‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 313 sur 317 · VENISE · texte numérisé non relu

VENISE

arrachées à plusieurs couronnes, pectoraux, &c., qui existaient au trésor de la susdite basilique; ce furent ces pierreries & ces perles qu'on vendit en 1820, par ordre du gouvernement autrichien, afin que le prix en fût employé pour la restauration du toit de l'église, & particulièrement pour revêtir de plomb ses coupoles...

2e Question . — Y a-t-il, dans l'église de la Charité, une branche de quatre épines avec la base par laquelle elles tenaient à la branche?

R. L'église de Sainte-Marie de la Charité qui , dès la fin du siècle précédent, avait été supprimée, fut transformée en Académie des beaux-arts. Elle appartenait aux chanoines réguliers Portuenses. Quant aux reliques qu’on y conservait, je trouve que Flaminius Corner, dans son célèbre ouvrage Ecclesiœ Venetce antiquis monumentis illustrâtes , ne cite que trois épines de la couronne de Jésus-Christ. Voici ses propres mots: Très ex dominica corona spinæ. Donc elles n'étaient pas quatre, & il paraît que la circonstance de leur union avec la branche n'est pas vraie , attendu que ce diligent illustrateur n'aurait pas manqué de la rapporter; mais on ignore le sort de cette précieuse relique. Dans la même église, il y avait une relique bien plus remarquable sous le rapport de l'art, & au moins également précieuse au point de vue religieux. C'était un magnifique reliquaire de la vraie croix, cadeau du cardinal Bessarion. Sur ce précieux reliquaire , il faut lire l'ouvrage très-érudit, in-8°, de l'abbé Jean-Baptiste Schioppalalba, publié à Venise en 1767, par Modeste Fenzi, avec plusieurs gravures. Or ce reliquaire se trouve à Vienne en Autriche {& moi-même je Vai vu en 1857), à. la Schatfkammer, & précisément à gauche, tout près de la fenêtre, dans la pièce où l'on garde les couronnes, & où brille le fameux diamant appelé le Florentin } du poids de 133 carats. Comment a-t-il passé à Vienne, voilà ce que je n'ai jamais pu savoir. Ne serait-il pas probable qu'avec la sainte croix on y eût transporté aussi les autres reliques de Sainte-Marie de la Charité, & parmi elles les trois épines ?

30 Question. — Y a-t-il, dans le trésor de Saint-Marc, une croix donnée par l'impératrice Irène, femme d'Alexis Comnène ?

R. Oui, cette relique très-précieuse existe réellement dans le sanctuaire du trésor de Saint- Marc ; ce sont les plus gros morceaux de la vraie croix ; même à Rome , il n’y en a pas qui puissent leur être comparés. Cette relique appartenait à l’impératrice Irène qui, pendant son veuvage, maltraitée par son fils devenu empereur, prit le voile, & avant sa mort fit cadeau de ce reliquaire à l'église de Constantinople. A la conquête de cette ville par les Français & les Vénitiens, ce précieux reliquaire échut en partage aux derniers. Aux quatre coins, sur des planches en vermeil, il y a les quatre inscriptions suivantes que je vais copier, en y ajoutant la traduction latine par Montfaucon...

La forme du reliquaire est de croix latine, & des deux côtés il est gardé par des cristaux ; le pied est très-grand & d'un style un peu baroque; il ne serait pas difficile qu'il fût d'une époque postérieure; la matière est le vermeil.

4e Question. — Y a-t-il, dans le trésor de Saint-Marc, une croix donnée par l'impératrice Maria- Augusta, femme de Nicéphore Botoniate, en 1078?

R. Il existe réellement dans le trésor de la basilique de Venise cette précieuse relique de la vraie croix; cependant : i° elle n'a pas été donnée par l'impératrice qui la possédait & qui en fit faire le précieux reliquaire ; mais elle fit partie du butin lors de la prise de Constanti-

PIÈCES JUSTIFICATIVES

nople ; 20 on n’est pas certain quelle était cette impératrice Marie. Selon Meschinello {la Chiesa ducale di S. Marco , Venezia. 1753, vol. II), son mari était Paléologue l’Ancien; selon Mgr Ziepolo ( Trattato delle sanctissime reliquie Ecc. Vene\., 1617), elle était Marie l’Arménienne, femme d’Andronic Ier, qui fut élu empereur de Constantinople en 1183; Montfaucon, au contraire, soutient qu’elle était la femme de l’empereur byzantin Nicéphore Botoniate, qui régnait en 1078.

C’est un tableau en vermeil, sur un haut piédestal du meme métal ; il contient plusieurs gros morceaux de la vraie croix, lesquels forment, au milieu, une croix latine archiépiscopale, c’est-à-dire à deux branches transversales, & qui, à sa branche inférieure, a aussi deux renflements doubles ; vers les deux angles supérieurs il y a aussi deux petites croix. Au-dessus du tableau il y a une espèce de petite fiole en médaillon, surmontée d’une croix grecque; sur le devant, il y a l’image du Christ, & les lettres IC, XC (Jésus-Christ)...

Sur la face postérieure du tableau, on lit l’inscription suivante en latin :

SERVATIS EX MEDIA FLAMMA DIVINITVS CVM SALVTIS ANNO MCCXXX RELIQVA CON- FLAGRASSENT ET IN AVGVSTIOREM POSTEA FORMAM RESTITVTIS MONIMENTVM ANN. MDXVII

5e Question. — M. le comte d’Altan, chevalier-profês de l’ordre de Malte, m’a dit qu’il avait vu à Venise l’acte de cession à saint Louis des reliques de la Passion, payées à Quirini, banquier, 10,000 pépérins d’or. On dit qu’il existe encore un Quirini de cette famille. Pourrait-on avoir la copie de cet acte?

R. L'acte de cession ne se trouve pas aux archives générales de Venise; peut-être existaitil; mais l’on m'a dit que plusieurs actes importants, principalement du xme siècle, ont été transportés à Vienne d’Autriche, car l’on sait bien qu’à plusieurs reprises les archives de Venise ont été dépouillées.

Il existe réellement à Venise un Quirini, de la famille qui fut mêlée à l’affaire des reliques de la Passion dégagées par saint Louis de France. Toutefois, avant de m’adresser à ce vieillard, comme il est clair que l’ancien banquier Quirini n’avait pu être que X intermédiaire entre saint Louis & la république de Venise, qui avait prêté la somme pour le payement, & que par conséquent l’acte authentique de cession, s’il existait encore, devait se trouver, non pas chez la famille Quirini, mais dans les archives du sénat, j’écrivis à M.le chevalier d’Altan, qui me répondit avoir trouvé cité l’emprunt sur gage de reliques dans d’anciens papiers de la famille Quirini, à l’occasion d’une vente faite par cette famille, en 1825, d’un domaine près de Cologne.

J’interrogeai ensuite le patricien Jean Quirini Stangualia, qui m’avoua que les archives de sa famille ne remontaient pas au delà de la moitié du xvne siècle.

« Venise, 29 juin 1868.

« J’ai l’honneur de vous remettre les dessins ci-inclus des reliques de la Passion de Notre- Scigneur Jésus-Christ, que l’on conserve dans le trésor de la basilique Saint-Marc. Notez cependant : i° Je ne puis vous donner l’exacte mesure de l’épaisseur du bois de la vraie croix,

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