‹ Memoire sur Les Microcephales ou Hommes SingesChapitre 10 sur 38 · RASES · texte numérisé non relu

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service, même le plus minime ; il faut donc les observer attentivement et leur déboulonner, par exemple, les pantalons, lorsque par des grimaces, ils trahissent un besoin. L'ainé, qui se montre bien plus rapproché de la bête que le cadet, sAlit souvent sa couche. Tous les deux trahissent leurs besoins et leurs sentiments seulement par des sons inarticulés; Frédéric seul peut indiquer, par quelques sons semblables à des mots (Wortæhnliche haute) ses besoins les plus pressants. Tous les deux poussent souvent des cris perçants et aigus, lorsqu'ils se croient inobservés. On n'a aperçu sur aucun d’eux des manifestations de désirs sexuels. La démarche de ces êtres, privés de raison et de volonté consciente, même en partie sans instincts, purement brutes, est debout, dans la plaine; ils montent les escaliers plus volontiers en rampant sur quatre pattes. Crétins par l’intelligence, ils ne le sont pas par le corps; ils n’ont point de goitre ; la glande thyroïde est au contraire plutôt diminuée et à peine perceptible au toucher.

« Rien n'explique la genèse de ces homme»-tin<jr* (mcnschliche Aflcn-Organismcn) ; les deux frères sont nés et vivent dans une contrée saine et sèche, où rien de semblable n’existe ; la manière de vivre de leurs parents ne diffère en rien de celle des voisins. Le père était grand, bien conformé, fort et robuste ; charpentier, il avait servi quinze ans comme artilleur dans l’armée prussienne ; il avait, à la naissance de son tils Michel, quarante-sept ans ; il mourut à l’Age de soixante ans, par une pneumonie. La mère. Agée de cinquante-cinq ans, est une femme bien conformée, de taille moyenne, d’une intelligence conforme A son état ; elle a donné le jour à sept enfants bien portants, dont, outre les idiots, vivent encore deux filles parfaitement saines et bien conformées, l’une de vingt-un et l'autre de quatorze ans. Les filles occupent, dans les naissances, la troisième et la sixième places, tandis que lus idiots occupent la quatrième et la septième. Les autres enfants, bien conformés, ont succombé par des maladies de leur Age. La mère ne peut citer aucun incident, rien qui aurait pu exercer une influence particulière sur elle, pendant ses grossesses avec les idiots.»

* Ce rapport de M. Ollendorf, dit Muller, suffisait pour diriger l’attention des autorités sur ces malheureux. » On fit faire des portraits par un peintre et des examens ultérieurs par M. le docteur Behn, dont le rapport, daté du 30 Avril 1835, suit :

« a J Frédéric Sohn, treize ans. Les parties génitales sont régulièrement conformées; le nions veneris sans poils... Il montra un certain sentiment de pudeur, en rougissant,

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•ii

en détournant la ligure et en serrant les cuisses, lorsque je voulus mesurer les parties. Deux grandes beurrées, qu’il dévorait avidement en les tenant à la main, connue font les singes, et dont il ne voulait même pas abandonner un morceau à sa mère, ine firent parvenir à mon but. Un rayon de galté joyeuse se répand sur ses traits lorsqu'on imite le cri des singes qui témoignent leur joie ; l'œil prend quelque éclat et une expression de ruse, mais ce n'est que pour un moment : bientôt la figure reprend son expression bête et insignifiante. Il ne montre aucun intérêt pour des objets ou des couleurs brillantes, mais il imite en ricanant le mouvement du doigt lorsqu'on le dirige sur ces objets. Il ne montra aucune impression aux sons d’une llftte ou d'une guitare ; il resta dans son attitude habituelle, la tète baissée, en laissant pendre sa langue d’un demi-pouce hors de sa bouche, étirée par un ricanement stupide ; il entend, d'ailleurs, assez bien. Il exécute des ordres que lui donne sa mère en langue plate ; il apporte, par exemple, des souliers placés sous le lit. Je lui fourrais dans le nez une prise de tabac fortement ammoniaqué : la ligure rougissait fortement, l'œil devint humide et il éternua trois ou quatre fois en tirant la langue, puis il se secoua comme quelqu'un sur lequel un vomitif commence à agir, niais il ne cracha pas. D’un sandwich au jambon il mangea d’abord la tranche de viande, puis chercha quelques morceaux de beurra tombés par terre pour les avaler avec avidité ; pour finir, il se léchait les doigts. Tous les deux avalent d’assez grandes quantité d’eau-dc-vie sans sourciller. Rendu familier, Frédéric voulut me faire comprendre, par des pantomimes, qu’un petit escabeau lui appartenait; il m’en montra les pieds et le retint avec beaucoup de force, lorsque je lis mine de le prendre pour m’asseoir dessus.

