CHAPITRE QUATRIÈME
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La microcéphalie nous pose certes «ne des énigmes les plus profondes, une i|ueslion des plus difficiles à résoudre.
Rien, jusqu'à présent ne nous explique la production de ces êtres anormaux, engendrés par i|cs causes inconnues, lesquelles, en agissant sur un organisme humain naissant, le dévient de son chemin pour en faire un être mixte, duns lequel un mélange étonnant de types différenciés se présente. Nous avons vainement cherché les causes dans cet organisme même ; nous ne savons pas pourquoi un tel arrêt de développement se présente ici, taudis que là il ne se manifeste pas ; nous ne pouvons que suivre l’enchaînement fatal et nécessaire des conséquences que doit avoir la cause inconnue.
Et rien non plus dans les générateurs ! Partout où des renseignements nous sont transmis, père et niérc jouissaient d'une bonne santé, étaient forts et robustes et n’ont succombé qu’à, des maladies ordinaires. Nulle part, chez les parents, des traces de maladies ou de difformités héréditaires ; les familles même aussi loin qu'on peut les suivre quelquefois, n’ont rien présenté d'anormal. Nous ne pouvons même nous retrancher derrière une disposition particulière des parents, disposition occulte comme la plupart des soi-disant dyscrasies de l'homme, car dans les familles où il y a plusieurs enfants, les nouveaux-nos simiens alternent avec des enfants normaux sans qu'il y ait possibilité de signaler une cause. Toutefois si l'on voulait nier, eu se fondant sur ce fait, une certaine disposition chez les parents, on serait vite contredit par les cas assez nombreux où plusieurs enfants microcéphales naissent conjointement avec d’autres enfants normaux du même couple.
Le fait est qu’ici toutes les lois de l'hérédité semblent renversées. De parents normalement constitués naissent des enfants viables, vivant assez longtemps, capables
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sans doute de procréer (la menstruation le prouve) et qui cependant ne sont pas semblables à leurs parents et seraient rangés dans une autre famille ou ordre, si on 11e connaissait pas leur origine.
Il vaut donc la peine d’examiner ces cas en détail et de chercher, si possible, à rattacher leur production aux lois générales qui peuvent s'appliquer à ces phénomènes.
Examinons sans préventions, mais aussi sans croyance autoritaire, le peu que nous savons sur les lois de l’hérédité.
Il est de fait que la loi sur l’hérédité des caractères ne peut plus se formuler comme autrefois. Les découvertes que nous avons faites sur les générations alternantes, sur les parthénogenèses et sur tous ces procédés naturels, qui sont venus brouiller entièrement la continuation si simple des caractères, nous prouveut que nous sommes encore au début, je ne (lirais pas de comprendre, mais d’entrevoir seulement les complications inattendues qui se cachent dans les questions touchant la succession des êtres.
L’hérédité des caractères d’abord n’est nullement absolue. La progéniture admet la ressemblance, elle 11e pose pas comme nécessaire l'identité; loin de là, elle pose même l’inégalité sous plusieurs rapports ; inégalité sous le rapport du temps, du sexe, de la modification individuelle.
Je sais bien que cet énoncé heurte de front des idées généralement reçues. Cependant rien n’est plus vrai.
Dans la plupart des organismes, les rejetons immédiats sont semblables aux parents. Rien n'est plus vrai; mais aussi il est de fait que ces rejetons ne sont et ne deviennent jamais identiques. On ne pourrait pas distinguer les enfants des parents, ni les petits d’une même portée chez les animaux, où plusieurs petits viennent d’une seule et même naissance. Dans ce dernier cas surtout, on ne conçoit pas les dillërences qui se montrent de fait, à moins d’admettre une tendance innée cl individuelle à la variation. Chaque éleveur de chiens pourra confirmer que, dans la première portée d'une chienne, et qui n’a été couverte qu’une seule fois par un seul chien, se trouvent déjà des petits différents pour la couleur, pour la proportion des différentes parties du corps et pour les qualités morales et intellectuelles. Et cependant, ces petits proviennent des mêmes parents, des mêmes œufs, de la même semence, et il n’y a pas de circonstances extérieures qui, dans ce seul et unique accouplement, auraient pu
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faire varier les produits. Notons cependant, que dans les espèces qui, ordinairement, n'ont qu’un seul rejeton, comme dans l'espèce humaine, les jumeaux ont une plus grande ressemblance entre eux que les enfants provenant de parturitions successives.
