ÉGYPTIEN
Syrien
Persan
àto chaud
tatâi ES, tottey N, tuhtie BB, tatd (chaleur) S
erno jeune
tumo , iurro
tûrôntay, thoranki (petit)
(jeune hom-
me) GL, tho-
ranki (petit)
N , thoraki
(peu) N
liav m
dâf S
jhulo gros
ttulla (grand) E
Ékno petit
tika ES, iknootta E
prin trois
iwrrwn N, ^unin ES, ^rônE, tarann S, sérum BB
terdn
ando œuf
wâni N
ani N, ana (plur.) S
anai N
ast main
kustilr N
/e/îwsî ES, chasst S, kustun, kustûr N, hastome BB {hobsome
/e/ia^j^ 0, x<iQ G
est une faute)
Ce tableau, quoique nécessairement restreint, suffit pourtant à constater que le fond sindien des dialectes tsiganes d'Asie et d'Egypte est identique à celui des dialectes européens '), et nous autorise à interpréter le silence des historiens sur une émigration ou déportation de Sindiens qui aurait eu lieu après celle du neuvième siècle comme un témoignage qu'il n'y en a eu aucune. Cela n'exclut pas la possibilité que des familles sindiennes aient trouvé de temps à temps moyen d'entrer dans Tempire musulman, mais ils se sont sans doute confondus avec leurs anciens compatriotes, sans exercer une influence considérable sur leur langue.
1) Comp. Colocci, Gli ZiDgari, p. 246.
Mais si le fond sindien de la langue des deux ( branches des Tsiganes est le même, elles se distingue les emprunts qu'elles ont faits à d'autres langues. 1 dialectes européens ont en commun un petit non mots persans, un nombre un peu plus grand de m méniens et un nombre considérable de mots grecs, sicb ^) tirait de ce fait à bon droit la conclusion ( Tsiganes sont entrés dans l'empire byzantin par u habité par des Arméniens et qu'ils y ont fait un assez long. Les éléments grecs et arméniens manque les dialectes asiatiques. Par contre, on y trouve be plus de mots persans et encore plus de mots arabes, dans les dialectes occidentaux.
La question la plus importante pour l'histoire du des Tsiganes à travers l'Asie, est celle des éléments de leur langue. Dans mon essai de 1875 j'écrivais seulement tous les dialectes tsiganes de l'Europe occi ont en commun des éléments slaves, mais en outre, ei avec ceux des pays slaves et turcs, beaucoup de moti Il s'ensuit incontestablement que tous les Tsiganes o un certain laps de temps en terre grecque. Mai avons à y ajouter une observation de grand intérêt, guère surprenant de trouver des mots arabes dans la des Tsiganes de la Turquie, puisque le turc est foi imbibé d'arabe. Mais si on en trouve aussi chez les T de l'Europe occidentale qui demeuraient dans les pi danubiennes, en Hongrie et en Transsylvanie longtemj la conquête des Turcs, il n'y a d'autre conclusion ]
l) Mundarten, III, 4, VI, 62.
que celle-ci: que les Tsiganes ont demeuré ensemble aussi dans un pays arabe. Ce séjour doit avoir précédé leur arrivée dans l'empire byzantin. Cela est déjà extrêmement probable en soi, mais acquiert une confirmation par le fait que le nombre des mots arabes est beaucoup plus petit que celui des mots grecs. Je n'ai pu qu'examiner très superficiellement la présence de mots arabes dans la langue commune des Tsiganes, mais je crois pouvoir en signaler un certainnombre dont l'origine arabe est absolument hors de doute". Je m'étais trompé, non pas quant à la thèse, mais bien au sujet de la plupart des exemples. Miklosich, VI, 64, a tâché de démontrer de tous les mots cités, soit qu'ils n'appartiennent pas à la langue des Tsiganes, soit que je les avais mal expliqués. Je dois lui donner cause gagnée pour une partie. Si alicati (temps, arabe al-waqt) et car (chaleur, arabe harr) ne sont en usage que chez les Tsiganes espagnols, ils ne prouvent rien, car les Tsiganes peuvent les avoir appris en Espagne. Il est cependant remarquable qu'on ne les trouve pas dans les dictionnaires espagnols et qu'on les cherche en vain dans le glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe de Dozy et Engelmann; chor (cJioro) et koter sont, selon Miklosich, des mots arméniens ; kesz (kesh) a pu être emprunté directement au persan ; moshton (comp. Miklosich, Beitrâge, III, 16; Journal of Gypsy Lore II, 310; Sowa 53, 113) est bien sans doute identique à l'arabe moshtân^ mais il se peut également que l'arabe Tait emprunté à la langue des Tsiganes. Quant à cdha (maison), Miklosich dit que Pott a admis ce mot à tort dans son dictionnaire des mots tsiganes. Si la forme szahn (plat) pour szahro {caro) est fausse, comme le dit Miklosich, l'identité
