INVENTION DE LA CROIX
près l’accomplissement des faits surnaturels qu’on vient de lire dans l’Evangile, l’histoire se tait sur les monuments qui auraient pu leur servir, en partie, de preuve matérielle; mais, malgré les efforts des maîtres du monde pour les anéantir, ils sont, pour ainsi dire, mis en réserve par la Providence, qui les conservait pour des temps meilleurs. Trois siècles se passent dans cette attente, & nous les transmettent entiers, comme des témoignages de foi, au milieu de la paix rendue à l’Église. Découverts plus tôt, les instruments de la Passion n’auraient été qu’un objet de dérision; trouvés par un pieux empereur, & placés dans les armes impériales qu’ils décorent, ils leur assurent la victoire.
En l’an 326, au commencement de ce ivc siècle si brillant pour l’Église, alors que naissaient saint Jérôme (331), saint Épiphane (310) & saint Augustin (354), Constantin, éclairé par la lumière du Labarum (312), avait pacifié le monde & rétabli l’unité de l’Église, en faisant frapper d’anathème Arius au concile de Nicée (325). Il songe à donner à la religion tout l’éclat qui lui est dû, couvre l’Empire de temples, qu’il consacre au vrai Dieu, & veut ajouter à leur splendeur, en y plaçant quelques fragments des instruments mêmes du supplice auquel nous devons notre rédemption. Il pense , avec raison , qu’ils sont cachés à Jérusalem ,
charge Hélène, sa pieuse mère, de faire dans les lieux saints toutes les recherches nécessaires, & veut qu’elle n’épargne ni soins, ni dépenses pour accomplir cette grande œuvre. Elle est octogénaire; cependant le but qu’elle poursuit lui rend l’ardeur de sa jeunesse, &, sous la conduite de l’Esprit-Saint, lui fait trouver heureusement tout ce qu’elle cherchait.
L’empereur Adrien (136) en rebâtissant Jérusalem avait voulu supprimer un objet du culte de la nouvelle secte, & détourner de ce lieu les chrétiens qui venaient y offrir leurs prières à Dieu. Il avait élevé un temple à Vénus , précisément sur le Calvaire. Mais cette pensée sacrilège, qui devait servir à en anéantir le souvenir, le fait précisément reconnaître, au moment opportun, lorsque sainte Hélène commença ses fouilles (0.
Le premier témoignage de cet événement considérable se lit dans saint Cyrille, patriarche de Jérusalem (330 à 386), qui le rappelle en écrivant à Constance, fils de Constantin : « La grâce divine fit reconnaître la place des lieux saints à celui qui la cherchait dans la piété de son cœur. »
Après saint Cyrille, saint Ambroise raconte ainsi l’invention de la croix dans le panégyrique de Théodose :
« Hélène vint donc, & commença à examiner les lieux saints; le Saint-Esprit lui inspira de chercher le bois de la vraie croix; elle arriva au Calvaire, & dit : « Voici le lieu du combat, où, est la victoire? Je cherche l’étendard du salut, & je « ne le trouve pas. Suis-je sur le trône, & la croix du Seigneur est-elle dans la « poussière? Suis-je dans des palais dorés, & le triomphe du Christ est-il dans des « ruines? Est-il encore caché? La palme de la vie éternelle est-elle cachée? Com- « ment me croirai-je rachetée, si on ne voit pas la rédemption elle-même? » Elle ouvrit la terre, dégagea la poussière, trouva trois croix confondues, que la ruine avait mêlées, que l’ennemi avait cachées. Mais ce triomphe du Christ n’a pas pu rester caché. Incertaine, elle hésite, comme une femme, mais le Saint-Esprit lui inspire un examen certain, tiré de ce que deux voleurs avaient été crucifiés avec le Seigneur. Elle cherche dans le bois du milieu; mais il était possible que les gibets confondus par la ruine n’eussent point conservé le même ordre. Elle revient au texte de l’Évangile, & elle lit que la croix du milieu portait le titre : Jésus nazarenus rex judæorum. La vérité fut ainsi connue , & la vraie croix fut désignée par le titre elle trouva donc le titre :... chercha les clous qui avaient crucifié Notre-Seigneur (3). »
(1) Gretser? ch. LXiiL
(2) Trombellij De cuku sanctorum2 1743, p. 258.