XII MÉMOIRE SUR LES MONNAIES
des monnaies d’or et des monnaies d’argentil est resté classique en cette matière, quoiqu’il ne soit pas complet'’*.
Les rédacteurs des Ordonnances en ont fait un grand usage. Ils ont inséré en tête de plusieurs volumes, à la suite de la préface, des tables dressées d’après Le Blanc, sur le même plan ou sur un plan plus développé.
Dans le second volume (p. ix), édité par Laurière, se trouve un tableau des monnaies de i33g à i354; dans le troisième volume (p. c.i et à cxxxij), dont la préface a été écrite par Secousse, se trouve une table des prix du marc d’or et du marc d’argent en œuvre et en billon de i355 à i3G3. Dans le quatrième volume, Secousse déclare (p. vu) que la table du troisième volume contient des erreurs et. annonce qu’il publiera dans le cinquième volume une table complète et qu’il a engagé pour la composer « une personne intelligente dans le fait des monnaies 13 * ». La préface du cinquième volume renvoie au sixième pour la publication de cette table (p. x). La table s’y trouve en effet. Elle reprend la
^ Les tables de Le Blanc contiennent œuvre et en biilon; le nom des espèces, sept colonnes : nom du roi, œuvres, prix du marc d'or (ou d'argent), nom des espèces, titre (loi), taille et poids, valeur.
Souchet de Bisseaux fait remarquer [.Ordon* des rois de France, t, VI, p. xxx:vi) qu'il s'en faut de beaucoup que Le Blanc ait lu toutes les ordonnances insérées dans ce recueil ( Recueil des ord, } et que les dates sont le plus souvent differentes , Le Blanc ayant donné celles des mandements que les généraux des monnaies adressaient à leurs subordonnés et Souchet de Bïsseaux celles des ordonnances et mandements du roi*
Secousse s'exprime ainsi dans la préface ( p, xxxv ) : « Avec le secours d’un ami laborieux et habile, je suis enfui en estât de remplir un engagement que j'ai pris, il y a déjà quelques années; et l’on trouvera à la fin de cette préface des tables contenant, année par année, les prix dn marc d'or et d'argent en
leur ïoy, leur poias et taïue et leur valeur : depuis le commencement de la troisième race des rois de France, jusqu es et compris l’année i 38 ^.
u La personne qui a pris la peine de dresser ces tables joint à un esprit exact et porté naturellement à approfondir tout ce qui fait l'objet de ses recherches une grande ardeur pour le travail, un long usage des calculs et un goût dominant pour tout ce qui concerne la matière des monnoyes. En me permettant d’enrichir ce recueil de son ouvrage, il m'a imposé la loi de ne point publier son nom ; je dois m'y soumettre; mais qu'il souffre du moins que je luy fasse icy mes remercicmens; et je ne doute point que ceux qui vont jouir du fruit de son travail ne soient fâchez qu’il les ait mis hors d’état de luy eu témoigner leur reconnoissance. » ( OrtL des rois de France , t. VI, p. xxxv, préface)*
statistique monétaire depuis saint Louis, reproduit, corrige ou complète celle de Le Blanc et s’étend de 1268 à i 35 i. Elle se compose de dix-sept colonnes et elle donne, outre l’indication des sources et de la date de la loi: le poids, la taille, le pied (très rarement), la valeur de la pièce, le prix du marc de monnaie et le prix du marc d’or et d’argent. Les tomes VII, VIII et IX renferment des tables faites sur le même plan par le même auteur et portant sur les périodes 1383-13q4, i3q8-i4o3, i4o4-i4h* Dans le tome IX le continuateur de Secousse, Villèvault, lève le voile de l’anonymat, l’auteur étant mort : c’était Souchet de Bisseaux, lequel avait préparé aussi la table du tome dixième, période 1412-i 4 i8 (1) .
Souchet de Bisseaux n’a pas eu de continuateur. Les volumes suivants ne contiennent que des tables extraites de l’ouvrage de Le Blanc, auxquelles les éditeurs ont ajouté seulement les renseignements fournis par les ordonnances imprimées dans le volume. Dans le tome XI est une table de 1822 à 1422; dans le tome XIII, une table de i 4?.2 à 1447. Le tome XV contient une table de i 4 i 3 à i 456 qui est destinée à compléter les précédentes.
