RECHERCHE DES RELIQUES
J’ai essayé de constater tout ce que l’on connaît de reliques existantes ou dont on a conservé le souvenir. J’en ai calculé les volumes par millimètres cubes, calculs dont je donnerai les bases lorsque je décrirai chacune des parcelles déposées dans les trésors des églises ou rappelées dans les auteurs. Or tout ce que j’ai pu recueillir est bien loin d’égaler le dixième du volume de la vraie croix. Les neuf dixièmes qui ne se retrouvent plus ont dû suffire pour former des myriades de reliques inconnues ou détruites.
Anseau, par sa correspondance avec Galon, évêque de Paris, dont je reparlerai à l’occasion des reliques de Notre-Dame de Paris, donne quelque idée de ce qu’étaient devenues au vu* siècle les reliques de la Passion. Il raconte qu 'après la mort d’Héraclius, en 636, l’église du Saint-Sépulcre fut brûlée en partie par les infidèles, & que, pour sauver la croix , les chrétiens se décidèrent à la diviser en dix-neuf parties dont ils firent des croix qu’ils donnèrent, savoir :
A Constantinople 3
A l’île de Chypre 2
A l’île de Crète 1
A Antioche 3
A Edesse 1
A Alexandrie 1
A Ascalon 1
A Damas 1
A Jérusalem 4
A la Géorgie 2
Il est assez difficile de savoir quelles étaient les dimensions de ces reliques. Anseau mentionne seulement les mesures d’une des quatre qui avaient été déposées à Jérusalem, & que l’on conservait dans l’église du Saint-Sépulcre. Elle avait
i palme 1/2 de long sur 1 pouce de large & autant d’épaisseur. Il ne parle pas de la traverse que je supposerai , comme dans la vraie croix , égale à la moitié du montant. D’après cela, le volume de cette croix serait d’environ 500,000 millimètres, & en la considérant comme une moyenne, on trouverait pour les dix-neuf croix ou plutôt pour le morceau de Jérusalem que l’on divisa, 9 millions 1/2 de millimètres pouvant représenter un morceau deux ou trois fois moins gros que la relique de la croix du bon larron de Sainte-Croix de Jérusalem.
Tel fut le commencement de la grande dispersion des reliques de la vraie croix; elle augmenta rapidement dans les siècles suivants (*).
En 1187, à la journée de Tibériade, les Musulmans, vainqueurs, prirent la croix de Saint- Jean-d’Acre, portée par l’évêque (2L
En 1 1 9 1 , Philippe-Auguste & Richard, s’étant croisés, se firent remettre cette croix après la prise de Saint-Jean-d’Acre & treize jours de siège.
En 1204, au sac de Constantinople parles Latins, des abominations furent commises, les reliquaires volés ; mais des âmes pieuses recueillirent les reliques que les spoliateurs dédaignaient, & de là les répandirent dans le monde.
Le duc de Venise (Dandolo) eut une portion de la vraie croix qu’on disait avoir été portée par Constantin à la guerre.
L’empereur Baudouin prit la couronne d’épines.
En 1217, Raoul, patriarche de Jérusalem, partit d’Acre portant avec lui une partie de la vraie croix.
En 1239, Baudouin II, pressé par les Bulgares, vint en France solliciter la piété de saint Louis & lui offrit la couronne d’épines pour prix de ses services.
Les siècles virent successivement réduire notre précieux trésor, dissipé au vent des révolutions, & au souffle de l’impiété. Il en reste bien peu, & cette indigence rendant chacune de ces reliques plus précieuse , j’ai pris la liberté de faire un appel au monde catholique, & les renseignements que j’ai reçus m’ont
(1) Villani rapporte un document fort curieux indiquant au commencement du IXe siècle les villes les plus importantes, celles par conséquent où l’on devait trouver le plus grand nombre de reliques; c’est un testament de Charlemagne , qui laissa en mourant le tiers de son riche trésor à tous les pauvres de la chrétienté, & les deux tiers aux archevêques & évêques de son empire & de son royaume, afin qu’ils en fissent le partage à toutes les églises, aux monastères & aux hôpitaux. Voici les noms de ses exécuteurs testamentaires :
En Italie, l’évêque de Rome le pape, l’archevêque de Ravenne, celui de Milan, le patriarche d’Aquilée, celui de Grado, l’évêque de Florence.
En Allemagne, les archevêques de Cologne, de Mayence, de Trêves & de Liège.
En France, les évêques de Sens, Besançon, Lyon, Vienne en Bourgogne, Rouen, Reims, Tours & Bourg.
En Navarre, ceux de Garrent, Riens.
En Gascogne, l’évêque de Bordeaux.
(2) Morand, Histoire de la Sainte-Chapelle, Paris, 1790, p. 9.