» b) Michel Sohn, viugl ans, malade au lit, est loin d’égaler son frère en intelligence. Il ne peut pousser que des sons inarticulés pour demander à manger et à boire; il vide, sans désemparer, une soupière de deux à trois quarts avec une cuiller; pour les autres mets, il use des doigts, ne sachant se servir de couteau et de fourchette, ce qui le distingue de son frère ; la mère est forcée de faire manger les deux frères à part, sans quoi ils se battraient immédiatement; mais ils partagent la même couche en bonne harmonie. Je dois encore inenlionneV, comme manifestation de galté des deux, qu’ils grimpent très-habilement sur des arbres, lorsqu'ils croient qu'on ne fait pas du tout attention à eux, en poussant un hurlement en guise de chant. Michel étant malade, M. Behn ne put pas beaucoup s’occuper de lui.

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» Pendant la maladie, l'idiot eut des moments de revèrie, où il ne connaissait personne et parlait continuellement de son père, de boire et de manger. Il était à l'hôpital de Brombcrg. Il prononça les mots : THnkte habe (Avoir à boire)! Tùskeu haben (Avoir beurrées)! Koppe duhtc web (Tête fait malt! AVhitc elen (.Manger pain»! Aeppel und Bultermilch (Pommes et petit-lait ! »

En parlant des portraits, M. Muller ajoute : < La déformation se montre surtout au profil. A côté d'une conformation normale de la face, on est lrappé par la saillie brutale des mâchoires, par le manque d’expression des traits, les grandes lèvres proéminentes, tandis que le front fuyant, en tant qu'il est visible, jusqu'aux cheveux, n'occupe pas, chez les deux frères, autant d'espace que l'oeil avec ses paupières. »

Le pauvre Michel mourut; le cadavre lut envoyé dans de l’esprit-de-vin à Berlin, où il arrivait après un voyage de plusieurs semaines. Le crâne n'ayant pas été ouvert, le cerveau fut assez maltraité.

« Le corps, abstraction laite de la tête, était Ut» proportionné à t’iigc de JO ans ; ayant 4 pieds 10 pouces de longueur. Les organes sexuels bien conformés, proportionnés à l'Age ; poils au pubis ; point de barbe. > Il y avait une extravasation de sang considérable sur toute la surface du cerveau. « On pouvait reconnaître très-bien la conformation extérieure du cerveau. Les plis se montraient, mais rares cl peu compliqués, en général forts de diamètre. La réduction de la masse cérébrale n’était donc pas combinée avec une réduction des plis sur un diamètre plus petit, en conservant leur nombre; la surface du cerveau avait été diminuée, au contraire, aussi par la réduction du nombre des plis. On pouvait encore se convaincre de la présence du pont de Varol, du cervelet à structure feuilletée... Les corps striés et les couches optiques étaient diminués à la même mesure, comme toute la masse cérébrale... Tous les viscères étaient bien conformés...

* On ne sait pas ce que l'on doit admirer le plus sur le crAne, la petitesse de la boite par rapport à la tète, l’aplatissement extraordinaire ou plutôt l'absence d’un front, la compression verticale de l’occiput, à partir du grand trou occipital jusques et bien au-delà de la protubérance externe, le pincement latéral du front, ou, dans la face, l'étroitesse de la cloison des orbites, ou l'angle saillant que fait la mâchoire inférieure... Vue de côté, la voûte du crâne commence toute surbaissée derrière la

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glabelle et les arcades susorbilaires, se relève insensiblement jusqu'au vertes, s'affaisse de nouveau très-lentement jusqu’à un demi-pouce derrière la suture lambdoïde, pour se recourber soudainement et pour descendre tout droit vers le trou occipital. L’occiput est si peu développé qu’il ne touche pas le sol, et que les apophyses articulaires restent à un demi-pouce du sol, lorsqu’on place le crâne sur le bord dentaire de la mâchoire supérieure.

* I/angle de Camper est de 64 degrés...

