CHAPITRE PREMIER
CRANES
•1 . Microcéphales ail finauds ad ni 1rs .
N° 1. Gottfricd M.eiire, de Ratzum, près Halle.
(Planches 1-4.)
On n’a aucune notice sur cel idiot qui mourut à l’âge de 44 ans, par la fièvre typhoïde. Le crâne se trouve dans le Musée aualotnique de l’Université de Halle. Il m’a été communiqué par M. Welkcr, professeur, et M. Munster, conservateur du dit Musée. Le crâne, primitivement ouvert par une section horizontale, a été scié, en outre, suivant le plan vertical antéro-postérieur.
C’est le crâne le plus volumineux, après celui de Rackc (n“ 6). Les os sont comparativement assez solides et épais ; le diploë est presque partout visible sur la coupe longitudinale. La suture coronale est encore parfaitement visible et mobile dans sa paitie inférieure ; la suture sagittale est complètement oblitérée, ainsi que la suture lambdoïde dans sa partie supérieure, où elle se joint à la suture sagittale. Les sutures latérales du crâne sont mobiles et ouvertes ; le corps de l’os basilaire est parfaitement soudé, et mémo sur la coupe on ne voit aucune I race de la séparation juvénile d’avec le sphénoïde.
La coupe verticale montre que, malgré la saillie considérable des arcs sourciliers, les sinus frontaux ne sont pas fortement développés ; le sinus sphénoïdal, en revanche, est énorme, et le corps entier de cel os réduit par li â l’état de vésicule creuse.
Le système dentaire, développé sans doute entièrement, a fortement souffert. La
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mâchoire supérieure montre à droite, serrées les unes contre les autres, et sans lacune aucune, les incisives, la canine et la première fausse molaire; à gauche, la seconde incisive, la première fausse molaire et la dernière vraie molaire (dent de sagesse), dont les couronnes sont déjà attaquées par la nécrose, qui a détruit jusqu’à la racine la canine du côté gauche et la seconde fausse molaire du côté droit. Dans la mâchoire inférieure les incisives, canines et fausses molaires sont serrées en série continue et bien conservées, mais fortement usées sur leurs surfaces externes, la mâchoire étant de beaucoup dépassée par la mâchoire supérieure très-saillante. Seules les dents de sagesse sont conservées; elles occupent une position Irès-inclinée vers l'intérieur, et montrent quatre tubercules de la couronne. On doit remarquer, dans ce système dentaire, la position tout à fait verticale des dents incisives, qui font un angle considérable avec la déclivité de la mâchoire. Le prognathisme très-prononcé dans le crâne est donc dû entièrement au développement de la mâchoire même.
Considéré dans son ensemble, ce crâne ressemble, à s’y méprendre, à celui d’un nègre australien réduit dans ses dimensions. Il est, en effet, éminemment prognathe, très-allongé, étroit et plus haut en même temps qu'un crâne de nègre africain. Le front est petit, étroit, triangulaire, fuyant et rétréci derrière les orbites, comme si le crâne avait été pincé et comprimé dans les fosses temporales; les lignes temporales, correspondant â l’insertion des muscles masticateurs, sont très-marquées et s’élèvent, en partant des arcades susorbitaires, si brusquement vers le vertex, qu'elles atteignent presque la ligne médiane et laissent â peine voir, dans la vue de profil, cette ligne qui est relevée en carène arrondie. Par suite de cette compression latérale, les parois latérales du crâne, formées par les pariétaux, descendent comme les pans inclinés d'un toit. L’occiput est fortement développé, son épine postérieure très-saillante et entourée de fortes arêtes arquées, qui témoignent d'un développement considérable des muscles de la nuque, et peut-être aussi de l’hypertrophie de la peau et du tissu cellulaire de cet endroit, assez commune chez les microcéphales et les crétins. Les protubérances pariétales sont placées en avant, de manière que dans la position normale du crâne (le bord supérieur de l’os zygomatique placé parallèlement au plan horizontal) ces protubérances se trouvent en avant d’une verticale tirée par le centre du trou auriculaire.
Ce crâne se rapproche le plus, parmi les microcéphales adultes que j’ai eus à ma
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disposition, du erâne de Frédéric Solm, n° 3. Comparé par superposition dans la vue de profil, Mæhre montre une boite crânienne beaucoup plus considérable, à tel point que, sur toute la circonférence à partir de la suture coronale et déjà avant, son contour est distant de celui de Frédéric Solm d’un centimètre au moins. Les arcades sus-orbitaires sont à peine plus proéminentes, la ligne du front s’élève plus rapidement, l’orbite est moins grande et son bord au moins plus avancé. La mâchoire supérieure de Mæhre, ainsi que l’épine nasale, dépassent à peine les parties correspondantes de Frédéric; mais les incisives étant implantées presque perpendiculairement chez Mæhre, Frédéric semble plus prognathe par la déclivité de ses dents. — La comparaison d’en haut démontre que l’agrandissement de la boite crânienne chez Mæhre est dû plutôt au développement des pariétaux qu’à celui du frontal ; les sutures coronalcs des deux crânes se couvrent en effet presque entièrement, tandis que la suture lambdoïde et les contours postérieurs du crâne sont distants d’un centimètre à peu près. On remarque aussi dans cette position le développement bien plus puissant des arcs zygomatiques et des pommettes chez Mæhre, ainsi que le rétrécissement proportionnel de la région frontale, qui n’est pas plus large, dans la partie correspondante aux fosses temporales, que chez Frédéric.
