‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 49 sur 317 · LIVRE I, CH. I. — LA CROIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. I. — LA CROIX

Saint Ambroise suppose que le titre a pu servir à désigner la vraie croix, & passe sous silence le miracle auquel l’Église consacre une de ses fêtes.

Les Bollandistes , conformément à l’opinion générale de l’Eglise, combattent ainsi celle de saint Ambroise W :

« Ce récit exprime une opinion toute particulière & diminue considérablement la gloire de la croix; il est bien plus vraisemblable que le titre & les clous ont été jetés & trouvés séparément. Ce que Sozomène dit expressément du titre, tous s’accordent à le dire des clous. Les autres Grecs qui ont traité cette question n’ont point fait mention du titre, & pas plus de la couronne d’épines & de l’éponge. »

Rufin, né vers 340, rapporte le même fait avec quelques variantes qui laissent le fond identique. II montre sainte Hélène assistée de saint Mac aire, leurs prières, le miracle d’une résurrection au contact de la vraie croix & l’emploi qu’elle fit des clous qui s’y trouvèrent & :

« Vers ce même temps, Hélène, mère de Constantin, femme d’une foi incomparable, dont la piété sincère égalait la rare munificence, avertie par de célestes visions se rend à Jérusalem & demande aux habitants quel est le lieu où le divin corps a été attaché & suspendu au gibet. Ce lieu était difficile à trouver, car d’anciens persécuteurs y avaient élevé une statue à Vénus, afin que les chrétiens qui auraient voulu venir y adorer le Christ parussent adresser leurs hommages à la déesse; aussi était-il peu fréquenté & presque oublié. Après l’avoir débarrassé des objets profanes qui le souillaient, & des décombres qui y étaient amoncelés , elle trouva trois croix confusément placées. Mais la joie que lui causa cette découverte fut tempérée par l’impossibilité de distinguer à qui chacune d’elles avait appartenu. On y trouva aussi le titre écrit par Pilate en lettres grecques, latines & hébraïques ; mais là encore il n’y avait rien qui indiquât d’une manière assez claire le gibet de

(1) Hiec narratio & singularis prorsus est, & crucis gloriara vehementer imininuit; verisimilior multo opinio videtur, titulum & davos seorsum projetas inventosque fuisse. Sicut de titulo expresse scribit Bozomenes, de davis omnes consentiunt. Cæteri Græcorum hæc tractantes non meminenmt tituli, ut neque coronse spineæ neque spongiæ, de qui bus omnibus cum longa institut tracta tio possit.

(2) Per idem remplis Helena Constantin! mater, fœmina incomparabilis fide & religions animi ac magnifîcentia singulari, eu jus jure Constantinus & esset füius & crederetur, divinis ad mo ni ta visionibus, Hierosolymam petit, atque ibi locum in quo sacrosanctum corpus patlbulo affixum pependeratab incolis perquirit. Qui idcirco ad inveniendum dîfficiüs erat, quod ab antiquis persecutoribus simulacrum in eo Veneris fuerat defïxum ut quis christianorum in ilio loco Christum adorare voluisset, Venerem videretur adorare, & ob hoc infrequens & pene oblivioni datus fuerat locus, Sed cum ex eo profana & polluta deturbans, in altum purgaris ruderihus très confuso ordine reperit cruces, Sed obturbabat reperd muneris lœtitiam uniuscujusque crucis indiscreta proprietas, Aderat quidem & timlus ille, qui græds & latinis atque hæbraicis litteris a Pilato fuerat conscriptus * sed nec ipse sans evidenter dominid prodebat signa patlbuli, Hic jamhumanæ arnbiguitads incertum divinum flag i tat tes ti nioniu m , . .

Notre-Seigneur. Là déjà l’incertitude de l’homme réclame le témoignage du ciel. »

Le miracle de la guérison d’une femme à demi morte ht reconnaître la vraie croix W.

« La reine, dont ce signe manifeste avait réalisé les vœux, fit élever un temple d’une magnificence royale au lieu même où elle avait trouvé la croix; elle porta à son fils les clous qui avaient attaché le corps de Notre-Seigneur. Avec les uns, il fit un frein qui devait lui servir à la guerre ; il employa les autres à armer un casque propre au même usage. Quant au bois de notre salut, elle en rapporta une partie à son fils, & laissa l’autre sur le lieu même, après l’avoir enfermée dans des boîtes d’argent, que l’on a conservées jusqu’à nos jours avec soin & vénération. »

Saint Paulin, évêque de Nola , ajoute quelques détails qui manquaient à la narration de saint Ambroise :

« Sainte Hélène réunit les plus doctes des chrétiens & des juifs, & sachant par eux où était le Calvaire, elle fit faire des fouilles par un grand nombre d’ouvriers civils & militaires, & trouva trois croix parmi lesquelles la résurrection d’un mort indiqua la véritable (1 2 3 4). »

« Les païens, dit Sozomène au vc siècle , pour dénaturer ces lieux consacrés par la mort de Notre-Seigneur, avaient amoncelé sur le calvaire & sur la place de la résurrection une grande quantité de terre, de sorte qu’au lieu d’un creux, le terrain présentait un monticule, ils l’avaient environné d’une muraille; enfin ils y avaient bâti un temple à Vénus, afin d’en éloigner les chrétiens qui auraient pu vouloir vénérer les lieux saints , mais qui craignaient qu’on ne crût qu’ils adressaient leur culte aux faux dieux 0). »

Saint Théophane raconte ainsi l’histoire de l’invention de la croix à l’année xx du règne de Constantin (4) :

« Macaire, évêque de Jérusalem, qui assista au concile de Nicée, reçut de

(1) Sic evidentiindicio regina voti compos efïecta templum mirificum in eo loco in quo crucem repererat regia ambitione construxit. Clavos quoque quibus corpus dominicum fuerat affixum, portât ad filium. Ex quibusille frenos composuit, quibus uteretur ad bellum, & ex aliis galeam nihilominus belli usibus aptam fertur armasse ; ligni vero ipsius salutaris partein detulit filio, partem vero thecis argenteis conditam reliquit in loco ; quæ etiam nunc ad memoriam sollicita veneratdone servatur. (Rufin, Hist. eccl.} liv. I, ch. vu & vin.)

(2) Trombelli, II, p. 263.

(3) Sozomène, Hist . de ÏEgl. } De inventione crucis, 2 vol., 1747.

(4) Macario Hierosolymarum episcopo, qui concilio Nicæno interfuit, mandavit imperator, ut reversus

sanctæ resurrectionis locum, & Calvarii Golgotham & vivificum crucis lignum requireret. Eodem quoque anno matrem Hclenam, mulierem divino sensu præditam, coronavit Constantinus. Ostentum autem vidit ilia, jubens Hierosolymam proficisci, & divina loca, sub terram ab impiis & profanis defossa, in lucem educere. Tune ipsa filium Constantinum rogat ut divinitus sibi mandata perficeret; & ille divino nutu motus, matri morem gessit

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