IV*' OBSERVATION
Luxation en haut de V extrémité scapulaire de la
clavicule. (Luxation en bas de l’acromion sur la
clavicule droite.)
Louis-Alexandre Duval, jardinier, âgé de soixante ans, natif de Nogent-sur-Marne, demeurant à Saint- Mandé , Grande-Rue, 37, est entré à l’hôpital Saint- Antoine, salle Saint-François n° 19, le 18 octobre 1841.
Quelques heures avant son entrée à l’hôpital, Duval fut renversé dans le parc de Vincenncs par un cheval qui, l’ayant heurté à l’épaule gauche, le lança violemment à terre. Dans cette chute, l’épaule droite et le côté correspondant portèrent sur le sol : les 6® et 7* côtes furent fracturées à leur partie moyenne; l’extrémité scapulaire de la clavicule droite, ayant été luxée , détermina dans la configuration de l’épaule les caractères suivants :
Le malade étant debout ou assis, les deux bras pendants le long du corps; les deux clavicules, appuyées sur les premières côtes, sont l’une et l’autre parallèles à l’horizon.
Du côté sain, le moignon de l’épaule est, à très-peu de chose prés, à la hauteur de la clavicule, il semble prolonger le plan de la face supérieure de cet os. La forme générale de l’épaule est arrondie.
Du côté malade, le plan horizontal formé par la face de la clavicule est brusquement interrompu au
niveau de rexlrémitë scapulaire de cet os. Le moignon de l’épaule, représenté par le bord externe de l’apophyse acromion, est placé a un pouce et demi au-dessous de la clavicule. L’épaule est rapprochée du tronc, de telle manière que l’espace compris entre l’extrémité externe de la clavicule et le bord externe de l’acromion se trouve diminué de six lignes. La distance qui sépare, de haut en bas, ces deux os est limitée extérieurement par la peau, laquelle , après avoir en quelque sorte drapé la clavicule, se précipite de haut en bas, pour former une surface dont l’inclinaison se rapproche presque de la verticale, et s’étaler ensuite sur le moignon de l’épaule. Dans ce trajet, cette surface cutanée a la forme d’un triangle équilatéral, dont un des angles correspond à l’extrémité scapulaire de la clavicule, et les deux autres aux extrémités du bord externe de l’acromion. En cet endroit, la peau se laisse déprimer avec une facilité si grande, qu’il est possible de loger trois doigts superposés entre la face inférieure de l’extrémité externe de la clavicule et la face supéi'ieui’e de l’acromion. En avant et en arriére do cette surface, les faisceaux musculaires du deltoïde et du trapèze impriment à la peau, dans le sens de leurs directions, une légère saillie faiblement dépressible. Au-dessous des faisceaux du trapèze, il existe une dépression de cette membrane en rapport avec le muscle sus-épineux.
Il est possible, a trav^ers les tégumens, de distinguer au toucher la facette articulaire de la clavicule.
I^c bord interne de l’ornojjlate du côU' gauche est
plus rapproché des apophyses épineuses que ne l’est le hord semblable de l’omoplate du côté opposé.
Le coude gauche est un peu écarté du tronc. Le malade incline la tête du côié de la luxation.
Ainsi il résulte des faits que nous venons d’énumérer que la clavicule occupe sa position naturelle ; tandis que 1 omoplate a subi , par rapport au premier de ces os , deux déplacements principaux :
Le premier , de haut en bas , peu étendu au moment de la luxation , a été , bientôt après , considérablement augmenté par le poids du membre.
Le second déplacement , dans lequel le membre est rapproché du tronc, a été opéré par l’action du grand et du petit pectoral en avant ; en arriére par le grand dentelé , les faisceaux inférieurs du trapèze , le rhomboïde et le grand dorsal.
La position du coude écarté du tronc me semble devoir s’expliquer par l’action du grand pectoral et du grand dorsal sur l’extrémilé supérieure de I humérus , pendant que le deltoïde , dont l’insertion a lieu au-dessous de celle des muscles précédents , agissait sur l’extrémité inférieure de l’os du bras et portait le coude de dedans en dehors.
Il est évident qu’un déplacement aussi étendu ne peut avoir lieu sans la déchirure , 1° des ligaments coraco-claviculaires , 2® des ligaments et des faisceaux fibreux acroinio-claviculaires.
La douleur est vive , les mouvements de l’épaule sont impossibles ; ceux du bras ont lieu dans des limites très - étroites et presque sans douleur,
. sous rinfluence d’une puissance étrangère au malade.
t Un bandage de corps est appliqué dans le but de maintenir les côtes fracturées dans un état d’immobilité. î '
Après avoir constaté l’existence d’une luxation à laquelle on pourrait , à juste titre , donner le nom de luxation en bas de l’acromion sur la clavicule , j’ai opéré la réduction en plaçant la main droite à la partie interne du bras malade , pendant que la main gauche , appuyée sur la partie externe de son coude , le rapprochait du tronc et, par un mouvement de bascule , dégageait l’acromion. Cette apophyse, entraînée par l’humérus en dehors et en haut , venait présenter sa facette articulaire à la facette corresjmndante de la clavicule.