Parmi les savants qui, auxix e siècle, onttraité de l’histoire générale des monnaies en F rance sous l’ancien régime, Natalis de Wailly est assurément celui qui a fait l’œuvre la plus considérable. Il a repris, en le modifiant pour le rendre plus clair et en faisant les calculs d’après le système monétaire décimal, le plan de Souchet de Bisseaux. Le Mémoire sur les variations de la livre tournois depuis le règne de saint Louis
W Souchet de Bisseaux a réuni dans un même tableau les monnaies d’or et d'argent classées par ordre chronologique. Ses tables comprennent dix-sept colonnes : nom du roi , renvoi au tome et à la page des Ordonnances , loi des espèces d’or et loi des espèces d’argent le Roi, poids des espèces, taille des espèces, valeur des espèces, pied de la monnaie (quand les documents ont permis de
donner ce renseignement}, prix du marc d’or monnayé, titre et prix du marc d’or aux monnaies, titre et prix du marc d’argent monnayé, titre et prix du marc d’argent aux monnaies, observations.
Les tables dressées par Souchet de Bisseaux sont très utiles; elles ne répondent cependant pas à toutes les exigences de la numismatique contemporaine.
jus(fu à l établissement de la monnaie décimale qu’il a lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, les 3 et 3 1 octobre 18;>G contient, à la suite du texte qui sert d’introduction : i° le tableau chronologique de la valeur intrinsèque des espèces d or et des éléments qui la déterminent, comprenant seize colonnes : numéro d ordre, date du document, nom des espèces, titre légal, taille, cours de la pièce, cours du marc monnayé, titre du marc de matière, prix du marc de matière, valeur intrinsèque de la pièce au titre légal, pied de la monnaie au titre légal, tolérance connue, titre de tolérance, valeur intrinsèque de la pièce au titre de tolérance, indication des sources et renvois; 2° le tableau graduel de la valeur intrinsèque du denier, du sol et de la livre tournois dans leur rapport avec les différents pieds de la monnaie dor; 3 ° le tableau chronologique de la valeur intrinsèque des especes d argent et de billon et des éléments qui la deteiminent, établi sur le même cadre que le n° i; 4 le tableau graduel de la valeur intrinsèque du denier, du sol et de la livre tournois dans leur rapport avec les diffei ents pieds delà monnaie d argent, établi sur le même cadre que le n" 2; 5 » le tableau comparatif du pied des principales especes dor et du pied des principales espèces d argent, indiquant, par ordre chronologique, d’une part, la valeur moyenne que la combinaison de ces deux éléments assigne au denier, au sol et à la livre tournois, de^ 1 autre, la proportion de l’or à l’argent ramenés au même titre.
Au travail très complet et très apprécié par les érudits de Natahs de Wailly il a été reproché de présenter un détail trop compliqué, sans utilité évidente, et de pousser beaucoup trop loin les décimales dans la transformation des monnaies anciennes en monnaies actuelles; car il en donne sept, ce qui le conduit, pour l’évaluation des sous et deniers, à calculer jusqu’à la dix-millionième partie d’un
[h Le mémoire se trouve dans le 1 , XXI (p. 178 et stiiv, ) des Mémoires de
l Institut impérial de France, A endémie des inscriptions et belles-lettres.
DU RÈGNE DE FRANÇOIS I er ,
centime, iNatalis de Wailly s’est expliqué à ce sujet en disant qu’en supprimant des décimales il n’aurait pas donné plus de précision au résultat Assurément; mais il aurait évité de faire croire à une apparence de précision qui, dépassant considérablement la réalité, non seulement rend la lecture moins facile, mais peut tromper le lecteur sur la valeur des éléments d’un pareil calcul. Natalis de Wailly s’exprime lui-même ainsi : «Ce sera toujours difficile, sinon impossible, d atteindre à une précision rigoureuse dans l’évaluation des anciennes monnaies, parce que nous ignorons jusqu a quel point on savait affiner les matières d’or et d’argent^ 1 ». Nous nous bornerons, comme l’a fait M. de Foville dans le tableau résumé qu’il a dressé de la cinquième table de Natalis de Wailly^, à deux décimales.
Parmi les auteurs qui ont traité avec détail la question monétaire sous François I or et qui sont au nombre des sources principales où nous avons puisé, nous devons citer F. de Sauïcy, qui a donné, dans son Histoire numismatique du règne de François le résultat de ses études sur les ateliers monétaires et sur les monnaies frappées à cette époque et qui a publié ensuite, dans la Collection des documents inédits sur l’histoire de France le premier volume d’un Recueil de documents relatifs à l’histoire des monnaies frappées par les rois de France depuis Philippe II jusqu’à François I‘ r ; les trois autres volumes de cet ouvrage ont paru plus tard, et n’ont pas eu l’attache du Ministère de l’instruction publique l 5) . Sans énumérer les traités généraux des mon-
[1 ' M. de Marchcvilie pense cependant qu'il est utile de pousser jusqu'à la troisième décimale*
(J) Mémoires de VInstitut impérial do France .Academie des inscriptions et belleslettres t U XXI, p* 186.