J’ai déjà mentionné que ce crâne est séparé en deux moitiés, par une coupe longitudinale et verticale habilement pratiquée. Celte coupe aussi, dont je donne une ligure, ressemble beaucoup à celle d’un crâne australien, par la petitesse de l’espace frontal, la voussure des pariétaux et la proéminence de l’espace occipital. La face interne du crâne ne montre aucune trace d’altérations pathologiques. Les os sont parfaitement sains : on ne voit ni cet arrondissement des arêtes, surtout des bords postérieurs des ailes du sphénoïde et des environs de la selle turcique, ni cette boursoufflure du rocher, qui efface les bords angulaires et les points d’attache de la tente du cervelet. On peut déjà voir sur le crâne coupé et ramené dans sa position horizontale et normale, que le bord postérieur des hémisphères du cerveau dépasse de quelques millimètres le bord postérieur du cervelet, et que, par conséquent, dans la vue d’en haut, les hémisphères couvrent entièrement le cervelet. Les plis cérébraux, gros, épais et compliqués, sont très-visibles sur la face interne de la boite crânienne, surtout dans la partie moyenne et sur le plancher de la fosse antérieure, formant le toit très-saillant des orbites. Le sinus transversal semble très-considérable.
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Le crâne est presque entièrement symétrique; on remarque seulement une petite déviation vers la gauche, comme elle se trouve, du reste, dans un grand nombre de crânes normaux.
La mâchoire inférieure est forte et massive, la branche montante très-large, munie d'arètes musculaires fortes, le bord angulaire relevé en feuille tournée en dehors; le menton fort, saillant dos deux côtés cl large, de manière à paraître coupé carrément lorsqu’on regarde la mâchoire d'en haut.
En résumé, ce crâne n’offre aucune particularité, dans sa structure, qui puisse expliquer son rapetissement, l’exiguilé de la boite cérébrale, le développement excessil de toutes les parties de la face vis-à-vis du crâne, et la position simienne des deux parties composant la tète osseuse. La soudure des sutures supérieures, assez commune du reste dans les individus parvenus à l’âge de Mæhre, n’explique pas plus la forme anormale du crâne que l'état des os eux-mèmes, qui se montrent partout sans trace d’altération morbide. La cause de la déformation singulière de ce crâne doit donc être cherchée ailleurs.
N° 2. Michel Soiin de Kiwitlsblolt, près Bromberg, âgé de vingt ans.
(PI. 5 à 7.)
N“ 8. Frédéric Soiin, son frère, âgé de dix-huit ans.
Une notice très-détaillée ayant été donnée' sur ces deux microcéphales par notre grand anatomiste, Jean Mi ller, je ne puis mieux faire que d'en extraire les passages principaux.
Un rapport du docteur Ollenrotli, fait en 1833, s'exprime d’abord ainsi : < Dans la colonie de Kiwittsblott, à un mille de Bromberg (Prusse orientale), vivent deux (ils d’une pauvre veuve Solin, qui ressemblent, pour l'intelligence, à des crétins, mais qui en diffèrent beaucoup par le corps. Ils ont, l’un dix-sepl, l’autre dix ans. C'est avant
1 Voir page 7
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tout la tête qui est abnorme. Chez les deux individus la face est bien formée, mais le crâne n’est pas développé, et, par suite, la tête parait trop petite par rapport au corps. La face offre l’expression de la stupidité la plus prononcée par les yeux petits, fixes, enfoncés et étonnés, par la mâchoire poussée en avant, par la bouche toujours ouverte, entourée de lèvres épaisses et retroussées, et par la manière dont ils élèvent la tète, ordinairement inclinée sur la poitrine, en la rejetant en arrière, de sorte qu'elle tombe, pour ainsi dire, dans la nuque et que le menton se relève outre mesure. La figure manque presque entièrement de front, car le crâne fuit depuis les sourcils épais et la racine épaissie du nez, surtout chez Michel, qui, sous le rapport du développement corporel et intellectuel, se trouve beaucoup en arrière de son frère puîné. Le front forme ainsi un arc très-surbaissé, se continue, à peine voûté, sur le vertex presque plan et se rattache à la base sans offrir une proéminence occipitale. Cette cavité cérébrale amoindrie ne peut donc contenir qu’un cerveau très-petit. Les cheveux sont forts et hérissés; blonds chez Michel, filasses chez Frédéric. La partie supérieure du dos parait toujours arquée chez les deux, par suite de la position inclinée de la tète et du cou ; la poitrine, très-plate, les bras pendants. Cette tenue du corps et la conformation de la tête font ressortir le caractère de la bestialité, qui se dessine encore davantage lorsqu'on observe attentivement le genre de vie de ces êtres anormaux. Munis de leurs cinq sens parfaitement sains, ils manquent complètement d'intelligence, même d'instinct de localités, car souvent ils ne savent pas se retrouver dans le voisinage de la maison et dans la forêt rapprochée, qu’ils visitent pourtant tous les jours ; il faut alors les mettre sur le bon chemin en les appelant. Ils regardent chaque étranger qui visite leur solitude d’un regard fixe et hébété, la bouche ouverte, la figure grimaçante; étonnés, mais point craintifs, ils se plantent souvent longtemps en face de lui, plongés dans cet aspect sans se faire déranger. Ils sont bons enfants, obéissent facilement aux ordres de leurs parents et ne montrent ni ruse, ni méchanceté. Ce sont des créatures candides, qui ne deviennent nuisibles que par la manie de déchirer et de mettre en pièces tout ce qui leur tombe entre les mains. Leurs habits sont toujours déchirés. Ils n’ont ni intelligence, ni savoir-faire pour les petits services domestiques qu’on pourrait leur demander. Ils se jettent avec avidité sur les objets mangeables qu'on peut leur offrir, et montrent un certain goût en cherchant, par exemple, dans les morceaux de gâteau, les corinthes pour les manger en premier lieu. Ils ne peuvent se rendre aucun