Cette dissemblance des produits existe donc, et elle existe partout où nous appliquons un examen scrupuleux et où nous avons intérêt à l’observer. Nous ne rechercherions pas pour nos collections de beaux exemplaires, si cette différence n’était palpable.
Jusqu’où peut aller cette dissemblance des produits immédiats?
Les limites sont vraiment difficiles à tracer. Dans l'immense majorité des cas, les différences s’arrêtent à des caractères insignifiants, variation de couleurs, proportions un peu différentes des parties du corps, telles que longueur inégale des membres ou de certaines parties des membres, etc. Mais, quelquefois, les différences peuvent aller loin, comme nous le prouvent les bœufs sans cornes, les moutons à jambes raccourcies, les chèvres à cornes multiples, etc.
Notons bien encore que les ressemblances et les différences se manifestent seulement avec le temps, qu'elles dépendent en outre du sexe, et souvent aussi des conditions de l'individu. Je n’ai pas besoin d’appuyer cela par des exemples. Le mâle transmet des caractères spéciaux (outre ceux des organes génitaux); la femelle également. Ainsi, la barbe de tel individu, qui ne pousse qu’à la vingtième année ù peu près, sera exactement comme celle de son père, tandis que celle de tel autre différera beaucoup. Rien n'est plus facile que de se convaincre de la transmission héréditaire tardive sur les dents de la seconde dentition, dont pas une trace n'existe à la naissance, et qui, cependant, répètent souvent des particularités des parents d'une manière étonnante.
Les différences et les ressemblances doivent donc être latentes pendant un certain temps dans le rejeton cl ne se produire qu’à l’époque où l’évolution de l’individu le comporte. Leur transmission dépend, en outre, du sexe.
Pas entièrement, cependant. Il y a aussi croisement dans les sexes. On peut observer cela dans les portées de chiens, si l’on se méfie des observations faites dans le genre humain. Certains caractères, et qu’au grand désespoir des éleveurs on ne peut jamais déterminer d’avance, passent du père à la fille et de la mère au fils. De là des dissemblances souvent considérables des rejetons.
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Les dissemblances des produits d'avec les parents peuvent donc être engendrées dans les espèces déterminées, soit par le croisement des parents, soit aussi par des causes encore inconnues. Elles peuvent aller assez loin, tandis que, dans la plupart des cas, elles se bornent à des modifications peu importantes. Nous ne nous étonnons pas si les ressemblances et les différences arrivent seulement dans un certain temps plus ou moins éloigné, ni si elles se transmettent dans les sexes, suivant les règles ordinaires. Elles nous frappent, lorsqu'elles se manifestent à une époque extraordinaire ou par un chevauchement inusité. Que de jeunes coqs prennent petit à petit la crête, l’éperon, le plumage, rien de plus normal ; mais que ces attributs soient transmis à une poule, qu’ils restent latents pendant une grande partie de sa vie et ne se développent que dans un âge avancé, voilé ce qui nous surprend.
Si l'immense majorité des cas nous présente une transmission directe des caractères, et, par conséquent, une appréciation immédiate des différences, il n'en est pas de même pour d'autres où le cycle des formes'par lesquelles passent les générations, ne se ferme que par plusieurs chaînons.
Je ne veux pas entrer dans les différents cas de la génération alternante, ni dans ses mélanges, pour ainsi dire, avec d’autres modes de propagation. Je veux appuyer seulement sur certains cas.
Nous savons que le cas le plus simple est celui des Salpes et de plusieurs Hydroméduses, où le cycle se compose de deux sortes d'individus qui se succèdent en alternant. A produit B parfaitement dissemblable, B produit C parfaitement dissemblable à B, mais semblable à A, et ainsi du suite 6 l’infini.