avec Tarabe çahn devient douteuse. Cependant, il est à quer que les Tsiganes syriens ont la forme azahhenika sans doute l'arabe çahn avec la terminaison tsigane ikc
Mais Miklosich n'a pas réussi à éliminer l'arabe / (fossé). Dans ses »Mundarten", III, 25 il avait d mot tsigane allemand handdkko du grec ;^«vt«x/, qu^ ^-^ mis en rapport, p. 14, avec le bessarabe chding (soi:;:^^ ^ l'ancien indien khani (mine). Plus loin, VI, 64, il <n<r handako n'existe que dans le seul dialecte allemand. '. corrigé tout cela tacitement YII, 61, où il ajoute au : allemand l'adjectif hongrois hdnduk (profond) et le substa sirmien de la même forme (profondeur) et où il admet le mot grec ;^aï/S«Ç (Du Cange) comme le néogrec ;^«y7 et le serbe hendek dérivent de l'arabe khandaq. Ce i est bien dérivé du verbe persan khan (creuser) ^), maii est devenu tout spécialement arabe, efc Miklosich eût b fait d'avouer que son attaque contre ma thèse sur ce pc avait été malheureuse.
Un mot tsigane emprunté sans doute à l'arabe est mot chaaar^ pçrdre, que Miklosich VII, 62 rattache au n grec xivu:, le verbe n'a cette signification qu'en ara Le même verbe, en hébreu, signifie manquer, et le si stantif khosrân manque. C'est ce dernier mot qui semble ê le chassoren de l'argot allemand (Kluge I, 2966). Quant mot Mai, bourse, Miklosich, VII, 84, le dérive de l'arabe^ Ascoli (Miklos., Beitr. IV, 44) de l'hébreu. Je n'ose j me prononcer. Mais chômer, pâte, que Miklosich, VI, ( VII, 64, dérive de l'arménien, est bien certainement Tara
1) Comp. Fr. MûUer chez Miklo8., Beitr. IV, 42.
hhamir (levain). Le nom du singe maïmoun (a) a été emprunté par les Tsiganes comme par les Turcs et les Persans à l'arabe *). Le mot signifie heureux, s'emploie aussi par plaisanterie du pénis et est donné souvent comme nom à un esclave. Les Tsiganes anglais nomment ainsi leur âne. Le mot brekf sein, dérive probablement de Tarabe berka (Gloss. sur Tabari) ^). Comme une autre forme arabe du mot est ferg, on est en droit de supposer une origine persane, quoiqu'on le cherche en vain dans les dictionnaires.
L'origine arabe du mot zeiti, huile, est indubitable. M. Pischel dit, Beitr. 31, de ce mot qu'il est entré dans la langue des Tsiganes comme dans le hindoustani du persan. Je ne dis pas que cela est impossible, mais on pourrait, avec le même droit, admettre que les mots persans bakht (bonheur, Miklosich V, 9, VII, 14, Sowa 8, 93), kêsh, kêz (soie, Miklos. II, 47a, VI, 64, VII, 77, Sowa 42, 108), mom (cire, Miklos. VI, 50i, VIII, 18, Sowa 113) ont passé dans la langue des Tsiganes par l'arabe où ils étaient entrés déjà anciennement. Sous le règne des Sassanides le persan était devenu la langue dominante de l'Iraq. Depuis la conquête l'arabe y avait fait de grands progrès et au neuvième siècle c'était la langue officielle et littéraire, celle que parlaient les gens bien élevés, tandis que le persan continuait à être parlé par le bas peuple des villes, comme le nabathéen par les paysans, l'un et l'autre fortement imprégnés d'arabe. C'est à ce milieu que les Tsiganes empruntèrent des mots arabes et persans, et il est souvent difficile ou
1) Un nom analogue du singe est sa^dân^ y. Dozy, Supplém. et Masil, Kusejr *amra, p. 40 (Wiener Sitz. Ber. 1902).