» La petitesse et la compression du crâne s’expriment aussi d’une manière trèsremarquable, par le rapprochement des bords des muscles temporaux et des lignes semi-circulaires. Si cette distance est sur l’Européen normal de 4 pouces 10 lignes, elle n’est chez le microcéphale que de 14 lignes. C’est une similitude étonnante avec les animaux. Sur le jeune Orang, les lignes sont distantes de 5 pouces 8 lignes. Chez l’Orang adulte, elles se touchent sur l’arètc médiane du crâne, de manière que le erànc est entièrement couvert par les muscles. Cette modification des insertions des muscles temporaux est une simple conséquence du développement, pendant lequel ils se rapprochent chez tous les mammifères successivement par leurs bords supérieurs, tandis qu'ils sont très-distincts dans la jeunesse.

» Les sutures offrent plusieurs particularités. L'occiput étant aplati de manière que le crâne semble comme tronqué & l'endroit de sa plus grande largeur, laquelle se trouve vers la légion postérieure de la fosse temporale, la suture lambdoïde a un trajet tout particulier. Cette suture ne forme pas un angle dirigé en avant; mais elle court presque parallèlement avec la circonférence de l'occiput, tronqué en arc d’un côté à l’autre. La suture sagittale est oblitérée parla fusion complète des deux pariétaux. La suture squameuse ou temporale manque du côté gauche. Les os de la voûte ne sont pas épaissis, mais le diploë manque presque partout. Les impressions digitiformes des plis cérébraux sont fortement accusés sur la face interne du crâne, ainsi que le trajet de l'artère raéningienne médiane. Sur les trois tasses creusées à la base du crâne, la frontale est la plus rétrécie par l'aplatissement cl la compression latérale du crâne. Les ouvertures de la base du crâne, pour le passage des nerfs et des vaisseaux, sont toutes présentes ; le trou jugulaire du côté gauche est un peu rétréci ; le grand trou occipital de grandeur naturelle. >

Nous n'avons que fort peu de choses à ajouter à cette description du crâne de

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Michel Sohn, faite de main de maître par Jean Muller. Ce qui frappe, en cfl'et, le plus et distingue ce crâne de tous les autres microcéphales, c'est la troncature de l’occiput, semblable à celle de certains carnivores, où elle est combinée avec le développement des arêtes servant d’insertion aux muscles temporaux. Telle qu'elle est, cette troncature en ronde-bosse rappelle aussi la partie occipitale des Orangs adolescents, où la crête des adultes est en voie de développement; et la saillie considérable îles arcades sus-orbitaires, le prognathisme dû au projcltement des mâchoires, et à la position des dents incisives des deux mâchoires, ajoutent encore à celle ressemblance Quant aux dents elles-mêmes, on remarque qu’elles ont tout â fait la grandeur normale d’une tète d'homme normale, que les dents de sagesse ont percé dans les deux mâchoires, et qu’il existe du côté gauche une petite lacune entre la seconde incisive et la canine, dans laquelle peut se loger la canine correspondante de la mâchoire inférieure.

La tête en entier offre une légère déviation vers la gauche, mais qui ne se fait remarquer que dans le palais et dans la mâchoire inférieure.

Frédéric Sohn, le frère du précédent, était encore en vie et âgé de 13 ans, lorsque Michel mourut à l’âge de 20 ans. Frédéric succomba plus tard ; sa tête seulement fut envoyée à Berlin, où le crâne et le cerveau sont conservés. Je n'ai pu trouver aucune notice sur sa dernière maladie, ni même sur la date de sa mort, qui doit être survenue à peu près A l'âge de 18 ans, A en juger par l’état de scs dents; car, dans les deux mâchoires, les dents de sagesse, développées entièrement chez le frère aîné, sont sur le point de percer.

La ressemblance du crâne avec celui du frère ai no. est très-grande. L’air de famille ne s’y dément pas; mais il y a aussi des différences qui sont dues surtout au développement plus considérable de la boite crânienne, ainsi qu'A une grande mollesse des formes en général, de manière que le crâne de Frédéric, comparé A celui du frère, a plutôt le port d’un crâne féminin. Les arcades sus-orbitaires sont, en effet, beaucoup moins proéminentes; le relèvement en carène de la ligne médiane de la voûte.

' La boite cérébrale du crâne d’un jeune Orang, qui se trouve an Musée de Wiesbaden, et qui a été dessinée par M. Lucae itler Pongo- und Orang-Schædcl. PI. VIII, Wiesb. 3), est, pour ainsi dire, un calque de la boite cérébrale du crâne de Michel.