Bulletin de statistique et de léahtalion comparée du Ministère des Jinances, janvier 1888,
Un volume in- 4 % 1876, Paris, 2C3 pages*
^ Quatre volumes in- 4 °. F* de Sauîcy, dans la préface dit 1" volume, fait connaître les sources où il a puisé :
d'abord les notes de M* À* de Barthélemy, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres; puis les manuscrits de la Bibliothèque nationale, les archives de la Monnaie, les cinq registres de la Cour des monnaies qui sont à La Bibliothèque de la Sorbonne, les registres de la Cour des comptes delphinaui à Grenoble, les
naies (1) , les monographies, les travaux spéciaux et les dissertations relatives au règne de François 1 er dont nous avons fait usage, nous citerons Hoffmann, expert en médailles, qui a publié un catalogue classique en numismatique intitulé : Les monndics royales de France depuis Hugues Capet iasguà Louis XVF&
Nous devons rappeler en dernier lieu que nous avons trouvé dansle Catalogue des actesde François I tr la liste, dressée chronologiquement, des actes relatifs aux questions monétaires; que le recueil de Fontanon, intitulé : Les Edits et Ordonnances des Roy s de France contient plusieurs ordonnances importantes rendues en cette matière; que nous avons
registres et cartons de la Cour des monnaies qui ont échappé à l'incendie et que possèdent aujourd’hui les Archives nationales, les archives de Dijon, de Poitiers et de Lille, Pins de la moitié du quatrième volume est consacrée au règne de François I",
De, regrettables incidents ont empè' ché la continuation dans la Collection des documents inédits sur Vhistoire de France de ce travail dont la veuve de la publication \ri. Le premier dans la Coilecédits; les trois autres ont été imprimés dans le même format à Mâcon, le dernier en 1892; l'impression a été surveillée par M* Fhokhnt.r, Malgré les critiques qu’on a pu justement adresser à cette publication , c'est le recueil de textes le plus considérable et le plus important qui existe sur la matière.
Toutefois, il y a encore, après celte publication, matière a des recherches d’érudition. Les nombreuses pièces manuscrites des archives de fHôtel des monnaies de Paris, qui ont été classées par M. Mazerolle, ne Tétaient pas encore , et F t de Saulcy n’a presque pas pu en faire usage. Il n’a pas pu utiliser non plus complètement la riche collection des comptes du Dauphiné qui se
F, de Saulcy a terminé Jaurès la mort de son mi •ivphmte a paru en 1879 lion des documents in
trouvent dans les archives de Grenoble* Parmi ces traités, nous citons comme étan liés plus importants : le Traite de la Cour des monnbyes, 1 658 ,1 volume iuJbl, par Germain Constats; le Traité des monnayes f de leurs circonstances et dépendances 3 1692, 1 yoL in-1 2 , par Jean Boizard , conseiller en la Cour des monoyes; le Traité des monnaies et de la juridiction de la Cour des monnaies en forme de dictionnaire, 1764, 2 volumes in-4% par A dot de Bazinghen. Quoique très postérieurs au temps de François P% ces ouvrages contiennent nombre de renseignements qui éclairent le système monétaire du xvj c siècle.
[3) 1 volume in-fol* 1878, Paris, il est juste de rappeler, au sujet de la numismatique de François I er , le nom de Delombardy dont le travail n’a pas été publié; on en trouve seulement des traces dans son Catalogue de la collection Régnault (i 848 )*
^ Les Edits et Ordonnances des Roys de France j traitons en général et particulier du Jàict de leur domaine et finances y ensemble des officiers d'i celles tant de j adicatare qu'autres, ouvrage divisé en trois volumes par Antoine Fontanon, advocat au Parlement, deux volumes in-fol. 1 édition , 1 585 , C’est dans le second volume que se trouvent les actes de François T rr .
XVJI
reçu des Archives nationales ou pris sur place communication de quelques ordonnances inédites; que nous avons consulté à la bibliothèque de l’Hôtel des monnaies la collection manuscrite la plus considérable que nous connaissions sur les ordonnances, édits, lettres patentes, arrêts, etc., touchant les monnaies®; enfin que nous avons étudié, avec le concours des conservateurs et des archivistes, les deux précieuses collections du Département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale et de l’IIôtel des monnaies®.
