‹ Memoire sur Les Microcephales ou Hommes SingesChapitre 34 sur 38 · I.KNÈSE · texte numérisé non relu

I.KNÈSE

se produit sur les membres, au lieu de se montrer dans un organe aussi essentiel que le eerveau. L'indication d'un membre à plusieurs doigts existe sur les embryons des chevaux à une époque oii il n'est pas encore question ni d’os, ni de cartilages, ni de muscles ou de téguments. Mais la déviation une fois donnée, elle suit sa direction ataxique imprimée, tandis que les autres parties se développent d'après la direction normale. Ce ne sont pas les os qui se divisent dans le membre dévié, ce ne sont pas non plus les os qui se fusionnent dans le membre normal. Ici, les os se développent dans une direction donnée avec les parties qui les entourent : cartilages, muscles, tendons ; là, ils se développent dans une autre direction, et tout ce qui dépend du membre jusqu'au sabot suit cette même direction.

Mais si nous faisons l’application du fait que cette déviation atavique représente et doit nécessairement représenter chez les chevaux un terme historique antérieur donné par les hipparions ; si nous faisons cette application à la microcéphalie, nous serons forcé de convenir que les microcéphales doivent aussi représenter des phases antérieures du développement historique du genre humain, et qu’ils doivent nous montrer les jalons de la route que l'homme a parcourue dÿis sou développement historique, tout comme ils nous montrent un jalon que tout homme parcourt actuellement dans son développement individuel et embryonnaire.

Je conviens que le jalon historique pour le genre humain nous manque.complétement à l’heure qu’il est. Cela peut-il nous empêcher de relier des faits que nous connaissons? Certainement pas. Il n'y a pas dix ans, si je ne me trompe, que l'on connaît la structure des pietls des Hipparions; il y a dix ans, et un peu plus peut-être, que l’on connaît celle des pieds des Anchithériums, genre voisin. Avant cette époque, on avait déjà vu des poulains tridactyles, mais on ne pouvait relier la structure qu’ils présentaient à aucun fait connu. Aujourd'hui celte liaison est évidente, les faits sont trouvés; leur rattachement à tout un ordre de phénomènes ne souffre point de doute. En voyant les recherches si multipliées de nos temps se continuer dans une direction qui concorde avec celle dominant notre travail, nous pouvons nourrir l’espérance que des faits analogues à ceux des Hipparions viendront corroborer nos vues émises.

Toutefois, je dois prévenir ici une méprise possible. Nos recherches sur les microcéphales nous ont conduit vers une époque embryonnaire, reflet sans doute d’une phase historique, laquelle, à proprement parler, n’est plus représentée dans aucune

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forme connue et actuellement vivante. Même les singes les plus inférieurs, les Ouistitis et leurs congénères ont déjà dépassé, dans un certain sens, le jalon depuis lequel jse sont élevés en divergeant les différents types des Primatès.

Nos recherches nous ont conduit vers une souche commune représentée par un cerveau lisse à scissure de Sylvius non fermée, et c'est depuis cette souche commune que rayonnent les branches de l’arbre généalogique des Primatès. Nous pourrons trouver quantité de formes intermédiaires entre les singes actuels, comme ce Mésopithèque décrit parM. Gaudry, intermédiaire des Senmopithèques et des Macaques; nous n'aurons pas pour cela une solution de fait du problème que nous pose la genèse du genre humain. De même, nous pourrons trouver quantité d'atavismes historiques exprimés dans d'autres organes, comme celle fameuse mâchoire du trou de la Noulclte découverte par notre infatigable ami, M. Dupont, et nous devrons encore convenir que ces atavismes peuvent être isolés dans un organe, comme l'atavisme des microcéphales est isolé dans un autre organe. Encore pouvons-nous trouver des types fossiles qui se rapprochent de l'homme plus que nos singes anthropomorphes par certains caractères, tels que le Dryopithèque, décrit et figuré par M. Lartet, et il n’est |ias dit pour cela que nous ayons sous les yeux un des jalons historiques du développement humain. Mais ce que nous apprennent les microcéphales, c’est que tous ces jalons doivent nous conduire sur une route qui se rapproche, en convergeant, de la souche des Primatès, dont nous sommes issus, tout aussi bien que les singes. Peut-être trouverons-nous aussi sur cette route des jalons que l'homme saute actuellement dans son développement embryonnaire de la même manière, comme les Palèmons sautent les jalons parcourus par leurs proches parents.

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