La transmission héréditaire des caractères reste donc latente ici, non pas pendant un certain laps de temps et dans le même individu, mais à travers un individu différent, et pendant toute la vie de cet individu . la: rejeton different du parent a transmis les ressemblances à son produit, sans les faire éclore sur lui-même ; la transmission saute une forme d’apparition de l’espèce.
Nous savons que, chez certains trematodes et moîlttscoïdes (Doliolum), l’alternance et la transmission vont plus loin. A produit B parfaitement dissemblable, B produit C parfaitement dissemblable à B comme à A, (1 produit D, lequel à son tour ressemble à A. Il y a donc transmission des ressemblances et des dissemblances à travers deux chaînons et à travers deux individus menant une vie indépendante.
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Faut-il s'arrêter ici? l-es |ttieerons nous démontrent le contraire. Schmidberger (Bcilraege sur Obstbaumzuchl, Linz, 1H27-S6) a observé sur le puceron des pommiers jusqu'à quinze générations intercalées. Examinons ce que cela veut dire, sous le rapport des transmissions héréditaires des différences et des ressemblances.
A est ici un couple de pucerons, composé d'un mâle ailé et d’une femelle nonailée. La femelle a posé, en automne, des reufs. Le couple est mort. Au printemps sont écloses des femelle» non ailées, ou, si l’on veut, des nourrices B, dissemblables à A, et qui font, sans accouplement, des petits vivants. Les femelles B ont produit des femelles C, semblables à B. dissemblables à A ; aucun mâle n’est produit, tout comme la génération sortant des oeufs ne contenait non plus aucun mâle. C'est ainsi que les générations se succèdent, l'une après l’autre, pendant tout l’été. Constamment sont produits des rejetons semblables aux mères, mais dissemblables au premier couple de l’automne. Cependant, il y a des productions différentes dans quelques générations. A dater de la troisième génération de nourrices seules, il y a quelquefois, parmi les dernières nées, des nourrices qui acquièrent des ailes à la dernière mue et reproduisent ainsi, eti partie et pour vu organe extérieur, le mêle du premier couple d'automne. Ces nourrices ailées sont, en effet, des types mélangés ou mixtes. Elles ont du mâle les ailes, mais non les organes générateurs et copulateurs, et elles ont des nourrices non-ailées, les organes générateurs, mgis non les organes locomoteurs. Appelons-les des nourrices ailées, fl en apparaît â la troisième, sixième, huitième, neuvième, dixième génération. Enfin, à la seizième génération apparaissent des mâles ailés et des femelles non-ailées qui s'accouplent et terminent le cycle, en posant des œufs destinés à hiverner.
Nous voyons donc que la transmission héréditaire de la forme du mâle est latente â travers quinze générations successives, peut-être même plus encore ; car il n'y a aucune raison que cela finisse, sauf l’alternance des saisons. Le froid anéantirait, sans doute, les pucerons du pommier à tout jamais, s’il n'v avait pas une adaptation aux causes extérieures par laquelle surgit un retour vers des formes passées depuis longtemps.
Notons encore que la production de nourrices ailées qui présente un retour semblable, mais pas complet, n'a lieu aussi que par une adaptation aux influences extérieures. La branche est occupée; le temps est beau. Des nourrices ailées sont produites, qui transportent avec eux une colonie nouvelle sur un autre plant de pom-
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miers, sur une branche éloignée que les nourrices non-ailées ne sauraient atteindre. Telle génération qui a donné des nourrices ailées dans une année sèche et chaude, n’en a pas donné dans une année pluvieuse et fraîche ; et, en automne, où la sève diminue et où toutes les plantes sont occupées, il n’y a jamais production de nourrices ailées.
Les observations de Schmidbergcr nous prouvent donc une constance étonnante dans la transmission par hérédité des différences et ressemblances. Cette transmission peut se faire à l'état latent, A travers une série considérable de générations pour se réveiller en entier ou en partie, soit par ries circonstances extérieures auxquelles l’organisme cherche à s'adapter, soit par des causes encore inronnues.
La transmission alternante ou interrompue, si clic est de règle, souvent chez, des organismes inférieurs, n’est cependant pas exclue des organismes supérieurs. Elle y est peut-être plus répandue qu’on ne le croit généralement.