Ces documenta forment plu sieurs collections composées de copies du XVIII 1 siècle et classées récemment par les soins du bibliothécaire-archiviste. La bibliothèque possède aussi des collections très importantes de documents imprimés de diverses époques, brochures, édits, arrêts, etc.
Le Département des médailles et antiques possède aussi une collection de brochures dont quelques-unes se rapportent au règne de François P r . La liste se trouve dans le Répe rtoire d 1 Excel et Serrure , t. II et supplément.
Nous devons consigner ici nos remerciements à M* Alfred de Foville, membre de fAcadémie des sciences morales et politiques, ancien directeur des monnaies; à M. Babelon* membre de l'Académie des inscriptions et belleslettres , conservateur du Département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale; à M, de la Tour, conservateur adjoint au même département; a M. ArnàUNÉ, directeur des monnaies et médailles; k M. F. Mazerqlle, archiviste-bibliothécaire de l'Hôtel des monnaies, qui ont bien voulu nous donner leurs conseils après avoir eu communication des épreuves de ce mémoire. Nous devons aussi remercier MM. Babelon et Aux aux é de nous avoir facilité l'étude des collections dont ils ont la garde; MM, de la Tour et F, Makerolle de nous avoir aidé dans le choix des pièces
gravées sur les deux planches et dans la description de la légende qui les accompagne. M. Mazerolle a bien voulu surveiller H m pression de ces planches, qui a été exécutée par M. Longuet, et il nous a guidé dans la recherche des / documents imprimés et manuscrits que possède la bibliothèque de l'Hôtel des monnaies. Nous adressons aussi nos remerciements à MM. les membres de la Commission des ordonnances des rois de France (Aucoc, Picot, Rocquaïn, Glasson, Dareste, Luchaire), à MM.
A. de Barthélémy, Léopold Delisle,
B lança rd, Prou,Stourm, Dexise auxquels nous avons communiqué le présent mémoire en seconde épreuve et plusieurs nous ont adresse d ut servations ; à M. Vallextin du Ctj qui nous a envoyé, avec ses a nu une quinzaine de brochures rein monnaies du xvi" siècle; à M Bordeaux, comte de Càstellan Marche ville. Nous signalons pari rement la complaisance avec ces trois numismates ont examiné les épreuves en mettant a notre service leur connaissance profonde de la numismatique. Les notes que nous a fournies, à deux reprises, M. Bordeaux constituent un véritable mémoire sur le sujet. Nous avons eu avec ces savants plusieurs conférences dans lesquelles nous avons discuté les points essentiels de la notice, surtout le second chapitre.
Ordoxn. de François \ tr , — L
J' jl I il I. tli F. MITlOTiLIt.
LES PIÈGES DE MONNAIE SOUS LE RÈGNE DE FRANÇOIS I er .
i° Caractère général de la monnaie de François I er . — Dans l’ouvrage d’Hoffmann le caractère général des monnaies frappées sous le règne de François I or(1) est décrit dans les termes suivants :
« La numismatique de François I" a son caractère propre, quelque chose qui la distingue de celle des règnes antérieurs, sans toutefois l’en isoler. En examinant la longue série de pièces qui viennent de fournir à M. de Saulcy le sujet d’une intéressante monographie, nous trouvons plusieurs types nouveaux : un essai de l’écu d’or avec le buste du roi; le grand écu d’argent semblable à ceux que Charles- Quint avait frappés dans le Milanais; le demi-écu avec le roi à cheval; les pièces à la salamandre (i 54 o-i 54 i) et R ha croisette (1 541 )- Quant aux testons et demi-testons, ils offrent d’innombrables variétés et représentent le portrait du prince à tout âge depuis l’adolescence jusqu’aux approches de la vieillesse.
