TROYES
« Troyes, le 28 septembre 1866,
« Monsieur, il m'est absolument impossible de savoir de combien de millimètres cubes se composaient les morceaux de la vraie croix, renfermés primitivement dans notre reliquaire byzantin* 11 faudrait, pour établir à cet égard une appréciation à peu près certaine, connaître b épaisseur & la largeur de ces morceaux. Or, d'après le procès-verbal de reconnaissance desdites reliques, rédigé sous les yeux de M*r Claude-Mathias- Joseph de Barrai, évêque de Tropes, le 27 avril 1773, il n'est question que de leur longueur. « Nous avons reconnu que « les parties précieuses de la vraie croix sont disposées en forme de croix patriarcale (c'est- « à-dire à double croisillon). — La tige a 5 pouces 6 lignes de longueur; — le premier « croisillon a 3 pouces 3 lignes^ & le deuxième 5 pouces d lignes. »
et Comme vous le voyez, monsieur, à défaut de renseignements positifs, je dois garder sur ce point la plus grande réserve.
« II m'est bien plus facile de vous donner les dimensions des parcelles qui existent actuellement dans le trésor de notre cathédrale. Joies ai visitées ce matin; voici le résultat de cet examen : Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire par ma lettre du 24 de ce mois, ces parcelles sont renfermées dans un médaillon d'argent de forme ovale qui, extérieurement , mesure 3 ymm de hauteur sur 22™ de largeur, & intérieurement 32™ de hauteur sur 17™ de largeur. Lesdites parcelles sont déposées dans l’intérieur de la capsule de manière à figurer une croix à triple croisillon. Je vous adresse la forme de cette croix ; la longueur totale de la tige est 24™; celle du premier croisillon, de 6mm; celle du deuxième, de 8““; celle du troisième, de L'épaisseur de chacune de ces parties est de imm 1/2. La largeur à la
surface de chacune d’elles est de 2mm.
« Je crois, monsieur, avoir répondu à vos deux questions. Si cependant vous aviez besoin de nouveaux renseignements, je me mets entièrement à votre disposition. — Je dois ajouter que cette récente visite m’a démontré qu'une parfaite similitude existe, quant à la teinte du bois, entre la parcelle conservée dans le trésor de notre cathédrale & celle de la métropole de Paris figurée sur la planche que vous avez eu la bonté de m'adresser..- »
Extrait d'un mémoire manuscrit par M. l'abbé C affine t> chanoine de la cathédrale de Troyes : Saintes reliques de la cathédrale de Troyes . — Deuxième procès-verbal , 75 janvier Parcelles renfermées dans une capsule ovale fixée à une croix d'argent*
« Le 22 avril 1204, le sac de Constantinople eut lieu par l'armée des croisés se composant de Français (la plupart Champenois), de Flamands Sc de Vénitiens...
« Tandis que la plupart des guerriers enlevaient for, les pierreries, les tapis & les riches étoffes de l’Orient, les pèlerins, les seigneurs, les barons, les ecclésiastiques & les évêques qui faisaient partie de l'armée latine recueillirent un butin plus digne des soldats de Jésus- Christ...
« Lorsque l'ordre fut rétabli, on désigna trois églises dans lesquelles toutes les dépouilles de Constantinople devaient être déposées. Défense était faîte, sous peine de la vie & de l'excommunication, de rien détourner du butin.
« Garnier de Trainel, cinquante-neuvième évêque de Troyes (1153-1205), grand aumônier de l’armée latine, fut constitué le gardien de ces splendides richesses,
et Ce prélat, déjà avancé en âge, avait pris la croix pour la seconde fois, en 1200.,, Son
PIÈCES JUSTIFICATIVES-
ascendant sur les croisés était immense*,. Son courage égalait ses autres qualités*** Aussi pieux que brave, il avait déterminé en 1203 le jeune Alexis à prendre vis-à-vis du Saint-Siège rengagement formel de soumettre FÉglise grecque à l'Église de Rome*.* Il succomba à mie épidémie le 14 avril 1205* .* Après sa mort, Jehan Langlois, son chapelain, rapporta à Troyes un lot précieux de reliques réservées par l’évêque* La plupart de ces objets portaient des inscriptions qui en constataient F origine.
« i° Une parcelle de la croix de Notre-Seîgneur d’après un inventaire de 1429, dans un reliquaire en forme de croix double, dorée, sur un vase de cristal dont le pied est en argent, — Un inventaire du 20 juillet 1611 en fait mention*
« Deux bénédictins de Saint-Maur, en 1709, voient à Troyes, parmi les reliques qu’on y conserve, un moreau de bois de la vraie croix de 3 ou 10 pouces de long avec les deux croisillons, sur lesquels il y a des émaux où sont gravés des caractères grecs qui en font foi.
« En 1771, Fhistorien Grosley écrivit à M. Ganneau, rédacteur du Journal de Verdun , après avoir visité la relique :
te Cette croix, d’environ 2 pieds de hauteur, porte un double croisillon entièrement formé, tt ainsi que la tige, du bois de la vraie croix, encastré & scellé dans une monture décorée « de filigranes, de ciselures 8c de tous les ornements que prodiguait le bas âge de la Grèce. « Le bois de la croix que cette monture laisse à découvert a une enveloppe en argent de même tt travail que la principale partie du reliquaire. Cette enveloppe à charnières, que traversent « des aiguilles, se détache du corps du reliquaire, & on Fen sépare dans toutes les occasions « où la croix est exposée à la vénération publique* Le pommeau du pîed du reliquaire est « formé d’un cristal de roche, d’un volume fort considérable & grossièrement buriné* »
« L’authenticité de cette relique est constatée, ainsi que le lieu d’où elle sort, par cinq joyaux entourés de filigranes, chargés d’inscriptions grecques & immédiatement appliqués au bord de la vraie croix.
« Elle a été tirée du trésor même où Héraclius avait déposé la croix.,*
« On voulait rajeunir le reliquaire; Grosley eut le bon esprit de s’y opposer en disant que c’était l'authentique la plus véridique.
« Voici la traduction française des inscriptions placées sur les joyaux :
SE POSSEDE CELUI QUI E'TENDIT LES MAINS SUR LE BOIS ET DETRUISIT l/lMPIRE DU PÉCHER CE VERBE p DIEU ET HOMME TOUT ENSEMBLE,