Tout le monde sait que, souvent, les enfants ressemblent bien plus aux giands parents qu’aux parents mêmes. Chacun peut citer des cas parmi ses connaissances ; chaque éleveur peut énumérer des faits en quantité. J'ai observé des cas de celte nature chez des chiens dont j'ai suivi les générations en détail. Nous avons des exemples très-frappants dans la généalogie de la famille Lambert (les hommes porcs-épics) et dans des familles à six doigts, où la trapsmission d’un caractère acquis et anormal s'est faite à travers des individus qui ne portaient point ce caractère, mais qui le donnaient à leurs enfants. Nous savons que l’on a appelé celte transmission alternante V atavisme.
Certes, pas plus que chez les pucerons, cette transmission latente ne s’arrête, chez l’homme et les animaux supérieurs, A une seule génération. On sait que, dans des familles anciennes, où les portraits des ancêtres ont été conservés, apparaissent quelquefois des enfants qui portent A un degré étonnant la ressemblance A un aïeul mort il y a un ou deux siècles ; on sait que chez des animaux domestiques apparaissent, de temps en temps, des taches, des bandes ou raies qui n’appartiennent qu’A la race sauvage, dont les races domestiques dérivent ; — taches ou bandes, dont, de mémoire d’homme, on n’a vu l’exemple chez les parents producteurs. M. Darwin a cité, dans son livre, des exemples de cet atavisme reculé sur des chevaux qui sont nés avec des raies au dos et sur les épaules, et avec des bandes colorées autour des pieds ;
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sur dos pigeons chez lesquels les couleurs du ramier, cl sur des canards où les miroirs du canard sauvage ont apparu. M. Resor a observé que les chats noirs montrent, étant jeunes, des bandes et des raies en cercle, surtout autour de la queue. Cet atavisme reculé peut se comparer, sans aucun doute, aux faits observés chez les pucerons. Il est accidentel ici, normal lit; mais, au fond, c’est absolument la inétne chose.
Nous ne pouvons douter que cet atavisme, celte transmission latente par hérédité, est aussi pour beaucoup dans la constance des caractères acquis. Chaque éleveur sait que des retours sont d'autant plus frequents que les branches dérivées sont plus rapprochées de la souche et que les caractères qu'il veut transmettre s'héritent d'autant plus facilement, et se transmettent d'autant plus sûrement, que le sang est pur et vieux; ce qui veut dire, en d'autre-; termes, que ces caractères se sont déjà transmis sans mélange et avec continuité dans les générations antérieures.
Mais si cette noblesse des titres acquis existe en fait, il ne faut pas oublier qu'elle ne va jamais assez loin pour détruire complètement les origines plus reculées, et que nous pouvons toujours, de temps en temps, retrouver les traces de ces origines. On peut bien discuter les faits présentés par M. Darwin sous ce rapport. Rien ne nous prouve que les bandes apparaissant de temps en temps sur des poulains atavés (qu'on me pardonne le mot), soient une preuve de la connexion générique de nos chevaux avec les chevaux- africains, qui tous portent des bandes de coideur; cette modification peut dater de plus loin, savoir d'une souche commune entre nos chevaux actuels et les zèbres, couagga-, etc., actuels, de laquelle souche à pelisse zébrée et bandée seraient dérivés les nns et les autres.
