DIJON. — EXTRAIT D’UNE LETTRE DE M. L’ABBE PILLOT, VICAIRE GÉNÉRAL
« Dijon, 22 novembre 1868.
« ... Je vous envoie aujourd’hui la forme & les dimensions des fragments de la vraie croix que possède la cathédrale de Dijon. Ces fragments sont au nombre de quatre... (Voir pl. XII.) L’épaisseur du bois vénérable est d’environ 2,nm, la couleur est d’un brun foncé tirant sur le noir.
« La croix de bois noir qui la contenait se trouvant disloquée, je fus chargé de la faire restaurer. Au milieu du croisillon avait été creusée une petite croix fermée sur le devant par un verre. La relique couverte d’un papier noir ne s’apercevait pas; seulement on savait par tradition que cette grande croix de bois renfermait une parcelle de la vraie croix; on la vénérait de confiance, & par tradition; personne ne l’avait visitée depuis la Révolution.
« Ayant enlevé le verre, je déchirai le papier noir, &, sous une enveloppe ou deux, je découvris l’admirable & très-précieuse parcelle dont je vous adresse, ainsi que je viens de le dire, la forme & les vraies dimensions. Au-dessous se trouvait l’authentique, dont je vous donne ici la substance, n’en ayant point tiré copie. Voici la note que j’ai écrite à cette occasion sur le registre de nos saintes reliques :
« Les fragments considérables de la vraie croix renfermés dans ce reliquaire proviennent « de la chapelle portative des ducs de Bourgogne. Ils ont été extraits le jeudi saint 1796 par « le citoyen Bres, vicaire épiscopal deM. Volfius. L’authentique dressée en cette circonstance « & signée par MM. Volfius, Bres, Delamare prêtre, Pierre Heulle prêtre & Rousselot, a été « reconnue par Mgr François-Victor Rivet, ce mercredi saint 12 avril 1854. Ces deux pièces, « c’est-à-dire l’authentique de M. Volfius & l’acte de reconnaissance de cette authentique, « sont renfermées dans le reliquaire sous le carton qui recouvre les saintes parcelles... »
PIÈCES JUSTIFICATIVES
M, l'abbé bergerot, curé de riel, diocèse DE DIJON, qM M , Rohaitlt de Fleury .
« Riel-Ies-Eaux? ce 20 décembre 1868.
a Pendant la grande révolution, les précieux reliquaires qui composaient le trésor de la Sainte-Chapelle furent, avec beaucoup d’autres objets d’une inappréciable valeur, portés au Garde-Meuble, Un vol bien connu dans l’histoire fut commis, La Convention envoya quelques-uns de ses membres pour dresser un état des objets qui pouvaient rester après ce vol audacieux. L’un de ces députés, Jean de Bry, père de M, le préfet actuel de la Côte-d’Or, eut rheureuse inspiration de détourner un morceau de la croix dite de Saint-Louis ; ce morceau, comme le dit un chroniqueur, n’était d’aucune valeur pour la monnaie, Jean de Bry avait pour ami un célèbre & savant médecin, M. Bourdois, grand amateur d’antiquités. Il lui remit donc une partie du morceau de la vraie croix. Le docteur prit par écrit acte du don qui lui était fait, & cette pièce restée dès lors inséparable de la sainte relique, cette pièce très-bien conservée, est actuellement entre les mains de M*r l’évêque de Dijon, »
Copie exacte de la note de M. Bourdoîs transcrite par M , le vicaire général Pillot .
« Je déclare que le morceau ci ^inclus m’a été donné par le député Jean de Bry, comme et un débris de la croix rapportée par saint Louis & conservée depuis lui jusqu’au moment « de la Révolution*
u Cette cmix était au Garde-Meuble dans l’instant ou il fut volé; & Jean de Bry, l’un « des commissaires nommés pour constater ce vol des diamants & les effets qui pouvaient encore « rester, fit casser en sa présence la croix, dont il m’a donné le morceau ci-joint,
a Signé : Bourdois, rue Saint-Honoré, n° 85, ce 1; vendémiaire an 11, te Je déclare, en outre, que je suis possesseur de ce morceau depuis l’an 1796, » tt Le papier plié en quatre portait au dos écrit par M. Bourdois : « Morceau de la vraie croix ♦ n
« M, Pillot ajoute : <e Certifié conforme à Toriginal conservé à l’évêché & sur lequel j’ai « fait moi-même la présente copie, Dijon, 28 décembre 1862. Signé : Pillot, v. g. »
« M, Bourdois eut dans la suite pour valet un homme des plus honorables nommé Philippe Genty, natif de Riel-les-Eaux, Devenu héritier d'une partie du mobilier de son maître, il rapporta au village le saint objet, qu’il conserva jusqu’à sa mort comme le plus précieux souvenir de l'illustre docteur ®. Ensuite, la relique fut donnée à sa nièce & filleule Thérèse Teinturier (aujourd’hui âgée de 29 ans, une de mes plus dignes paroissiennes),
« Comment a été constatée l’authenticité de cette relique?
u Le 17 juillet 1860, je la remis à Dijon à Monseigneur, En ce moment se trouvait au palais épiscopal M, le curé de Notre-Dame de Versailles, qui fut chargé par Sa Grandeur de remettre, à son passage à Paris, entre les mains de Son Ém» le cardinal Morloî, le morceau de la vraie croix avec l’écrit susmentionné,
« Après examen & confrontation Son Eminence envoya à Monseigneur de Dijon un certificat constatant l’authenticité de notre sainte relique, qui maintenant fait partie du trésor de l’évêché de Dijon*
(1) Le nom de M* Bourdois figure dans le Supplément du Dictionnaire des grands hommes } édition Perennès,