‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 312 sur 317 · T ROTES · texte numérisé non relu

T ROTES

« C'était le 15 avril 1771 que Grosley exprimait les craintes que lui inspirait l'avenir de la croix monumentale; depuis deux mois, sous prétexte qu'elle était usée, il avait été décidé qu'elle serait remplacée par un autre reliquaire neuf, plus grand, plus élégant, plus riche..,

« On apporte le reliquaire au moment de la translation, le 9 septembre 1772* Il se trouve trop petit, on en fait un autre, & la translation définitive eut lieu le 21 avril 1773. »

M. l'abbé Colline t rapporte ensuite le procès-verbal de la translation, prêtres en surplis, étole, cierges, &c., puis r acte épiscopal de de Barrai constatant l'authenticité :

« Les parties précieuses de la vraie croix sont disposées en forme de croix patriarcale, (t liées en quelques endroits avec de petites lames d'autres bois & du mastic. La tige a 9 pouces u 6 lignes de longueur; le premier croisillon a 3 pouces 3 lignes, & le second 5 pouces « 6 lignes. Les six extrémités sont garnies de petits caissons d'or émaillé, avec deux rosettes; a de meme, au milieu des croisillons & sur chacun des émaux est une inscription grecque en a caractères anciens, dont quelques-uns commencent à s'effacer... Nous les avons transférées a dans le nouveau reliquaire, qui est aussi en forme de croix patriarcale, à la réserve de « quelques parcelles détachées que nous avons renfermées sous notre sceau, pour être déposées a au trésor & pour faciliter l'exposition à la vénération des fidèles. »

y Le reliquaire manqué servit pour placer ces parcelles.

a Les parcelles détachées n'ont pas toutes été renfermées dans ce reliquaire. M. Roullon, chanoine fabricien & gardien du trésor, en conserva par devers lui une grande partie. Après la Révolution, il les déposa dans une capsule appliquée au centre d'une croix d’argent (celle que nous possédons), qu'il donna au chapitre en 1809.,.

« Les deux croix de l'orfévre capitulaire ne devaient survivre que la durée de vingt ans au monument six ou sept fois séculaire qu'elles avaient remplacé. Elles ont été brisées, ainsi que toutes les châsses des trésors de notre cathédrale, dans les nuits du 9 & du 10 janvier 1794.

a Les parcelles de la vraie croix, comme la plupart des autres saintes reliques, furent jetées au milieu des flammes d'un grand feu qu'011 avait allumé dans la chambre du prédicateur à la sacristie!.,,

« Les objets dor & d’argent ont été fondus, convertis en monnaie ou envoyés à la Convention nationale, Les antiques, émaux, intailles, diamants, perles fines & camées ont été estimés à plus de 1 million!..,

« La seconde croix qui contenait les principaux morceaux fut brisée en même temps, & la parcelle qu'elle contenait, brûlée.

fl On ne conserve que la partie mise de côté par M. le chanoine Roullon. Après des temps plus calmes, il fit faire une croix d'argent de 5iomin de hauteur, 260™ au croisillon. Au centre, une capsule ovale de de hauteur sur 22mm de largeur renferme les

parcelles, encore assez notables, disposées pour représenter une croix à triple croisillon. Sur le pied est gravée l'inscription :

« Capitula Trecensi umts e canonicis, iSoj , »

L'auteur joint le certificat du chanoine & Tac te de reconnaissance de Mgr de la Tourdu-Pin-Montauban, qui présente un excellent résumé du remarquable rapport de M. l’abbé Coiîinet dont je viens de faire des extraits :

a Des parcelles de bois nous ayant été présentées comme parcelles du bois de la vraie a croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, & ensemble des manuscrits & attestations pour en

PIÈCES JUSTIFICATIVES

« prouver l'authenticité, nous avons reconnu par lesdits manuscrits & attestations : i° qu'en « Fan 1205, lors des croisades, notre illustre prédécesseur Garnier de Trainel, évêque de « Troyes, qui accompagnait Thibault, comte souverain de Champagne, avait envoyé de Con- « stantinople au chapitre de Troyes une portion insigne de la vraie croix; a0 que depuis cette « époque elle avait été constamment exposée à la vénération des fidèles, dans F église cathé- « drale de Troyes; 3* que le 21 avril 1773 cette précieuse relique fut solennellement transférée « de son ancien reliquaire dans un nouveau , par M*r Claude-Mathias- Joseph de Barrai, « évêque de Troyes, en présence du chapitre de la cathédrale; 40 que lors de cette translation, « plusieurs parcelles furent détachées du bois sacré; 50 que ces parcelles furent à l'instant « soigneusement recueillies par Henri- Antoine Roullon, docteur en théologie de la Faculté « de Paris, chanoine & fabricien de la cathédrale, &, en cette qualité de fabricien, chargé « du trésor des saintes reliques de ladite église; 6° que ces parcelles ont été religieusement 8c « fidèlement conservées par lui-même jusqu'à ce jour, où il les a remises entre nos mains. Ce « considéré, nous avons jugé que lesdites parcelles sont vraiment des parcelles du bois de la « vraie croix, que possédait l'église cathédrale de Troyes, & qu'elle a perdues dans les temps « malheureux de la Révolution. Afin donc que des reliques aussi précieuses reçoivent le culte « 8c les honneurs qui leur sont dus, nous les avons appliquées sur une étoffe de soie cramoisie, « les avons enfermées dans une capse formée au milieu d'une croix d'argent toute neuve, « laquelle capse est garnie dun cristal par devant 8c scellée par derrière de notre sceau. Avons a déposé le présent acte dans le pied de la croix 8c permettons d'exposer cette croix à la véné- « ration des fidèles... »

VENISE,— J'ai adressé à M, Fabbé Passini une série de questions auxquelles il a bien voulu faire des réponses, dont j'ai extrait ce qui suit :

ir0 Question. — Il existait à Venise des tables du genre de celles de Murano, dont parle Costadoni, transportées de Grèce ; n'est-iî pas à craindre qu'elles aient été enlevées en 1797 ?

R. Pour réponse générale, je ferai observer que plusieurs objets précieux qui appartenaient à des couvents & à des églises du temps de la république de Venise, furent soustraits, en 17 97, &dans les années suivantes, à la voracité sacrilège des démocrates par les religieux mêmes des couvents 8c des églises qu'on supprimait 8c dévalisait. Quelques-uns se partagèrent entre eux ces pieuses dépouilles ; quelques autres en firent cadeau à d'autres églises 8c couvents ; d autres enfin les retinrent en dépôt en attendant de meilleurs temps. Ainsi plusieurs objets sacrés qui jadis appartenaient à Saint-Michel de Murano furent sauvés par les Pères Cappellani 8c Fescla du même couvent (le premier fut ensuite le pape Grégoire XVI, 8c l'autre reçut le chapeau). Le premier enrichit la bibliothèque de Saint-Grégoire, à Rome, de plusieurs manuscrits 8c livres précieux qui, auparavant, étaient au couvent de Saint-Michel de Murano, H est donc actuellement très-difficile de dire où se trouvent des objets qui, avant 1797, existaient dans des églises 8c couvents qu'on a supprimés, 8c qu'à présent on ne retrouve plus , quoiqu'on sache qu'on ne les a pas enlevés par ordre gouvernemental. En général, on se prenait alors de preference aux objets en or 8c en argent, & F on respectait les autres d'une valeur materielle douteuse, ou moins susceptible d'être fixée, C est ainsi qu'on conserva plusieurs objets a Saint-Marc de Venise, 81 qu'on ne vendit pas les pierreries 8c les perles qu'on y avait

Page 1