Or, les faits sont là pour prouver un atavisme pareil. * Avant la découverte des Hipparions, dit M. Albert Gaudrv, dans ses remarquables « Considérations générales sur les animaux fossiles de Pikcrmi * (Paris, 1866, p. 42), le genre cheval était isolé dans la nature actuelle, et on avait créé pour lui l’ordre des Solipèdes, caractérisé par la présence d’tm seul doigt à chaque pied. Les Hipparions, qui ont des petits doigts latéraux semblables à ceux des Anchilhériums, ont permis de rattacher l’ordre des Solipèdes à celui des Pachydermes : les remarques de .1 IM. Gurlt, Hensel, Joly, Lavoeat, Goubeaux, etc., ont montré que les caractères des Hipparions réapparaissent tératoloijiquement sur les pieds des chevaux. »
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Ainsi donc voilà un atavisme géologique bien et carrément Établi. Le cheval n’a qu’un seul doigt aux pieds, et il transmet ce caractère à ses héritiers depuis l'époque pleistocéne, à moins que certaines espèces de chevaux monodactyles ne soient encore plus anciennes Mais, de temps en temps, assez rarement, sur les millions de chevaux qui naissent, un poulain porte des rudiments de doigts latéraux conformés comme ceux des Hipparions, qui n’existent que dans les périodes miocène et pliocène de l'époque tertiaire. Le caractère réapparait donc après une série infinie de générations; et, disons-le tout de suite, par un arrêt de développement. Car le fœtus de cheval a normalement, dans le commencement de la formation des membres, les germes de ces doigts supplémentaires qui se soudent seulement de fort bonne heure au doigt médian. Celui-ci se développe seul, tandis que les autres avortent. Celte apparition téralogiqite est donc fondée sur un arrêt de développement et sur une évolution atavique déviée dans sa direction de la direction normale qu’aurait dfl prendre, dans le cheval, l’évolution des membres.
Nous pouvons dire plus. Si cette évolution atavique est ici anormale, tératologique, parce qu'elle n’apparalt que dans des cas fort isolés; elle est cependant aussi normale, sous un certain rapport et dans un autre organe, chez la même espèce cheval. M. Rutimeyer a prouvé (Beitræge zur Kentniss der fossilen Pl'erde. — Verliandlungeu der naturforschendeti Gesellschafl in Base), vol. III, cahier 4, 1863) que, pour juger de la parenté des genres et espèces des Equidés fossiles (et des autres Ongulés également), il faut s'adresser aux dentitions de lait, celles-ci présentant, dans l’espèce suivante, les caractères de la dentition permanente de l’espèce précédente. Le cheval fossile présenterait donc, suivant M. Rutimeyer, dans sa dentition de lait, les caractères de la dentition permanente des Hipparions, tandis que le cheval actuel a des dents de lait conformées sur le type des dents permanentes du cheval fossile, et que l’Hipparion, dans scs dents de lait, conduit à une souehe commune représentée par les Ànoplolhériums et ses congénères. Ici donc se montrerait un atavisme normal apparaissant comme règle dans un caractère passager de l’évolution individuelle, lequel caractère fait place ù un autre ordre de choses définitif.
Nous savons donc que des caractères peuvent se transmettre par héritage latent à travers des générations multiples, et même à travers les temps considérables des époques géologiques ; qu'ils peuvent se manifester, modifiant seulement quelques parties
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ou même l'organisme entier; nous savons que la transmission se fait toujours plus facilement à mesure que les générations se multiplient, qui ont porté ce caractère et que les retours ataviques deviennent d'autant plus difficiles. Nous savons que des caractères accidentels, des difformités même et des aberrations considérables (un sixième doigt csf peut-être une des aberrations les plus exorbitantes que l’on puisse imaginer, vu qu’elle ne trouve aucune analogie dans tout le cercle des vertébrés) peuvent se transmettre par plusieurs générations et acquérir ainsi des titres de noblesse.
Il n’j a pas de doute que les organismes varient par les inlluences extérieures; que plus ces influences durent, plus aussi les variations qu'elles produisent deviennent constantes. Je n’ai qu'à rappeler ces mille variétés de certaines espèces de mollusques, (jui ont là des tests lourds et épais, ici des coquilles minces et fragiles; les variétés de grandeur, de forme, de couleurs, d’ornements extérieurs, que nous rencontrons surtout sur les contins des provinces géographiques et des espaces historiques, dans lesquels sont répandues certaines espèces.
Mais il ne faut pas oublier que toutes ces adaptations aux influences extérieures se font plutêd indirectement par voie de génération et d'hérédité, que par action immédiate. Tout agent extérieur agit, eu premier lieu, sur les orgaues de génération et par la génération sur la progéniture. Les directeurs de jardins zoologiques en savent maintenant plus long sur ce chapitre que les savants de cabinet ; mais ceux-là aussi savent que toute modification apportée aux conditions extérieures de la vie se reflète d'abord dans la fonction reproductrice. La stérilité est, dans beaucoup de cas, la conséquence immédiate de ces changements ; le dépérissement de la progéniture en est une conséquence fréquente, et la variation des produits, la dissemblance avec les parents, non moins fréquente.