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moins saillant ; l'arête courant le long de la suture lambdoïde et l’épine occipitale, beaucoup moins accentuées ; les lignes temporales ne s’approchent pas autant de la ligne médiane; les arcades zygomatiques sont plus faibles; les fosses temporales moins profondes. Les sutures présentent cependant le même aspect, comme chez le frère. La suture sagittale a complètement disparu; la coronale, quoique moins visible, est peu mobile et sur le point de se souder; la lambdoïde, au contraire, bien accentuée. Une différence essentielle résulte encore de l’aplatissement bien moindre de la région occipitale, laquelle, tout en étant déclive, au point que l'on peut voir le grand trou occipital en regardant le crâne placé dans sa position normale, d’en arrière, est pourtant un peu bombée et ne présente pas cette troncature violente comme chez le frère aîné. Le crâne dévie un peu vers la droite ; les dents sont des véritables modèles pour leur forme comme pour leur conservation, et les incisives surtout ne le cèdent en rien aux plus belles dents de nègre que je connaisse.

En comparant les têtes des deux frères par superposition des calques, on trouve d'abord qu'elles se correspondent assez, exactement dans la vue de profil, saul que la voûte du front est plus prononcée dans le crâne de Frédéric, et que la ligne de l'occiput dépasse, depuis l’épine occipitale jusqu’en bas, le crâne de Michel de 5 millimètres à peu près. La mâchoire supérieure de Frédéric, en revanche, est moins haute et la mâchoire inférieure beaucoup plus faible, tandis que la position déclive des incisives est presque égale dans les deux crânes. La vue d’en face fait surtout apprécier le développement plus considérable, en hauteur et en largeur, du front de Frédéric, tandis que la vue d'en haut montre d'une manière très-décisive le moindre développement de la mâchoire et des arcs zygomatiques. Le bord des os nasaux couvre en effet, dans cette vue, le bord dentaire de la mâchoire, tandis que, chez Michel, ce bord dentaire dépasse, de quelques millimètres les os du nez. La comparaison des vues de la base du crâne nous montre le palais moins long et moins large chez Frédéric, et l'os basilaire un peu moins allongé; le trou occipital occupant, du reste, la même position par rapport au contour de l’occiput.

N» 4. Conrad Schuettelndreyer, de Nienstedt, près Buckcbourg, âgé de 31 ans.

(PI. 11 à 13.)

R. Wagner dit, dans son Mémoire sur les microcéphales, pages 52 et 53: « Ce

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crâne a été figuré mais non décrit par Blumcnbacli en ISIS, et il se trouve dans la collection de Bluinenbach, avec la lettre du chirurgien de Burkebourg et une étiquette de la main de Blumenbach, ainsi conçue : « Crâne de l'Iiomme-singe de Buckebourg, 1812.» M. Wagner donne ensuite l’extrait suivant de la lettre que je transcris littéralement:

* Conrad Schnttelndroyer est le fils légitime d’un mineur de NiensUndt, né en 1780. On ne sait rien sur ses parents. On raconte que la mère s’est effrayée, pendant sa grossesse, à la vue d’une danse d’ours et de singes. Conrad est le cadet de six enfants ; un frère et trois soeurs, sains de corps et d’esprit, vivaient encore lors de sa mort. Il était de taille moyenne, faible en os, le dos courbé mais pas dévié; les bras très-longs, le teint bruni, les yeux petits, blonds, peu de barbe. L’extrémité de la langue sortait toujours de la bouche ; il bavait sans cesse. Démarche hâtée, la tète pendante et les mains portées en avant. Tout son extérieur ressemblait beaucoup au Chimpansé figuré dans le recueil de Bertuch (livre célèbre dans le temps). Il avait beaucoup d’appétit et avalait tout ce que les paysans mangent, avec grande avidité. Il ne montrait pas de préférence pour certains mets. Il mangeait très-rapidement avec une cuiller, mais si maladroitement qu’une partie des vivres tombait de la cuiller par terre ; il ramassait alors les objets tombés avec l’autre main pour les fourrer dans la bouche. Les autres lui donnaient ordinairement la becquée. Il salivait toujours pendant le repas. Il avait l'humeur très-irritable, se lâchait facilement, mais oubliait aussi très-vite les insultes. Il poussait des cris perçants et inarticulés étant fâché, ou bien poussait aussi sa tète contre la paroi. Il manifestait d’une manière toute particulière sa colère, sa crainte de punitions et des hommes en général. Quelquefois, mais très-rarement, il manifestait des instincts sexuels ; une seule fois il parut vouloir faire violence â la femme de son frère, pour assouvir sa passion ; il la prit par les cheveux et l’embrassa avec grande effusion ; mais les cris de la femme et les personnes accourues, l’empêchèrent d’aller plus loin. Il n'apprenait rien du tout, ne pouvait ni s’habiller ni se déshabiller, ni fermer la porte de la chambre, qu’il savait cependant ouvrir. Il faisait ses besoins partout, debout, couché et en marchant ; il fallait par conséquent le nettoyer chaque matin. On ne lui mettait pas de pantalons, pour cela. Il ne pouvait pas parler, mais poussait seulement des cris d’animaux inarticulés, qui ressemblaient au beuglement strident d’un veau. Quelquefois, il répondait à de certaines questions, par exemple, s’il voulait

