LIVRE I, CH. IÎÏ. — LA VRAIE CROIX A ROME
réunis sur 6mm & un demi-millimètre d'épaisseur, cubant iz8™m} constituent tout ce que Téglise de Sainte-Praxède , si riche d'ailleurs en insignes reliques , possède du bois sacré. Leur couleur est brune; le reliquaire bien modeste (PI. V).
Saint-Rock* — Dans un reliquaire très-simple, on montre à Saint-Ro ch un petit morceau de la vraie croix, cubant 540™® (PL V)*
Sanit-Sylvestre-in-Capile* — Je n'ai malheureusement pu avoir la permission de voir les reliques de cette église dépendant d'un couvent cloîtré. D'après les descriptions que m'en ont faites ML le prieur du couvent & M. le chanoine Barbier de Montault, le bois de la vraie croix y serait disposé en forme de croix dont le montant aurait 30™ & la traverse 17“* L'épaisseur étant de 2lïl,n & la largeur de 4™% le cube serait de 37 6min.
Les croix sculptées. — Les reliques de la vraie croix que nous venons d'étudier portent en elles-mêmes un caractère d'authenticité bien vénérable ; leur petitesse, qui exclut l'idée même que l'on ait pu recourir à un subterfuge, l'identité du bois, qui montre une origine commune, sont faites pour donner une grande sécurité aux heureux détenteurs de ces restes sacrés. Les croix dont je vais m'occuper, & que l'on voit à Saint-Pierre & à Sainte -Marie -in -Tr as tevere à Rome, se distinguent par des figures & des caractères sculptés sur la relique ellemême.
Croix sculptée à Saint-Pierre* — Rocca, décrivant la relique sculptée que l'on conserve dans la sacristie de Saint-Pierre, ne doute pas qu'elle soit précisément celle trouvée par saint Sergius, pape, & envoyée par Juvénal, patriarche de Jérusalem, à saint Léon Ict, pape. Étienne Borgia n'est pas de son avis, & affirme que la croix de Sergius n'est autre que la croix de Justin, qu'on ne peut confondre avec la croix sculptée ; car celle-ci est relativement fort grande , tandis que celle de Juvénal , portée sur la poitrine par le patriarche de Jérusalem, devait par conséquent être fort petite. D'après lui, on ne trouverait pas trace de la relique sculptée de la sacristie de Saint-Pierre avant l'année 1527,
Le Manuel des cérémonies de la semaine sainte à Rome porte ce qui suit, en parlant de l'exposition de la vraie croix à la chapelle Sixtine ;
« La parcelle dont 011 se sert dans cette occasion a la forme d'une croix d'un assez grand volume (le montant a 73'™* de hauteur, & la traverse 38111111 de longueur) , d'un côté on voit sculptés le Christ avec les quatre clous & onze
figures d’apôtres, la sainte Vierge, huit saints & des caractères runiques.
« Une petite lame d’or en forme de billet est attachée au sommet; on y lit : •J* 15. XS. (Jésus Christus). Dans le haut, trois tètes représentent la sainte Trinité avec des caractères russes ou serviens: Santa Troi\a (Sainte Trinité); à droite du crucifix, saint Paul, sainte Marie Cléophas &, en se rapprochant du centre, la sainte Vierge. A gauche, saint Pierre, sainte Marie-Madeleine & saint Jean près de Notre-Seigneur. Sous les pieds du crucifix une tête de mort; au-dessous saint Basile, saint Chrysostome.
« De l’autre côté de la relique est représentée au centre la sainte Vierge, ayant Notre-Seigneur devant elle. En haut , saint Nicolas , évêque de Myre, patron des Russes, avec des mots russes ou serviens. Autour de la sainte Vierge les quatre évangélistes représentés par leurs attributs : têtes d’homme , de lion , d’aigle & de bœuf; au-dessous de la sainte Vierge, saint Grégoire de Nazianze, patron des Russes; un peu au-dessous, à droite , saint Serge, & à gauche, saint Nicolas avec des caractères russes en abrégé. »
Sur une des lames d’argent doré qui enveloppent la relique, on lit une inscription en lettres grecques ou russes rapportée par Rocca qui la donne dans sa grandeur naturelle, & la traduit ainsi : Ceci est une parcelle du précieux & vivifiant bois du Sauveur Jésus-Christ (PI. XXIII).
Je suis resté longtemps devant ce curieux monument & l’ai dessiné avec soin, en corrigeant les planches de Rocca peu exactes & dont le dessin, sans aucun caractère, semble rappeler une œuvre du xvn* siècle, tandis qu’elle paraît en réalité du xie ou xn° siècle. Il n’y a aucun modelé ; on sent tous les coups de gouge. Je n’ai pas vu les stigmates que Rocca croit y voir. Je n’ai aperçu qu’une marque de clou au pied droit, & encore! Les nimbes qu’il indique trop forts, sont à peine sensibles sur le fond, d’où ressortent les figures avec un assez grand relief. Le bois a une couleur de palissandre très-foncée que prend souvent le vieux chêne. Rocca croit, en eftet, que c’est du chêne, & je n’en doute pas (PI. XXIII).
Sainte-Marie-in-Trastevere. — L’église de Sainte-Marie-in-Trastevere possède une relique qui ressemble beaucoup , pour le travail & la nature du bois , à celle dont je viens de parler. On n’en connaît rien avant Pie VII, qui la donna, dans le beau reliquaire où elle se trouve encore, à Napoléon, lequel la remit à sa mère. A la mort de Mrae Laetitia Bonaparte, elle fut achetée par le cardinal Tosti, qui en fit hommage à l’église.