« A côté de la monnaie courante, le règne de François I or a produit beaucoup d’essais : pièces d’argent frappées sur flan d’or ou monnaies d’or frappées sur flan d argent. On se préoccupait évidemment de leur execution artistique, cai nous savons cjtiB le roi avait fait venir d Italie un artiste veionais,
Les monnaies royales de France depuis Hugues Capet jusqu'à Louis XVI, p, gfi. Le texte de l'ouvrage d'Hoffmann soulève quelques observations* L essai qui est cité comme étant un écu d or et qui est une très belle pièce , unique en sou genre, paraît être un te s ton i le grand
écu d argent ne correspond à aucune espèce monnayée et doit être un essai ou une pièce de plaisir* Les lettres qui se trouvent parfois au commencement ou à la fin des légendes sont des différents de maîtres plutôt que des lettres d atelier*
DU REGNE DE FRANÇOIS I' r
Matteo del Nassaro, qui, en 1-529, tira une épreuve en or (J’un teston qu’il venait de graver. . .W
« Par ordonnance du 1 4 janvier 1 54 o ( 1 4 janvier 1 53 g, vieux style), les points secrets qui avaient jusqu’alors servi à l’indication des ateliers furent remplacés par les lettres; mais ces lettres on ne les mettait plus à la lin de la légende, comme celles que nous rencontrons depuis Charles VIII; on leur assignait une place plus en évidence, soit sous le buste du roi, soit sous l’écusson. En outre, presque toutes les pièces portent le différent particulier du maître de la Monnaie qui les a frappées. Sous les règnes précédents déjà nous avons relevé des marques de ce genre, mais en petit nombre. A l’époque de François I er , ce qui auparavant n’avait été que l’exception devient un principe, et, dès leur entrée en charge, on oblige les monétaires à choisir un symbole ou une lettre de l’alphabet qui permette de distinguer non seulement le travail de chaque officine, mais les émissions de chaque maîtrise. Les marques particulières, qui se placent presque toujours au bout des légendes, sont les initiales d’un prénom ou d’un nom de famille; quelques symboles sont les armes parlantes des maîtres. Cet usage, établi dans un but purement administratif, donne à la numismatique de François I er un grand attrait et un double intérêt. »
Les pièces de monnaie étaient en or, eh argent^, en billon, c’est-à-dire en métal contenant de l’argent allié à une lorte proportion de cuivre^. Le billon se distinguait en
Ce Matteo del Nassaro s’établit aux frais du roi dans la maison des Etuves, à l’extrémité de l’ile de la Cité, et y installa sur bateaux un moulin pour la taille des pierres précieuses.
Voir l’article de la Revue de numismatique, par M. de la Tour, et celui d’Au- BERT Barre dans Y Annuaire de numismatique, 1867, P* 1 48 .
11 11’est pas inutile de rappeler, comme terme de comparaison, que, le kilogramme d’or lin valant 3,444 fr. 44, le marc vaut 84^ fr. 4s et que le kilo¬
gramme d’argent lin valant 222 fr. 22, le marc vaut 54 fr. 34 »
W Au xiii c siècle, les types des différentes monnaies ayant cours étaient d’ordinaire reproduits sur les Cris des monnaies, brochures qui contenaient soit des ordonnances royales, soit des tarifs officiels de la valeur des espèces.
Voici comme exemple le titre d’un de ces Cris : «Ordonnance sur le faict des monnayes, estât et reigle des officiers d’icelles avec le portraict de toutes les espèces de monnaye que le roy veult et
bilkm blanc et en billon noir, selon la proportion d’argent contenue dans la pièce.
entend avoir cours en son royauhne, le tout imprimé par privilège diidlct seigneur, On les vend À Paris en i hostel d’Estienne Bosse!, dit le Fgidcheur, sur le pont Sainct Michel à l’enseigne de la Uose,» A la fin de celte brochure, se trouvent 21 pages contenant des ligures de monnaies françaises et étrangères.
Nous croyons utile de mentionner les quatre principaux ouvrages dans lesquels sont décrits les types des monnaies de François 1 er ,
Dans les Edits et ordonnances des rois de France de Fox tanon (2 e édition, i 585 , t, 11,. p. 180 et suiw) t à la suite de l'édit de septembre 1577 et de l'ordonnance du 18 avril 1678, sont reproduites quelques monnaies de François l" et des monnaies étrangères qui avaient cours sous François 1".
L’ouvrage de Le Blanc reproduit 8 types a’écus d'or, 1 fie teston > 6 de blancs on douzains, 3 de liards, 3 de doubles tournois, 3 de deniers tournois,
I de denier h ou rd dois, 1 de couronnai,
II reproduit, en outre, quelques types trappes à Asti, à Gênes et à Milan * lestai, écu d'or, douille ducat, quatrin,
F.di: SpiLCY, dans son Histoire numismatique da règne de François 1 er , roi de France, dit (page II de la préface, écrite en juillet 3870) qu'il a décrit 4g4 espèces de pièces frappées dans ce règne, et qu’il serait facile do doubler, tripler même ce nombre par des recherches ultérieures* En effet, dans le volume qui n'a été publié qu'en 1876, il en a décrit en réalité 65 9 (le numérotage ne porte que 607 parce qu’il y a deux numéros bis) composées ainsi: 106 crus au soleil, 2 écus à la salamandre, 21 écris au soleil et à la croix blanche (avec un bis), i53 testons et demi-testons, 107 douzains à la couronne, 28 domains A la salamandre, 5 s domains A la croix blanche, 37 dizains francisais, 5 oliards
à efïigie, 64 (avec un bis)doubles tournois, 09 deniers tournois.