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encore manger ou boire, en inclinant ou secouant la tète. Ses parents disent qu'il pouvait prononcer, quoique d’une manière très-peu compréhensible, les mots suivants, qu'il avait sans doute entendu accentuer souvent et fortement : « Teufel, Donnerwetter, Schwerenoth, Narr. » Il se tenait en été sur la place devant la maison de son frère, regardait les passants avec curiosité, essayait aussi de jouer avec les petits enfants ou de leur courir après, mais ne leur faisait jamais de mal. En automne, il grimpait volontiers sur des arbres bas pour manger les fruits, quand même ils n’étaient point mûrs. Son occupation favorite en hiver était de déchirer en petites pièces, assis derrière le poêle, des morceaux de papier ou de vieux linge. Il jouissait toujours d’une excellente santé, n’avait jamais eu une maladie, et serait parvenu, sans doute, à un âge avancé si un accident n’avait raccourci sa vie. Sa mère ne voulut pas l'abandonner aussi longtemps quelle vécut. Mais, après la mort de la mère, le frère fit la demande de son admission dans l'hôpital de Buckebourg, où on l’accueillit. Il y vivait, très-bien soigné et très-content à sa manière, depuis plusieurs semaines. Au commencement de l’hiver il s’était trop rapproché du fourneau, sa robe avait pris feu, et, sentant la chaleur, il s'était jeté sur sa paillasse qui avait pris feu aussi. Il ne poussa pas un cri. Le gardien, arrivé par hasard, éteignit le leu, et voyant une brûlure considérable, envoya chercher le chirurgien. Celui-ci constata une brûlure profonde du scrotum et des fesses ; les muscles étaient mis à nu. Le malade se laissa soigner avec patience et, pendant tout le traitement de 15 jours, ne donna aucun signe de douleur; il répondait à toutes les questions avec son beuglement habituel. Il mangeait pendant les premiers jours avec très-grand appétit. La fièvre et la suppuration devinrent très-fortes ; il ne voulut plus rien prendre et mourut le 1 ,r Décembre 1811, à l’âge de 31 ans et 7 mois. » .

De tous les crânes microcéphales mâles qui m’ont passé entre les mains, celui de l’hommc-singe de Nienstædt est, sans aucun doute, le plus simien sous tous les rapports, sauf celui du volume cérébral. Comme qu'on le regarde, on ne peut s’empêcher de frissonner â la pensée que des parents humains, bien conformés, aient pu donner le jour â une créature pareille. Les arcades sus-orbitaires sont énormes ; à la vue de profil, elles forment une bosse ronde, grande comme une noix, qui se continue en arrière par une arête épaisse, suivant si bien le front fuyant et la voûte surbaissée du crâne, que l’on aperçoit à peine la ligne médiane du crâne. En regardant le crâne

d’en haut, on s’aperçoit, on effet, que ces deux bourrelets, qui ne sont autre chose que les lignes temporales servant d’insertion aux muscles temporaux, ne laissent entre eux, sur la longueur de la suture sagittale disparue, qu'un espace large de deux millimètres, tandis que sur le front aplati cl enfoncé se dessine un espace rhomboïdal, borné en avant par les arcades sus-orbitaires, et en amère par les bourrelets temporaux. Sauf cet espace si restreint, le crâne entier était donc enveloppé par les muscles, dont les insertions se touchaient presque dans la ligne médiane. Celle conformation est exactement celle des singes anthropomorphes adolescents, au moment où la dentition définitive se complète et où les insertions des muscles temporaux vont se réunir pour donner naissance à la crête sagittale, qui ornera plus lard le critne, au moins dans sa partie postérieure.

