ANCIENNETÉ DE LA RELIQUE PROUVEE PAR LES MONUMENTS
« Un ouvrage a été publié sur la sainte robe par M. Sotzmann, conseiller intime supérieur des finances à Berlin, lequel a considéré la chose à un autre point de vue.
« En visitant la collection de M. le comte Renesse Breidbach, à Coblentz, il vit une table d’ivoire représentant « l’introduction des reliques de Trêves dans cette ville & leur réception « par l’impératrice Hélène. » Cet objet venait, disait-on, du trésor de la cathédrale de Trêves. Il était de la plus haute importance par sa grandeur, son antiquité & la perfection du travail. Il représente deux prêtres assis sur un char ouvert, de forme antique, attelé de deux chevaux, & portant sur leur sein la cassette contenant les reliques. En avant d'eux est une file d’hommes portant des cierges, se dirigeant à droite vers une église, devant laquelle se trouve l’impératrice en longue tunique & en manteau, ayant sur sa tête un bonnet garni de perles & une grande croix dans la main, & c., & c. Ce travail n’est pas byzantin, mais antique, du temps de la décadence de l’empire romain, analogue à celui des plus anciens diptyques chrétiens. Les anciens se servaient de tablettes de ce genre enduites de cire pour écrire.
« Le diptyque en question a très-probablement été sculpté à Trêves; dans cette ville vivaient vers la fin de 1 empire romain un grand nombre d’artistes distingués. Les empereurs romains y firent leur séjour, & Trêves devint une capitale brillante. Le christianisme s’y établit & rayonna de là dans les environs.
« Le musée de la bibliothèque de la ville de Trêves possède un autre diptyque en ivoire représentant des soldats. Celui dont nous parlons s’accorde avec les croyances populaires & la tradition ecclésiastique. Le char à deux chevaux lui-même se retrouve dans une des légendes.
« Le sculpteur a représenté sainte Hélène sur le diptyque, non qu’elle fût présente à la
PIÈCES JUSTIFICATIVES
cérémonie, mais pour qu'il n’y ait pas de doute sur la cérémonie représentée. L’impératrice est parfaitement reconnaissable à ses attributs habituels dans l’iconographie.
Les deux prêtres sur le char ont devant eux une caisse trop grande pour des reliques ordinaires.
« Àgricius vint d’Antioche à Trêves, non pas seul, mais avec un prêtre d’Antioche nommé Jean : « Joannem monachum eduxît sccum sanctus Qâgritius patriarcha ac primas archiepi- (t scopus Trevirorutn ab oAntiochia; postea prœfecit eum primum abbatem sive patrem pau~ « perum Christi, quos ex jussu Constantin i ê sanctœ Hetenæ in hunclocum congregaverant ; « qui Joannes monachus QÂntiochenus fuit & litteris & vitœ sanctimania prœstantîssimus. » « Jean est représenté sur le char avec Agricius, Le char est dans le style romain antique. Toutes les légendes populaires, la tradition de l'Église, les sculptures du diptyque, nous représentent la translation de la sainte robe faite sur une terre romaine.
« Le tout est parfaitement d’accord avec la vie de sainte Hélène, & l’objet d’art dont nous parlons prouve la vérité de la tradition, »
TROYES. — m, l'abbé coffinet, chanoine de la cathédrale, a troyes,
Qâ M \ Rohault de Fleury .
<r Troyes, le 24 septembre 1866.
« Monsieur, Monseigneur m’a remis hier votre lettre du 22 août dernier, par laquelle vous demandez des renseignements sur les parcelles de la vraie croix conservées dans le trésor de notre cathédrale. Sa Grandeur, sachant que je me suis occupé d’un travail concernant ces précieuses reliques, m’a prié de vous faire parvenir les documents que vous désirez, Je m’empresse donc, monsieur, de vous informer que vous recevrez prochainement, par la voie du chemin de fer, un manuscrit de 24 pages in-folio. C’est un mémoire qui renferme des recherches historiques sur les parcelles que nous avons le bonheur de posséder, depuis 1205 jusqu'à ce jour. Je vous serai infiniment obligé de me renvoyer le plus tôt possible ce travail dont je n’ai pas pris copie, parce que le temps me manque pour le transcrire. Je vous autorise bien volontiers à y puiser tous les documents qui vous seraient nécessaires,
tf Les parcelles incluses dans la capsule ovale dont il est question à la page 17 du manuscrit & aux notes 4 & 5 de la même page peuvent avoir imm d’épaisseur. Elles emplissent à peu près, en hauteur & en largeur, ladite capsule, & figurent dans son intérieur une croix à triple croisillon. Elles ont une teinte brune très-foncée, se rapprochant presque de la couleur noire.
« En 1855, j’ai publié une notice qui a pour titre : Recherches historiques sur l'origine des parcelles de la vraie croix, conservées dans le trésor delà cathédrale de Troyes . Elle a été insérée dans les Mémoires de la Société d'agriculture, des sciences, arts & belles-lettres du département de Voâube, année 1855, t. XIX, p. 183 à 217, Je pense que vous trouverez ce volume à la Bibliothèque impériale de Paris, Cette notice est moins complète que le manuscrit que j’ai l’honneur de vous communiquer; car les faits historiques qui y sont consignés s’arrêtent à 1855, tandis que le manuscrit renferme des actes épiscopaux qui s’étendent jusqu’à l’année 1863. Je n’ai pas d’autres observations à ajouter aux détails que vous fournira la lecture de mon mémoire,.* »