2) Comp. Ascoli, Zigeunerisches, p. 186.
avec l'arabe çahn devient douteuse. Cependant, il est à remarquer que les Tsiganes syriens ont la forme «^a/iAent^a, qui est sans doute Tarabe çahn avec la terminaison tsigane ika ou ih>
Mais Miklosich n'a pas réussi à éliminer l'arabe khandaq (fossé). Dans ses »Mundarten", III, 25 il avait dérivé le mot tsigane allemand handdkko du grec ;^«vt«x/, qu'il avait mis en rapport, p. 14, avec le bessarabe chding (source) et l'ancien indien khani (mine). Plus loin, VI, 64, il dit que handako n'existe que dans le seul dialecte allemand. Il a corrigé tout cela tacitement VII, 61, où il ajoute au mot allemand l'adjectif hongrois hdnduk (profond) et le substantif sirmien de la même forme (profondeur) et où il admet que le mot grec ;^avS«Ç (Du Cange) comme le néogrec ;ttfvTiKi et le serbe hendek dérivent de l'arabe khandaq. Ce mot est bien dérivé du verbe persan khan (creuser) ^), mais il est devenu tout spécialement arabe, et Miklosich eût bien fait d'avouer que son attaque contre ma thèse sur ce point avait été malheureuse.
Un mot tsigane emprunté sans doute à l'arabe est le mot chasavj perdre, que Miklosich VII, 62 rattache au néogrec ;^ava; le verbe n'a cette signification qu'en arabe, Le même verbe, en hébreu, signifie manquer, et le substantif khosrân manque. C'est ce dernier mot qui semble être le chassoren de l'argot allemand (Kluge I, 2966). Quant au mot kîsi, bourse, Miklosich, VII, 84, le dérive de l'arabe ^îs, Ascoli (Miklos., Beitr. IV, 44) de l'hébreu. Je n'ose pas me prononcer. Mais chômer^ pâte, que Miklosich, VI, 67, VII, 64, dérive de l'arménien, est bien certainement Tarabe
1) Comp. Fr. Muller chez Miklo8., Beitr. IV, 42.
à tort dériver katouna de l'arabe qoton (coton);- £ft8pati du sanscrit. ' .\ .
Le mot kurko (dimanche, Mikl. V, 32, VI, 426,-:54;i, VII, 88 et suiv., Sowa 46, 110, comp. J. of Gyps. L'.-I,-.- 169, 245) existe aussi en arabe {kurki^ y. mon Gloss. Bibl.'* Geogr. IV, 339 et suiv.), mais Tun et l'autre doivent leur origine au grec KvplxKoç *).
Il y a trois ou quatre mots dans la langue tsigane que je crois être d'origine arabe sans pouvoir le prouver. Le mot tcheni {tchen^ dzjeni, boucle d'oreille, Miklos. VII, 31) me semble être une abréviation de odhni, nom relatif de odhn^ oreille, qui se prononce actuellement en Egypte widrij en Syrie déni (Landberg, Prov. et Dict. p. 99). Le mot khev (trou, fenêtre, Miklos. VII, 62 et suiv.) me paraît venir de l'arabe kav {kavva) ou kov (kowa) qui a la même signification. Le verbe ckud (saisir, prendre, Miklos. VII, 65 avec sa forme prolongée chutelj p. 66) est, je crois, dérivé de l'impératif khud du verbe arabe akhadh qui a le même sens, ou bien est une abréviation de ce verbe. L'aphérèse de Taleph initial est, comme on sait, très fréquente p. e. bitîs au lieu de iblis, had au lieu de ahad, etc. comp. Spitta, Gramm. § 3. Enfin le mot achat (comprendre, Miklos. VII, 5) semble bien être l'arabe ^aqal, qui a le même sens.