Vu de profil, le crâne parait très-allongé par suite de l'aplatissement de la voûte et de la formation arrondie de l’occiput. Nous ne rencontrons pas, en effet, ici, dans ce crâne, la troncature de l'occiput constatée chez les frères Sotin ; un léger enfoncement le long de la suture lambdoïde marque, au contraire, la séparation du pariétal et de l’occipital ; l’écaille de ce dernier forme un appendice arrondi, au-dessous duquel se cache, par la vue d'en haut, l’épine occipitale. L'allongement du crâne, dans la vue de profil, est encore rendu plus remarquable, par la saillie du nez, inséré sous l’énorme bourrelet sourcilier et continuant presque la ligne du front fuyant, et par les mâchoires également tirées en avant ; de sorte que ce crâne est presque le plus prognathe de tous, malgré que les incisives dévient un peu de la ligne de la mâchoire, en s’implantant dans son bord sous un angle, il est vrai, très-obtus.

Vu de face ou d'arrière, ce crâne se présente presque sous la forme d’un triangle équilatéral, dont le sommet est formé par le vertex. Depuis la ligne sagittale, les flancs s’abaissent comme les pans d'un toit assez raide, et les deux autres angles du triangle sont formés par les bords extérieurs des apophyses mastoïdes énormément boursoufllées. Le front ne forme, dans la vue de face, qu'un triangle bas, semblable au fronton d’un temple grec. La racine du nez est enfoncée et'très-large, les orbites rejetées de côté par ce développement de la cloison. Malgré sa projection, la mâchoire supérieure est très-basse et ce qu’il reste de dents parfaitement développé.

L'impression que produit ce crâne singulier change un peu lorsqu'on le regarde d'en haut ou d'en bas. Il est, en effet, extrêmement large, beaucoup plus large que tous les

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autres, In plus brachycéphale de tous, sauf Racke. Celle largeur tient d'abord à l'épaississement des parois dans la fosse temporale, où des arêtes saillantes entre des impressions profondes, témoignent de la fofce du muscle ; mais elle est engendrée surtout par l’énorme développement des apophyses mastoïdes, qui se boursoufflent et se présentent à la vue d’en haut comme deux marche-pieds, que l’on aurait établis pour pouvoir circuler autour de ce crâne, comme autour d’un wagon de chemin de fer. On sait que celte conformation des apophyses mastoïdes qui se continuent avec l'arcade zygomatique, est tout à fait normale chez la plupart des singes.

Dans la vue de profil, le crâne de Sehutteindrcyer se rapproche le plus de celui de Jéna. La hauteur cl la courbe du vertex sont, en effet, presque les mêmes, mais la bosse sus-orbitaire, le nez cl l'occiput sont beaucoup plus proéminents, tandis que le front est un peu plus aplati. Le degré de prognathisme se montre presque le même chez les deux crânes.

Les vues de face, d'en haut, d’en bas et d’arrière, lui font une place tout à fait à part, et parmi les crânes â moi connus, il ne montre que de faibles analogies avec le crâne do Madire tn° I), dont il se distingue cependant assez.

I,es dents ne sont pas bien conservées ; il en reste cependant assez pour montrer qu'elles étaient conformes au type humain, et que les dents de sagesse avaient fait acte de présence.

Toutes les sutures sont visibles, â l’exception de la suture sagittale entièrement disparue. La suture lambdoïde commence aussi â se souder dans sa partie moyenne, et la coronale se fait remarquer par sa grande simplicité.

Le crâne étant scié suivant la ligne médiane, on peut voir que le diploë a presque entièrement disparu dans l'os frontal, tandis qu'il existe sur tout le reste du pourtour. La bosse sus-orbitaire est due à l’énorme développement du sinus frontal, entouré de feuilles osseuses aussi épaisses que le frontal lui-même ; ce développement est tel, que la distance entre le point le plus avancé du cerveau et le point le plus saillant de la bosse, est presque de deux centimètres. L’os basilaire, formé par la réunion du sphénoïde et de l'occipital, est très-épais dans sa partie moyenne, et presque entièrement droit ; la selle turcique profondément creusée. Je dois mentionner encore que ce crâne est bien plus asymétrique que les autres ; il est considérablement déjeté vers la droite, de manière que la ligne médiane forme un arc très-visible, dont la convexité

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est tournée vers la gauche. Ce déjeltement se voit déjà dans l'occiput, mais il est surtout appréciable dans la partie antérieure du front, dans le nez et la mâchoire.

N° 5. Microcéphale de .1 en a , âgé de 26 ans.