Nous savons, d'un autre côté, que si les organes générateurs sont énormément, et plus que tous les autres, impressionnés par les influences extérieures, ils réfléchissent aus.-i celle impression sur l’organisme tout entier, et par conséquent sur les produits qui doivent en naître. Le développement de ces organes a des conséquences physiologiques et anatomiques aussi considérables que leur mouvement rétrograde, normal ou anticipé. Ces conséquences sont manifestes partout; elles sont souvent tellement saillantes qu'elles semblent placer l’organisme dans une autre classe du régne animal. Je n’ai qu’à rappeler les crustacés parasites, les Lernées et autres, les Ciirhipèdes, etc.,
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pour faire comprendre celle énorme influence des organes génitaux et de la fonction reproductrice sim des organes qui ne paraissent pas avoir la moindre connexion avcc'la reproduction.
J’arrive, par ces considérations, à la conclusion que l’adaptation, l’acquisition de caractères nouveaux, le développement de ces caractères jusqu'au point où ils correspondent et satisfont aux besoins de la vie individuelle et i toutes les conditions du « combat pour l’existence et pour la continuation de la race, » se fout par voie de généralion plutôt que par voie directe ; que cette adaptation, si elle a lieu (car beaucoup de types succombent sans pouvoir l'atteindre), se fait dans la progéniture et non pas dans les individus mémos, qui subissent en premier lieu l’influence des milieux ambiants.
Nous avons une preuve directe de celte manière d'adaptation dans beaucoup de faits de l’embryogénie. Dans la plupart .des cas, le développement historique des espèces se reflète dans l’embryogénie de l’individu; les épigones parcourent, dans leur développement embryonique et larvaire, les phases parcourues et représentées comme définies et complètes dans les ancêtres.
Mais rappelons-nous aussi celte loi qu’a fort bien formulée M. Fritz Muller, dans son écrit rempli de faits nouveaux et de déductions serrées, intitulé: « Fur Darwin » (Leipzig, 1 864, p. 77), savoir: * que le document historique contenu dans l’embryogénie s’efface petit 6 petit, parce que le développement suit une direction toujours plus directe depuis IVi'uf jusqu’à l'animal adulte et que le document est souvent faussé par le combat pour l’existence que les phases passagères (les laives, par exemple) ont à soutenir. »
M. Muller a fort bien prouvé cette loi par des faits contenus dans l’ouvrage cité. Deux genres très-voisins de la famille des Palémouides ou Crevettes, ont un dévelo|>pemenl larvaire fort différent, en ce sens que, dans l'un de ces genres, un des états intermédiaires est sauté, tandis que l'autre espèce le parcourt. Le genre Peneus sort en effet de l’œuf sous la forme primitive des larves des Copépodes, connue sous le nom de Nauplius, et parcourt, par des changements de peaux successifs, des états larvaires que l’on a décrits comme genres différents sous les noms de Zoéa et de Mysis, pour arriver enfin à la forme définitive de Peneus. Dans le genre Palémon, au contraire, le petit sort de l’œuf sous la forme de Zoëa pour devenir Mysis et enfin Palémon ; le développement saute un degré pour arriver directement au but.
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Ces cas éclairent bien des différences. On sait depuis longtemps qu'il y a deux espèces d’Emissoles (Mustelus), extrêmement voisines l’une de l'autre et à peine différcutes par des caractères insignifiants de la dentition, dont l’une élève ses petits dans l’intérieur de l’utérus, au moyen d’un véritable placenta, tandis que dans l’autre espèce aucune trace d’une conformation pareille si importante ne se rencontre (Jean Muller: Uber den glatlen liai des Arisloleles (Mustelus laevisl dans les Mémoires do l’Académie de Berlin, 1840b La classe des mammifères est divisée, cl bien avec raison, en deux sous-classes pour l’absence ou la présence d'un organe de première importance pour la vie embryonnaire, et dans les requins des différences aussi notables se trouvent dans deux espèces tellement voisines, que bien des zoologistes n’ont pas même songé à une séparation spécifique !
