi saint, pour la présenter aux infirmes, aux malades, aux prisonniers, aux religieuses cloîtrées. Trois notables étaient consignés comme otages dans l’abbaye, & on ne les relâchait que lorsque la croix était rapportée,
<t J!ai suivi toutes les péripéties de cette précieuse relique dans le cours de la Révolution, & il résulte des monuments & des témoignages qu’elle est identiquement la même que celle de l'abbaye, objet d'une grande vénération dans la paroisse. On la donne à baiser aux fidèles, aux fêtes qui rappellent la Passion, & on la porte processîonnellement comme par le passé,
« Voici, Monseigneur, les renseignements que j'ai pu me procurer sur les reliques de la Passion à Compïègne, avant comme après la Révolution, Je suis »