Nota. -— L’expression «écu A la croix blanche » , dont s'est servi F. de Saulcy, n'est pas la plus correcte. Les numismates s'accordent A dire que ces écus furent appelés par le peuple «A la croisette » A cause de la petite croix carrée qui ligure au centre du revers et ils leur donnent cette dénomination, qui est celle dont se sont servi Le Blanc, Abot de BazingHén et Berry (dans ses E t u des s ar les m on ua les de Fr an ce, 2 vol*} *
Hoffmann ( Les monnaies royales de Fraitèe depuis lingues Capet jusqu'à Louis XVI) donne pour le règne de François 1 " une liste ( p, 99 et suiv* ) qui comprend 24 écus d’or (écus au soleil, A la croisette,du Dauphiné, de Bretagne, à la salamandre) et 3 demi-écus,
14 essais d'or et d'argent, /19 monnaies d'or et d'argent ( testons et demitestons, de France, de Bretagne, du Dauph i n é, écus ), 4 1 mon n aies d e b il 1 on (douzains de France, de Bretagne, du Dauphine, dizain, douzains A la salamandre , douzains à la croisette, doubles tou rn oi s, p atars d e F ro v en ce, dei ni-tou rnois, liards, hardis, denier bourdelois, denier A l'hermine) ; 2 7 monnaies italiennes françaises de Milan, 1 5 1 5 -1 5 16 ; d’Asti, i 5 i 5 -i 5 ag; de Gênes, i 5 i 5 -
1 5 2 8 ; de Savone, 1 5 1 5 -1 5 28 ( écus d’or, double ducaton, testai, demi-testons, gros, demi-gros, quarts de lésion, patachins, deini-patachîns, soldino}.
Nous devons ajouter :
1" Que la collection du Département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale se compose de 248 pièces, dont environ 46 pièces d'or, 55 testons et demi-testons, etc* ;
2 & Que la collection de F Hôtel des monnaies se compose de 86 pièces, dont 20 écus d’or ou demi-écus, 21 testons ou demi-testons, 2 blancs, 23 douzains, i5 pièces de billon noir et 4 pièces frappées en Italie,
DU RÈGNE DE FRANÇOIS I". xxi
Serrure signale une dizaine d’espèces qui constituent l’œuvre monétaire de François I er : en or, l’écu et le demiécu; en argent, le teston et le demi-teston; en billon blanc, le douzain, !e sixain et le liard; en billon noir, le double tournois et le tournois. 11 faut ajouter le dizain (l) .
Sous François I er les monnaies d’orne portent pas encore en effigie le buste du roi. (2) , quoiqu’on le trouve sur quelques essais de testons qui ont été frappés en or'*'. Tous les testons, au contraire, portent l’effigie royale' 4 '. L’exécution n’en est pas en général parfaite' et la ressemblance ne paraît pas être toujours d’une fidélité scrupuleuse, parce que, sous François I er , chaque atelier faisait exécuter ses coins par son tailleur particulier. (5) . La monnaie de billon porte d’ordinaire l’écu d’un côté et la croix de l’autre. Les doubles tournois
Serrure signale en outre le couronnai et le patar qui étaient des monnaies provinciales, et il tait observer que le Dauphiné t la Provence et la Bretagne, tout en frappant des monnaies dans le système français, conservaient k leurs pièces un caractère particulier.
Arthur Engel et Raymond Serruhe, Traite de numismatique moderne et contemporaine* i vol* in-8 û , 1897, Paris- ^ L'image du buste du roi a été une imitation des monnaies italiennes ; sur les testons elle date de la fin du règne de Louis Xll; Henri 11 (ordonnance d'août 1 548 ) est le premier roi de France qui ait mis son effigie sur les pièces d'or- Mais on trouve souvent dans les temps antérieurs des monnaies d’or, particulièrement les royaux, portant l'image du roi à pied ou à cheval- Cependant Le Blanc ( op . ciL, p.327 et planche 3a 8) a donné, comme nous l'avons fait remarquer, la reproduction de deux éeus portant la tète de François 1 *% l'une à barbe, très reconnaissable, l'autre très peu ressemblante. ■« La teste du Roy est gravée sur les deux derniers, dit-il, ce qui n'avait point encore été pratiqué, que je sache. j» Mais ce ne sont pas des pièces de monnaies d’or, ce sont vraisemblablement des essais de teston.