La réduction ainsi opérée est maintenue au moyen du bandage décrit plus bas.
Le jour même de l’entrée du malade à l’hôpital , 18 octobre, une large saignée du bras lui est pratiquée.
Le 1 9 , le malade éprouve une douleur assez vive dans le côté gauche ; quelques accès de toux sont suivis d’une expectoration sanguinolente ; la douleur de l’épaule a cessé depuis l’application du bandage. On prescrit au malade de la tisane pectorale sucrée , un julep diacodé , un bain de pieds sinapisé , le repos et la diète.
Les symptômes observés la veille diminuent pendant les jours suivants et disparaissent complètement
du 23 au 24 octobre, le même traitement ayant été continué pendant ce laps de temps.
Tous les deux ou trois jours le bandage est resserré, ainsi qu’il sera dit plus bas.
Huit jours après son entrée à l’hôpital , le malade est mis au quart de régime ; quelques jours après , il mange la demie ; son état s’améliore avec une grande rapidité.
Le 6 novembre, Duval n’éprouve aucune souffrance dans la poitrine ou à l’épaule ; il se plaint seulement d’une légère douleur à l’avant-bras, laquelle est occasionnée par la compression du bandage dont l’action sur la peau est directe.
Le 14 novembre , le bandage est enlevé ; l’acromion et la clavicule sont dans leurs rapports respectifs ; nulle difformité n’est appréciable. Ce fait est constaté par M. le professeur Bérard , et quelques jours après par M. Denonvilliers.
Le premier sentiment d’engourdissement étant passé , le malade peut porter le bras dans toutes les directions.
L’avant-bras n’ayant pas été protégé par un bandage roulé , le petit doigt et l’annulaire sont restés dans un état d’engourdissement, effet de la compression exercée sur l’avant-bras. Quelques frictions avec un Uniment opiacé et deux bains ont suffi pour rendre à ces organes leur liberté de fonctions.
Le nommé Duval est sorti guéri de l’hôpital Saint- Antoine , le 1 8 novembre 1 841 .
Six semaines ou deux mois après son départ , Du-
val a eu la bonté de se présenter à moi pour me permettre de constater sa guérison parfaite.
Appareil pour maintenir réduites les luxations scapulaires et sternales de la clavicule (1 ).
1° On appliquera sur le membre correspondant à la luxation des circulaires de bandes, lesquelles, partant de la main , remonteront sur l’avant-bras et le bras pour se terminer au niveau de l’aisselle.
2° Une bande large sera roulée autour de la partie inférieure de la poitrine,* un des tours passera obliquement, d’arrière en avant, sur le bras et l’avantbras, afin de maintenir le coude sur le côté de la poitrine.
3° Un tampon de huit à dix lignes d’épaisseur, de deux pouces carrés , formé de compresses pliées en plusieurs doubles, sera appliqué sur l’extrémité luxée de la clavicule. Le chef d’une bande neuve sera appuyé sur le tampon avec assez de force pour maintenir l’os dans sa position naturelle; cependant la bande déroulée sur la partie antérieure de la poitrine gagnera la région cubitale de l’avant-bras qu’elle contournera^ en s’y appuyant fortement, pour longer.
(i)- l codant t(ue rcl article est sons presse , j’apprends de M Denon- \illiers qu il a traite, a l’Hôtel-Dieu, un cas de luxation en hantdel’ex* tréinitc scapulaire de la clavicule , au moyen de mon bandage, et que te. résultat a etc parfait.
en remontant, la partie postérieure du bras et de l’épaule; gagner le tampon, recouvrir avec force le chef de la bande, et faire ainsi cinq à six fois le même trajet.
4“ La partie, moyenne d’une bande de trois à quatre mètres de longueur sera appliquée sur le côté de la poitrine opposé au bras malade, à deux travers de doigt au-dessous du sein ; les deux chefs de cette bande seront portés sur les faces antérieure et postérieure du tronc , perpendiculairement au bandage cuhiio-claviculaire; chacun de ces chefs sera engagé sous la face profonde de ce bandage pour être réfléchi sur sa face superficielle, et de là, côtoyant les régions dorsale et sternale du tronc, gagner le côté de la poitrine opposé à la luxation , et être fixé par un double nœud sur la convexité de l’anse première que la bande a formée.
Chaque jour, pendant le premier septénaire, les nœuds de cette dernière bande, que nous appellerons motrice J seront relâchés; les chefs, tirés ainsi qu’il est indiqué sur la planche première, seront portés sous le bras et de nouveau fixés par deux nœuds sur le tronc.
Par ce mécanisme, on obtiendra une puissance qui agira perpendiculairement au bandage cubilo-clavi- CLilaire. Alors le point d’action se trouvera divisé et réfléchi d’une part sur la clavicule^, et de l’autre sur le coude, de manière à agir sur ces deux régions avec plus de force qu’il n’en faudra pour éviter tout déplacement, et assez de solidité pour que le bandage
puisse rester appliqué pendant pfusieurs mois sans être renouvelé^ si la nécessité s’en faisait sentir. Le soin essentiel, mais le seul à donner au bandage après son application , est de resserrer la bande motrice lorsqu’elle commence à se relâcher.