Maintenant, après avoir pris connaissance des différents faits que nous venons de citer, nous pouvons en faire l’application à la microcéphalie.
Nous disons donc que la microcéphalie est une formation atavique partielle, qui se jiroduit dans les parties routées du cerveau et qui entraîne, comme conséquence, un développement embri/onnaire dérié, lequel ramène, par ses caractères essentiels, vers la souche depuis laquelle le ijenre humain s'est èlerê.
L’atavisme partiel, tératologique, que nous présente la microcéphalie, est dans son essence absolument le même que l’atavisme tératologique des chevaux naissant avec des pieds de hipparion. L’embryon humain parcourt une phase pendant laquelle les lèvres de la scissure de Svlvius ne se sont pas encore rapprochées, où le lobe central n’est pas encore formé, où des plis n’existent pas encore à la surface du cerveau. L’embryon du cheval parcourt une phase où le membre est en palette, où des accumulations de cellules formatrices indiquent des doigts multiples.
C’est il ce moment que se fait sentir la déviation dans le développement embryonnaire. Les parties en déviation sont loin de rester stationnaires; elles se développent encore, mais d’une façon différente et conformément à la direction représentée par d’autres êtres. Les parties voûtées du cerveau du microcéphale se développent d’après le type simien ; elles n’atteignent que le volume du cerveau pilhécoïde ; les plis centraux descendent jusqu’au bord de l’hémisphère en se soudant à la circonvolution sourcilière et en abaissant le point de rencontre des deux branches de la scissure de Sylvius jusqu'à ce même bord ; tous les plis restent simples, atteignant tout au plus le
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degré de complication et d'arrangement qu'ils montrent cher les grands singes anthropomorphes ; les plis postérieurs, dits de passage, ainsi que le lobe occipital se moulent suivant le type représenté dans les singes américains, et notamment les Atèles. Sur ces parties déviées de leur but normal, et concourant au même but final que les singes se moulent les parties osseuses composant le couvercle et les parties latérales de la boite crânienne, frontal, pariétaux, écailles temporale et occipitale. El comme résultat de cette conformation simienne de l’organe de l'intelligence, apparaît inévitablement la constitution des facultés intellectuelles sur le même type; l'intelligence est simienne sous tous les rapports, depuis les manifestations de la volonté jusqu'aux conceptions des choses et des idées, jusqu'au langage articulé qui fait défaut comme moyen de communication des idées et n'existe que comme imitation identique à celle des animaux parlants. J’ai vu, dans une petite résidence de l'Allemagne, mi monument que Frédérie-le-Grand, si je ne me trompe, a fait poser à une princesse de ses amies : « Corpore femina, intellcctu vir, » est la simple légende de la pierre tumnlaire. On pourrait dire de chaque microcéphale : < Corpore homo, intelleetu simia. •
Cependant, tandis que les parties supérieures du cerveau et du crâne sont déviées de la sorte pour produire un atavisme frappant, les autres parties suivent plus ou moins la tendance normale et humaine. Je dis plus ou moins, car la ligure montre qu’ici aussi des atavismes se produisent, quoique d’une manière moins prononcée. Le prognathisme effrayant est un de ces caractères restant stationnaire dans les races inférieures et par lequel les microcéphales se rattachent à ces races. L'épine dorsale, uniformément courbée, en est un autre. Peut-être en trouvera-t-on d'autres dans les proportions du corps et des membres 1 Je n'ai pu ni voulu entrer dans ces détails, pour lesquels les matériaux nous manquent. Il n' existe, à ma connaissance, qu'un seul squelette de microcéphale adulte dans le monde entier, c’est celui de Michel Sohn, à Berlin. Les seules mesures prises sur des microcéphales vivants sont celles recueillies par M. Lcubuscher, sur les Aztecs, et celles très-incomplètes que j’ai pu prendre sur Sophie Wyss; il m’a semblé que ces matériaux, recueillis sur des individus encore jeunes, n’étaient pas assez nombreux pour pouvoir servir de base. — Mais revenons à notre thème.
L'atavisme tératologique des chevaux tridaclyles, avons-nous dit, est essentiellement la même chose que celui des microcéphales, avec celte différence seulement qu’il