^ Ces essais sont uniques; aussi Hoffmann les cote-t-il très haut dans son catalogue : a,000 francs l’un, 3,000 francs l'autre*
W Le catalogue d'Hoffmann signale une pièce d'argent très rare du poids de 4 testons (n° 80) qui est un peu plus grande que la pièce de 5 francs et qui est coté 3,200 francs; mais ce n'est vraisemblablement pas une monnaie, car elle n'est mentionnée ni dans les ordonnances ni dans les Cris. En 1862, Robert signalait à Àd- de Longpérier un ducaton, pièce d’argent frappée à Milan avec l'effigie de Louis X 1 L L'usage de mettre le buste du prince sur les monnaies était ordinaire alors en Italie, (fleurn? de numismatique, 1862, p. 63 .)
( £ > Voir les observations faites à ce sujet par M. ük la Tour à propos d'une pièce d'or de 1 543 , fabriquée à Lyon et provenant vraisemblablement d’un coin qui était l'œuvre de Didier Besançon ; sur cette pièce le roi est représenté jeune et presque imberbe à une époque où détail vieilli et très barbu. Le graveur lyonnais Didier Besançon ( Mem. de la Société nat ♦ des antiquaires de France, t. LV 1 U). M* le comte de üastellâne, dans un article intitulé : Les testons de François F r au type barbu frappés à An -
portent trois fleurs de lis d’un côté et la croix de l’autre; les deniers tournois deux fleurs de lis®. Les lia rds portent souvent F couronné; quelques liards de la monnaie de Turin portent la salamandre; les hardis portent l’effigie du roi jusqu’à mi-corps avec l’épée et le sceptre à la main. C’est du a4 février i 54 o au 19 mars 1 54 1 (i 54 0, vieux style) que la salamandre figure sur des douzains et c’est depuis i54o que les pièces de monnaie portent la lettre désignant l’atelier monétaire.
2 0 Monnaies d’or®. — Ecits au soleil. — L’écu d’or datait du règne de Philippe de Valois; mais le type avait été modifié. L’écu au soleil était une création de Louis XI (2 novembre i 47 Ô) qui remplaça l’écu à la couronne. Il était ainsi nommé parce que la face de la pièce portait l’écu de France avec ses trois fleurs de lis, surmonté de la couronne au-dessus de laquelle était un petit soleil; sur les côtés de cet écu divers emblèmes : fleurs de lis couronnées, etc. L’écu de
g ci '$ ( A n n u a ire de la Soc <fnç, de n a misai a tique, t* XVI, année 1892) , s’applique à prouver que ce type barbu est antérieur au ii janvier i 54 o (i 54 i, nouveau style). Voir aussi les procès-verbaux de la Société, année 1900, t, IX.
Les généraux des monnaies cherchaient pourtant » surtout dans la dernière partie du règne, à introduire l’uniformité* Le maître particulier de la Monnaie de Lyon, François Guühem, s'étant servi en i 543 d’un coin de teston qui représentait François I er avec un chaperon orné d’une couronne et d'une plume, on lui écrivit de la Chambre des monnaies et qu’il eust à changer et a faire d'autre façon les testons ayant un bonnet et une plume, lesquels on en avoit envoyé ung en la chambre des céans pour en avoir nostre ad vis n. Ce type que la Monnaie de Lyon 11’a pas, en effet, employé pour ses monnaies, se trouve reproduit sur une médaille de monnayeur lyonnais* Nous
avons reproduit cette médaille p. XVIII* (Voir Revue numism., t. II, 1898* Voir aussi, au sujet de l'imperfection de la ressemblance, la note de la page xxï et le chapitre EU du présent mémoire, section n* 5 , page en*)
W Le n° 107 de Hoffmann est donné comme étant un sizain portant la salamandre et la croix* F* de Saulcy dit de son côté ( Hisi, nantis *, p, 182) : «Le prétendu sizain, qui n’est en réalité qu’un lïard* * * », La pièce a été frappée à Turin en 153 ^ ou i 54 o.
