ÉRECTION DE LA CROIX
Tantôt la victime était attachée par terre à la croix, qui était ensuite élevée avec son fardeau , tantôt la croix était d’abord dressée, & le condamné attaché avec des cordes, puis cloué Juste Lipse & Cornélius à Lapide ne se prononcent pas.
D’après Gretzer , le premier mode paraît avoir été plus probablement employé sur le calvaire ; i° parce qu’on montre le lieu du crucifiement à quelque distance de celui où la croix a été scellée; 2" parce que ce sentiment est plus conforme aux pensées & aux méditations des fidèles sur la Passion ; 3“ enfin parce qu’il est plus
(1} Nonnus, auteur de la tragédie intitulée ; Jésus souffrant; Saint Augustin ; Binoeus, De morte Christi, liv- III, Yl & vu, diaprés D. Calmet (croix); Benoît XIV.
facile & plus expéditif que l’autre Le père Niquet confirme cette opinion en rapportant un passage des actes du martyre de saint Pionius. « Ultro se vestimentis spoliavit, & in ccelum suspiciens, ac Deo gratias a gens , super lignum se ipsum extendit, militique tradidit ut clavis configeretur, . . . eum igitur ligno Jixum erexerunt W. »
MODE d’attache A LA CROIX.
Les crucifiés étaient souvent fixés avec des clous. Les Grecs appelaient le ' crucifiement : Clavifixio. On trouve dans un passage de Démosthènes , traduit par Ulpian, qu’on était attaché à la croix avec des clous. Lorsque Titus fit crucifier un si grand nombre de Juifs, les soldats romains, par manière de jeu, fixaient les clous de diverses manières, ce qui prouve la variété du supplice mise à la disposition des bourreaux.
Dans un dialogue de Lucien , relatif au crucifiement de Prométhée , Mercure dit à celui-ci : « Donne la main droite; quant à toi, Vulcain, attache-la fortement à coups de marteau; & donne l’autre ensuite pour qu’elle soit bien fixée. » Il continue de même pour les pieds (5).
Nous lisons dans Plaute : « Je donnerai un talent au premier qui courra sur la croix, à condition que les pieds soient cloués deux fois ainsi que les bras (4). »
Juste Lipse (s) s’appuyant sur ce texte : « Brachia offigi, » croit que les clous ont été placés dans le poignet & non dans la main, qu’il pense n’ètre pas assez forte pour supporter un pareil poids. Mais il paraît être seul de son sentiment. Le prophète Zacharie (ch. xm, v. 6) s’écriait : uQuid sunt plagæ istœ in medio manuum tuarum? » L’Évangile enfin ne paraît pas laisser de doute à ce sujet, lorsque Notre- Seigneur dit à saint Thomas : (Vide pedes, vide manus.) Ce sont les mains & non les poignets qu’il lui montre.
Avant de clouer les pieds on préparait le trou avec une broche (7), c’est ce que font encore les Japonais dans le supplice du pal qu’ils ont conservé, ainsi que le crucifiement ordinaire.
(1) Gretzer, ch. xxi.
(2) Niquet, De sancta cruce ^ p. 132.
(3) « Prœbe dextram.Tu autem, Vulcane, astringe, &confige, & malleum fortiter demitte. Da & alteram, quo ilia etiam rectè astringatur. Lamy, p. 578. »
(4) « Ego dabo ei talentum, primus qui in crucem excucurrerit, sed ea lege, ut offigantur bis pedes, bis brachia. » Juste Lipse.
(5) Juste Lipse, 1. II, ch. ix.
(6) Cornélius à Lapide. S1 Jean, ch. xx, v. 27
(7) Saint Bonaventure.
PRELIMINAIRES