Je crois que ces exemples suffisent à prouver ma thèse que les ancêtres des Tsiganes, du moins la majorité, ont passé un certain temps dans un pays arabe. Et comme nous ne connaissons après la déportation des Zott du temps
1) Ascoli, Zig. p. 43 et suiv. voit dans le mot tsigane vesàf forêt, l'arabe wasàf solitude. Miklosich VIII, 95 propose une autre étymologie.
des Onujfiâes, d'autre émigration de Sindiens en Asie occidentafd qu'au commencement du neuvième siècle, il me semble (jue'Jhous devons en conclure que les ancêtres des Tsiganes fiirènt ceux-là mêmea qui en 834 passèrent par Bagdad ^). L'argument que M. Pischel oppose à mon hypothèse (Die Heimath der Zigeuner, dans Deutsche Rundschau IX, p. 363), c'est-à-dire que ces ancêtres se sont montrés des hommes vaillants, tandis que les Tsiganes se distinguent par la lâcheté, n*a pas de valeur. Des siècles de persécution incessante ne peuvent qu'avoir une influence funeste sur le caractère des persécutés. Il semble superflu d'en citer des exemples. Cependant, nous apprenons de Hunfalvy (Actes du 8^^ Congrès des Orientalistes tenu en 1889, Section aryenne p. 101) qu'en 1557 des Tsiganes hongrois au nombre de mille environ, chargés de la défense d'une forteresse, se sont montrés de braves guerriers. Quelques ans plus tôt, en 1545, le roi de France avait le dessein d'enrôler dans son armée quatre mille Tsiganes comme pionniers (Journ. of Gypsy Lore, III, p. 228). Mais en outre, il y a à l'égard de ces Sindiens une observation à faire que je réserve à un chapitre suivant et qui me parait suffisamment expliquer ce double caractère.
Il y a entre les Tsiganes orientaux et occidentaux encore ce trait de ressemblance que, parmi les chevaliers d'industrie, ils forment une branche spéciale qui s'est maintenue, nonobstant le contact multiple qu'ils ont eu continuellement avec les autres. Les Arabes appellent les mendiants de toute
1) M. Bataillard a même cru découvrir un souvenir du séjour à Kaskar dans le nom de Cascarots porté par quelques Tsiganes, comp. Mac Ritchie, The Gypsies of India, p. 224.
espèce les Sâsânîya ^). Abou Dolaf Mis^ar, bien connu aussi par le récit de ses voyages, a composé, vers le milieu du dixième siècle, un poème dans lequel on trouve beaucoup de renseignements sur toute cette industrie, avec les termes d'argot qu'ils emploient entre eux. C'est un ouvrage dans le genre d'un de ces traités curieux dont nous devons la connaissance au livre de M. Eluge, Rothwelsch, Quellen und Wortschatz der Gaunersprache, I. 1901. Tha^âlibi nous a conservé une grande partie de ce poème dans sa Yatîma, III, p. 176 — 194, où beaucoup de ces termes sont expliqués. Il y a dans cet argot plus d'un mot étrange, mais je n'y ai pas rencontré un seul qui appartienne certainement à la langue des Tsiganes, bien que Abou Dolaf mentionne parmi les diverses espèces aussi les Eâboli et les Zott (p. 189). Chez Djaubari aussi les Tsiganes ne sont qu'une branche spéciale des chevaliers d'industrie, précisément comme en Allemagne, ainsi qu'il résulte de presque chaque page du livre de M. Eluge. Là aussi la langue des Tsiganes, le schmdhlem (Eluge p. 248), est tout différente de l'argot qu'on appelle jenisch (Eluge p. 251) ou kokumloscfien (p. 283, composé des mots hébreux kliokem, sage, et loscïien, langue). Le mot de schmâhlem semble corrompu d'Ismaélites, comme ceux de Gischmol, Geschmeilen^ Schwàhlemer^ Schmàlemer (Eluge p. 330, 340, Colocci, p. 44), par lesquels on désigne les Tsiganes en argot. La prothèse du g dans Gischmol a son analogie en gschor au lieu de tchor (voleur, Eluge p. 338 6, 3436). Je n'ai pu découvrir le nom spécial que les
1) Les Sassanides; v. sur Torigine de ce nom la seconde et la quarante-neuvième maqâma de Harirî avec les commentaires.
Tsiganes européens eux-mêmes donnent à leur langue, n'osant pas attacher d'importance au passage d'Irvine, cité par Pott I, p. 37 »Their dialect they call Roomus'*^). Je parlerai plus bas du nom oriental de cette langue.
Si, par ce qui précède, l'unité primitive des Tsiganes européens et asiatiques a été prouvée, les paroles de Miklosich, III, p. 4: » Quant à la voie que les Tsiganes ont suivie dans leur marche, il faut distinguer entre les Tsiganes de TAsie et ceux de l'Europe" n'ont plus de valeur.