W Pour la création de chacune des espèces d’or, d’argent et de bülon et pour les changements qu'elles ont subis voir : i° pour la période i 456 -i 5 i 4 , le tableau de la section n° 1 du chapitre VI et les deux tableaux chronologiques de la section ri 0 2 du même chapitre; 2 0 pour le règne de François I", le tableau de la section n° 9 du chapit re IV et les tableaux chronologiques de la section n° 2 du chapitre VL
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la dernière frappe ordonnée, le 19 novembre 1607, par Louis XII porte sur les deux faces des porcs-épics, emblème du roi : de là leur nom d'écas au porc-épic. Sur certaines pièces du règne de François I er , fécu est accolé de deux F couronnés; autour se trouve, avec quelques variantes, la légende : FRANCISCVS dei gracia francorvm REX. Sur le revers est une croix à nervures fleurdelisées; entre les bras des fleurs de lis, deux F couronnés (depuis 1 5 19 (l) ou, d’après M. le comte de Castellane, depuis le 2 3 janvier 1 5 1 5 ); la légende ordinaire des revers est : XPS : VINC1T : XPS : REGNAT : XPS : IMPERAT :
Le Lype de l’écu était en principe uniforme. Toutefois il n était pas reproduit identiquement par tous les ateliers, lesquels avaient chacun leur différent particulier et en ont plusieurs foi s changé, Les provinces qui étaient administrées par des États se distinguaient surtout des ateliers du ressort du Parlement de Paris. Chaque type avait en quelque sorte sa région dans laquelle il était reçu de préférence : par exemple, l’écu de Dauphiné se rencontrait surtout dans le Midi et en Italie. 11 y a eu même beaucoup de falsifications de ce type faites en Italie, qui ont pénétré en France
Les monnaies à cette époque n’étaient pas datées! 3 ). Le Blanc a pu produire une pièce portant, avec le buste du roi, le millésime 1 5 3 2 ; mais c’est probablement un essai deteston plutôt qu’un projet d’écu d’or. Le Blanc et, après lui, Abot de Bazinghen font remarquer que c’est la première
{1} Les détails du type des pièces non seulement ont varié avec les années, mais ils variaient quelque peu dans le même temps suivant les ateliers. Voir, par exemple, pour le commencement du règne de François F, de Sauixy, HÎsL numism -, passini,
^ Voir Imitations des monnaies françaises, royales et féodales faites en Italie f par M* Paul Bordeaux, Revue numismatique, igoi.
On peut toutefois déterminer approximativement la date de certaines pièces, ou du moins la période à laquelle elles appartiennent (voir p. l) quand on connaît le nom du maître particulier dont elles portent le différent (voir pour le mot différent le chapitre III du présent mémoire, section n a 3) ou quand le type a été prescrit par ordonnance, comme pour le douzainà la salamandre (ordonna nce du 2 4 février 1 54 o),
fois qu’on trouve la date de la frappe; on peut dire plus exactement que c’est la seconde fois, Anne de Bretagne ayant fait fabriquer avec le millésime 1498 des pièces d’or comme duchesse de Bretagne, vraisemblablement pour affirmer sa souveraineté, quelques jours avant son mariage avec Louis XII' 1 '.
L’écu au soleil est une pièce de 26 à 28 millimètres de diamètre®. On en frappait 70 au marc sous Louis XII et au commencement du règne de François I"; puis 71 iji par ordonnance du 18 mai 1 5 19 rendue pour les Monnaies de Paris et de Lyon, et 71 1/6 depuis le mois de juillet de la même année pour tout le royaume. Chaque pièce, forgée dans les termes prescrits, devait, d’après celte dernière ordonnance, peser 2 deniers 16 grains trébuchants, c’est-à-dire faire trébucher le plateau d’une balance dont l’autre plateau contenait un poids de 2 deniers 16 grains ; c’était le poids minimum légal (remède non compris) de la pièce. Mais un lot de 71 pièces 1/6 devait peser plus que 71 fois et demi 2 deniers 16 grains; car 2 deniers 16 grains X 71 1/6 = 4554 grains 666/1000, et le marc équivalait à 4 ,608 grains. Dans le système métrique, la division du marc par 71 1/6 donne pour quotient 3 grammes 43g milligrammes, tandis que 2 deniers 16 grains équivalent à 3 grammes 399 milligrammes®.
Voici les divisions du marc et la conversion en milligrammes :
1 marc de Paris. 2 4 4 gr 7 5 2 9
Le marc est divisé en :
8 Onces —L'once.... *. = 3 o fîr 5 t) 4 i
64 gros — Le gros.... = 3 8 ü 4 s
1Q2 deniers — Le denier ..— i 2747
4,6o8 grains “ Legrain.* — 0 o 53 i
(L Voir âbüt de BazincxIïeN';
Nous avons mesuré les diamètres sur les reproductions de pièces du règne de François 1 er tpi 1 a données Hoff¬
mann dans les plan oit es de son ouvrage.
Voir pour Implication du trébuchant le chapitre III du présent mémoire, section n B 6.