‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 302 sur 317 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

SENS. — MKr Joly, archevêque de Sens, ayant chargé M. Lefort, archiprêtre, de m’envoyer les renseignements que je lui avais demandés, celui-ci m’écrivit le 17 octobre 1865 :

«... J’ai l’honneur de vous adresser les croquis que vous me demandez. La grande relique donnée par Charlemagne est enchâssée dans un reliquaire qui permet difficilement d’en prendre les mesures bien exactes ; vous pouvez regarder néanmoins celles qui sont cotées comme approchant le plus possible de la vérité.

« La petite relique donnée par saint Louis est plus facile à dessiner & à mesurer.

« Le bois des deux reliques est identiquement semblable d’essence. La couleur est celle du cèdre, mais tellement vieilli qu’il ne ressemble à aucun autre bois auquel vous pourriez le comparer.

« Depuis quelques années on ne peut montrer ces reliques qu’en présence d’un prêtre qui place les vraies croix entre deux cierges allumés; le prêtre est obligé à rester présent pendant l’opération... »

Extrait de la description du trésor de l'église métropolitaine & primatial de Sens .

« La métropole de Sens a été de tout temps célèbre entre les métropoles des Gaules par son antiquité & romaine & chrétienne, par les pieux souvenirs qui se rattachaient à son berceau & par la série des saints évêques qui ont occupé son siège pendant les huit premiers siècles. Elle a donné des papes à l’Église; plusieurs conciles s’y sont tenus, entre autres celui où Abailard fut confondu par saint Bernard; &, jusqu’à Louis xm, le siège de la capitale du royaume compta parmi ses sept suffragants.

« Nos souverains l’affectionnaient particulièrement ; Charlemagne y avait établi une de ses trois écoles d^e chant; Robert le Pieux venait y satisfaire sa piété dans des occasions solennelles; saint Louis y rit bénir son union avec Marguerite de Provence, & plus tard venait y recevoir la fameuse couronne d’épines qu’il avait retirée des mains des Vénitiens; enfin on a vu, il y a quelque quatre-vingts ans, le vertueux dauphin, fils de Louis XV, demander en mourant à être inhumé dans le chœur de la basilique.

« Des libéralités des papes & des rois naquit le trésor de la métropole, qui, dans ces temps de foi & de ferveur, consistait essentiellement en parcelles de la croix & des instruments de la Passion du Sauveur, & en restes ( reliquiœ ) des corps des saints martyrs & des saints évêques. Avant la révolution de 1793, ce trésor possédait déjà bon nombre d’objets précieux; mais il était destiné à recevoir plus tard de nouvelles richesses de ce genre, par la cause même qui semblait devoir disperser & anéantir toutes celles que possédaient la ville & la banlieue.

« Non loin des murs de la ville existaient deux monastères célèbres : celui de Saint- Pierre-le-Vif & celui de Sainte-Colombe. Le premier avait été bâti au vie siècle par Théodechilde, fille de Clovis, tout près de la crypte & chapelle Saint-Sauveur (0, qui renfermait

(1) Elle a pris plus tard le vocable de Saint-Savinien-des-Champs : elle subsiste encore aujourd’hui.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

les corps des apôtres du pays, Savinien, Potentien & leurs compagnons, martyrs. Vers le milieu du ixc siècle, on commença à lever ces corps, pour satisfaire ou ranimer la piété des peuples, & on les plaça dans Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif, où vinrent successivement se réunir les restes d’autres martyrs du pays sénonais, qui avaient souffert sous l’empire d’Aurélien, & de plusieurs saints archevêques de Sens primitivement inhumés hors des murs, & qu’on voulut soustraire aux profanations des barbares qui désolaient la France. Le monastère de Saint-Pierre-le-Vif devint donc comme le dépôt général de ces reliques, auxquelles on attachait tant de prix, & elles y étaient d’autant plus en sûreté que les religieux possédaient une autre église intra rnuros, appelée Saint-Pierre-le-Donjon, espèce de château fort où, à la première apparence d’invasion, ils renfermaient ce qu’ils avaient de plus précieux.

« Le second monastère, celui de Sainte-Colombe, avait été fondé à une demi-lieue de la ville par Clotaire II, en 620, sur le lieu où la jeune vierge avait souffert le martyre, sous Aurélien (275). Ce monastère était en possession des restes de cette sainte, dont le tombeau fut plus tard enrichi d'or & de pierreries, aux frais du roi Dagobert, par saint Eloi, évêque de Noyon, alors administrateur de ce monastère (645). En 623, saint Loup, archevêque de Sens, prélat en grande vénération dans l’esprit des peuples, y avait été inhumé; &, plus tard, ses os, réunis dans une châsse, vinrent prendre place à côté de ceux de sainte Colombe. Les ducs de Bourgogne avaient ce monastère en grande vénération; on cite parmi eux Hugues, dit l’Abbé, qui était, lors de son décès (888), abbé de Sainte-Colombe-lès-Sens & de Saint- Germain-d'Auxerre. Raoul, qui fut roi entre Charles le Simple & Louis d’Outre-Mer, fut inhumé dans l’église (936), ainsi que plusieurs autres ducs de Bourgogne. Ce monastère fut pillé, en 1567, par les calvinistes; mais de pieuses libéralités rendirent aux châsses des saints leur antique splendeur.

« Ces deux monastères étaient, en dernier lieu, possédés par des religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, qui apportaient les plus grands soins à la conservation, non-seulement des reliques qui composaient leur trésor, mais encore de tous les documents authentiques, tels que procès-verbaux de visite & de translation, & inventaires qui constataient leur origine, leur existence & les vicissitudes qu’elles avaient éprouvées dans la succession des âges.

« Lorsqu'à la suite de la suppression des ordres religieux, il fut ordonné, en 1793, que toutes les matières d’or & d’argent qui ornaient les églises seraient enlevées & portées au Trésor public, il sembla que le moment était arrivé qui allait voir disperser & anéantir tous ces précieux restes conservés avec tant de soins depuis près de dix siècles. Il en fut autrement. Dieu suscita d'honnêtes citoyens de Sens qui eurent le courage & l’intelligence de sauver tout ce que renfermaient les châsses & les reliquaires, sans éveiller la susceptibilité des agents de l’autorité, qui se contentèrent d’emporter les matières précieuses, en dédaignant le reste. D’un côté, ce furent MM. Hédiard & Dérouet qui enlevèrent de la métropole, & cachèrent soigneusement dans la maison du premier des deux toutes les reliques de son propre trésor, puis celles de Sainte-Colombe que le cardinal de Brienne, archevêque de Sens, y avait fait apporter depuis peu de temps. D’un autre côté, ce furent MM. Thomas, orfèvre, & Macé qui parvinrent à retirer la nuit, du trésor de Saint-Pierre-le-Vif, les nombreuses reliques & toutes les châsses en bois qu’il renfermait, & les déposèrent dans l’église de Saint-Pierre-le-Rond, paroisse de la ville, dont le premier de ces deux messieurs s’était rendu adjudicataire pour la sauver de la démolition. Tous ces objets, accompagnés des do-

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