(PI. 14 à 16.)

M. Theile, ancien professeur d’anatomie à l’Université de Berne, où j’ai eu l’avantage de suivre ses leçons instructives, et actuellement conseiller à Weimar, reçut la tête et le cerveau de ce microcéphale par le docteur Wedel, à Jéna. Il en donna une description très-détaillée dans le Journal de Henle et Pl'eufcr (Troisième série, p. "210), dont j’extrais les passages suivants :

* M. le conseiller Wedel, de Jéna, a eu la bonté de me céder le crâne soigneusement monté, et le cerveau intact d’un individu de ‘JG ans, né et mort dans les environs de Jéna, et d’y ajouter quelques notices sur sa vie.

> L’individu mesurait, du sommet de la tète à la plante du pied, 01 pouces rhénans. La largeur des épaules était de 20 pouces. La forme de la figure et de la tète entière rappelaient d’une manière frappante les enfants exposés, il y a quelques années, sous le nom d'Azlecs. La chevelure était blonde et laineuse ; le même poil laineux se montrait sur la lèvre supérieure et sur les parties génitales assez développées. Les yeux proéminents avaient été pris de cataracte dans les dernières années.

> L’individu était né de parents parfaitement sains, lesquels avaient eu plusieurs autres enfants physiquement sains. La mère doit avoir eu deux frères idiots, morts à l’âge de 40 ans. Le garçon microcéphale n’a appris à marcher qu’à l’âge de 5 ans; sa démarche était sautillante (trippelnd). Il poussait des cris inarticulés, lorsqu'il était excité ou qu’il voulait faire connaître un désir-, il doit avoir prononcé assez intelligiblement le mot: i Mutter (mère), i II n’a jamais appris à se servir de cuiller, de couteau et de fourchette; suivant l’expression des parents, il prenait sa nourriture comme avec une patte de chat. C’est pour cela qu'il ne mangeait pas à la même table avec la famille. Il distinguait fort bien du gâteau et du pain, et jetait ce dernier lorsqu’il voyait du gâteau chez les autres.

» Il doit avoir poussé des cris rauques particuliers lorsque le temps se prépa-

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rait à changer; il montrait alors un état maladif et se prenait souvent la tête. On n'a jamais aperçu des lubies sexuelles.

> On lui avait mis des habits de femme, parce qu'il ne savait dominer ses évacuations ; il savait se dépouiller de scs vêlements, mais il était incapable de s’habiller. On le voyait ainsi quelquefois parmi les enfants du village, à la manière d'un animal domestique qui s'est habitué aux hommes ; car il ne pouvait prendre part aux jeux des enfants. Plus tard, on a enjoint aux parents de ne pas laisser courir par le village cet individu singiforme (affenartig aussehend).

» Une section complète de l’individu, mort de méningite, n'a pas été permise. Le poids du cerveau, enlevé île la manière ordinaire (en laissant l’hypophyse) et pesé avec ses enveloppes à l'état frais, était de 10 onces et quart, poids médical prussien

» La tête pèse ”/„ livres ( — 141,5 grammes).

» Le crâne proprement dit, comme la face, sont intéressés au rapetissement ; le premier cependant d’une manière beaucoup plus considérable.

> La face se distingue par son prognathisme, dont on peut en partie s'expliquer la genèse, en supposant que les os de la face, réunis normalement à la base du crâne, ont été jioussés en avant par un simple mouvement de levier, de manière que leurs extrémités se trouvent avancées. On voit en effet que, sur cette tête placée dans la position nonnalc ' et vue de profil, le bord inférieur des orbites dépasse le bord supérieur d’un centimètre, tandis que, dans un crâne bien fait, c'est le bord supérieur qui surplombe ; la crête lacrymale descend de haut en bas et un peu en avant, au lieu d’en arrière; une verticale menée par l'extrémité du processus nasal de la mâchoire supérieure frappe les dents inaxillaires postérieures, au lieu des dents canines ; le glissement en avant est, en outre, prononcé dans la direction des os nasaux, des dents incisives supérieures et du processus ptérygoïdeus avec lequel correspondent la branche horizontale de l’os palatin et le vomer. Cette disposition est même reconnaissable encore sur l’os zygomatique, la pointe de son apophyse frontale élanL la partie la plus reculée du bord orbitaire postérieur. Dans la partie inférieure de la

' H. Tbeile preml comme plan horizontal normal le plan déterminé par les orifices auditifs externes et le plancher des fosses nasales.

