DIFFUSION DES RELIQUES
Trombelli W fait observer très-judicieusement que l’authenticité de la croix de sainte Hélène trouve une démonstration puissante dans l’usage de ses fragments aussitôt après son invention. Constantin en place un morceau dans sa statue à Constantinople pour protéger la ville. Saint Chrysos tome dit que ceux qui ont le bonheur d’en avoir les renferment dans de riches reliquaires pour les suspendre à leur cou. Saint Paulin, évêque de Nola, envoie une parcelle de la vraie croix, qu’il qualifie d’atome, & Juvénal en fait porter une autre avec les authentiques à saint Léon Ier, pape.
Longtemps après cette époque, les restes de la croix étaient avidement recherchés, & furent portés de Jérusalem dans les autres villes de la chrétienté, & notamment par les croisés en France & en Italie ; des écrivains les plus sérieux le certifient. La reine Radegonde plaça dévotement, dans un couvent de Poitiers, un fragment qu’elle avait reçu de l’empereur Justin II. En 569, Théodolinde en obtint également^.
Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, qui écrivait seulement vingt ans après l’invention de la vraie croix, a dit : « Si je nie la Passion du Christ, je serai démenti par le Golgotha, dont nous sommes tout voisins; je serai démenti par le bois de la croix qui, divisé en petites parcelles, est parti de cette ville pour être distribué dans l’universh). » On comprend facilement la diffusion prodigieuse des reliques, en songeant à la petitesse des morceaux donnés aux plus grands princes, & à celle des atomes qu’on distribuait à diverses églises. Déjà alors la matière à diviser était trop exiguë pour qu’on ne l’épargnât pas avec un soin minutieux.
(1) Trombelli, t. II, p. 292.
(2) Trombelli, t. II, p. 292.
(3) Stef. Borgia, p. 36
Si la croix eût dû être multipliée par une intervention surnaturelle, ce n’eût pas été la peine de tant l’épargner en divisant ses reliques en aussi petits fragments; on en eût envoyé de plus gros, & même, comme dans la multiplication des pains, à laquelle on a comparé celle de la croix, après ces distributions prodigieuses, il en serait resté plus qu’à l’origine.
Nous ferons voir que la vraie croix devait contenir environ 178 millions de millimètres cubes, & chacun d'eux pouvant très-facilement se diviser en cinq ou six parties très-palpables, on aurait pu avoir 1 milliard ou 1000 millions de parcelles. Un habile préparateur d’objets microscopiques me disait dernièrement qu’il pouvait enlever 400 tranches sur un millimètre ; voilà donc plus de 70,000 millions de fragments perceptibles qu’on aurait pu trouver dans la vraie croix. Songeons d’ailleurs au soin avec lequel les reliques sont conservées, & au respect que les iconoclastes même observèrent à leur égard. Puisque Comnène a conservé la couronne de Constantin, il a bien pu, comme le dit Gretser, conserver plusieurs tableaux M reliquaires de la vraie croix.
Les monuments fournissent une preuve matérielle de ce qu’ont avancé les auteurs sur la grande division de notre bois. On admire dans la bibliothèque du Vatican une petite croix pectorale d’un merveilleux travail, en or & émaillée de nielles délicats (1 2 3). L’une de ses faces porte l’inscription grecque emmavea, & une autre en latin ; Nobiscum Deus. Sur l’autre face on lit : Crux est vila mihi, mors inimica tibi. Cette croix a certainement appartenu à un évêque; elle porte à sa tète un anneau vissé. M. le chevalier de Rossi, à qui j’en parlais, me raconta qu’ayant ouvert un tombeau dans les catacombes de Saint-Laurent, on la trouva sur la poitrine d’un squelette; puis, qu’ayant dévissé l’anneau, on reconnut que c’était un bouchon fermant une petite cavité où l’on soupçonnait qu’il y avait du bois de la vraie croix. Quoiqu’on l’examinât avec beaucoup d’attention, on n’y vit rien. Enfin on renversa la croix pour faire tomber ce qui pouvait y être enfermé ; on vit descendre, éclairé par un rayon solaire, un grain de poussière trop petit pour le retenir, & qui était réellement un atome.
Bosio (3) dit que les plus minimes portions étaient dès l’origine en très-grand honneur, & que c’était pour saint Jean Chrysostome un témoignage de la divinité de Jésus-Christ.
Saint Paulin avait reçu de Mélanie, noble dame romaine, une petite parcelle
(1) Forme particulière de reliquaires grecs,
(2) Voir la croix eu cul-de-lampe à h fin du chapitre.
(3) Bosio j Ve cruce triumphantt * p. 670,