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face et à la mâchoire inférieure, l'apophyse alvéolaire participe aussi an prognathisme, mais d'une manière inverse à la mâchoire supérieure; les incisives inférieures sont dirigées en haut et en avant, au lieu d’en haut et en arrière. Les parties dentaires des deux mâchoires forment donc la partie la plus avancée de la face et la mâchoire supérieure avance encore sur le menton.

» L’angle facial, pris de la manière ordinaire, est de 65 ’/. •/„.

» Malgré l'approche à la conformation simienne dans la vue de profil, le type humain se maintient dans le menton. Celui-ci est encore proéminent, de manière qu’un enfoncement est formé entre le menton et la partie alvéolaire tournée en avant.

» La boîte cérébrale, proprement dite, a le type animal, parce que le développement vers le haut et en avant a été reculé d’une manière incontestable dans la partie frontale.

> ». Crâne proprement dit.

• On voit sur plusieurs endroits les restes d'un état inflammatoire ; la surface n'étant pas lisse comme de l’ivoire, mais plus ou moins âpre et percée de nombreux trous de différente grandeur. Cette ostéoporose se montre sur la glabelle épaissie, sur la partie sus-orhitaire et zygomatique du frontal jusqu'à la suture coronale,' sur l'écaille du temporal au-dessus de la ligne semi-circulaire supérieure et à la surface interne sur la partie antérieure du frontal, sur la surface supérieure du sphénoïde jusqu’aux trous optiques, au fond de la fosse crânienne moyenne, sur la partie latérale et postérieure de la fosse postérieure et le long de la suture coronale.

» Les parois du crâne ont 3 â 4 millimètres d’épaisseur. Au-dessus et derrière les apophyses mastoïdiennes, l’épaisseur atteint 5 à 6 millimètres. La table interne est très-mince comme la table externe, à l'exception des os frontal cl occipital, où elle est un plus épaisse. Le diploë est fortement développé, à cellules larges.

> Les sutures coronalés et sagittales sont parfaitement mobiles dans toute leur étendue; la suture lambdoïdc de même, â l’exception d’un petit espace à la partie inférieure de sa branche gauche. Toutes les sutures sont dentelées à l’extérieur, simplement adossées à l'intérieur. La suture sagittale n'est pas droite... Toutes les autres sutures, entre les os du crâne, et de la face, sont ouvertes, à l’exception de la suture squameuse, qui est si bien soudée des deux côtés, qu’on n’en voit plus de trace, ni à l’extérieur ni à l’intérieur. La suture sphèno-orbitalc est ouverte. Le corps du sphé-

Clt.VNKS.

noïde el la partie basilaire de l’occipital sont soudes. Il reste encore une fissure Iransversale du cûlé inférieur, laquelle contenait sans doute encore un reste du cartilage.

» On n’observe pas, dans l’intérieur, ces arêtes vives et tranchantes qui caractérisent en général le crâne de l’adulte... Les impressions digitiformes et les jougs cérébraux ne sont nulle part prononcés; ou n'en trouve surtout presque aucune trace sur les toits orbitaires, où ils surit si particulièrement bien conformés dans des crânes normaux... Tout cela donne à la surface interne du crâne un caractère enfantin trèsprouoncé. >

M. Theile déduit, des mesures qu'il donne, les conclusions suivantes :

< n. La voûte crânienne participe beaucoup plus à la microcéphalie que la base du crâne.

» b. Le crâne antérieur participe davantage à la microcéphalie.

• e. Le corps el les arceaux des différentes vertèbres crâniennes parlirlpent à la microcéphalie d’une manière égale.

j> il. Les parties médianes des arceaux formant la voûte y participent davantage que les parties latérales.

i La conformation totale de l’os occipital est considérablement modifiée, parce que l’os, depuis les parties articulaires, est pour ainsi dire replié pour prendre une direction ascendante, et que la partie située derrière le grand trou occipital est fortement aplatie, au lieu d’ètre voûtée. L'os entier acquiert, par iâ le type animal.

» La mensuration des surfaces peut donner quelques éclaircissements sur la part que prennent les os :V la microcéphalie. Je me suis tenu aux normes de lluschke (Schaedcl, liirn und Seele, p. 29), et je donne ici un tableau de ses mensurations, comparées avec les miennes... i

M. Theile donne en détail les chiffres des mensurations. Nous en extrayons le tableau suivant, indiquant les surfaces proportionnelles (la surface totale étant = 100) des trois principales parties ou vertèbres du crâne :

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