LA FABRICATION ET L’ADMINISTRATION DES MONNAIES
i°. Les mines et la provenance des métaux précieux. — Au xvL siècle, le roi avaitdans tous ses domaines un droit éminent sur les mines et minières; c’était en vertu d’une concession royale que l'exploitation en était donnée, et le roi se réservait partout le dixième du produit « comme estans, dit une ordonnance bien postérieure au règne de François I er (26 mai 1 563 ), vrais droits de souveraineté et qui regardent le droit de la couronne qui ne peut estre usurpé par personne»* 1 ). Une autre ordonnance du 29 juillet i 56 o mentionne le privilège qu’en 1 548 et années suivantes Henri II avait accordé au sieur de Robertval pour la recherche et l’exploitation des mines, lequel s’était associé au sieur de S. Julian. «En quoi faisant, dit cette ordonnance, iceluy sieur de S. Julian a de s couvert un grand nombre desdites mines, tant en nos païs de Beaujolais, Auvergne et Lyonnais, qu’en Dauphiné, Provence, Languedoc, Bourbonnois et Poictou : en la pluspart des lieux, mesmement eu nostre païs de Languedoc au diocèse d’Uzes et territoires d’Alès, Suvienne^, S. Ambroise et autres, y a grand nombre de gens qui continuellement vacquent à recueillir l’or que la violence et impétuosité des pluyes fait tomber des montagnes circonvoisines dont ils tirent quelque probt; et semblablement aucuns gentilshommes dudit païs qui à cette cause leur tiennent la main forte ne voulans souffrir ne permettre de chercher et descouvrir la mère et source desdites
(l * Font a non , 2 e éd M t II, p* 3 S 7 * Parmi les métaux cités , outre T or et l 1 argent, sont le cuivre, Pétain, le plomb, le 1er*
^ Suvienne, d'après M. Longnon, est
(par erreur typographique sans doute dans le texte de Fontanon) pour Sumenne*
C'est aujourd'hui Sumène, chef-lieu de canton du Gard*
mines » ll) . Ces mines n’étaient pas les seules de ce genre qui fussent alors connues sur le territoire de l’ancienne Gaule. On tirait de l’or des rivières des Pyrénées et des alluvions du Rhin; mais la production fie tous les lavages de France était de très mince valeur. Un peu plus importantes étaient les mines dans lesquelles l’argent se trouvait mêlé à d’autres métaux; on en exploitait en Bretagne, en Auvergne, en Vivrais. Or ou argent, le produit tout entier devait être porté par les exploitants aux maîtres particuliers des Monnaies du roi, lesquels avaient seuls le droit de les acheter. François I er , flans les premières années de son règne, a rappelé plusieurs fois ce droit [2) .
Les prises des corsaires fournissaient parfois une certaine quantité d’or et d argent^.
A plusieurs reprises, dans un pressant besoin, à l’occasion dune expédition militaire, le roi fit appel à ses sujets et obtint d’eux, par don gratuit et plutôt par emprunt forcé, de la vaisselle et autres matières d’or et d’argent qu’on con-
(lî Fontancw» 2 " édît. T t. Il, p. 8io>
Lettres du 6 mars l 5 i 6 (Paris) portant règlement au sujet de l'argent extrait du royaume que les maîtres des mines seront tenus de livrer entre les t nain s des maîtres particuliers des Monnaies à l'exclusion de tous autres. — Permission à Jacques de Genouilhac, seigneur de Capdenac , d'ouvrir et d exploiter des mines dor, d argent, de plomb , de cuivre et autres métaux dans rétendue de sa seigneurie de Capdenac, à la condition de faire porter à la Monnaie la plus voisine lor et l'argent provenant de ces mines. Châtelicrault, 29 décembre i 5 iç). — Les manuscrits de l'Hôtel des monnaies {Déclarations* avis , arrêts, etc,, concernant les monnaies, in- 4 °) contiennent plusieurs ordonnances, lettres patentes, etc., relatives anx mines et ressortissant de l'administration monétaire.
Dans l’ordonnance du 6 mars 1 517 (tome II de la nouvelle série des Ordonnances des rois de France, encore inédit
Qhdon.v. de François I". I.
en 1902 ) il est dit : a ]1 soit expressément dit et ordonné que tout l'argent qui se tire et affine en icelles (raynés d'argent de nostre royaume) sera porté en nostre plus prochaine Mon noyé, pour y estre monnoyé et ouvré. Defense de ne le porter ne vendre ailleurs ne à autres, sur peine de confiscation dudict argent et d 1 estre pugny selon le contenu desdites ordonnances. »
Dans une déclaration du 9 septembre i 5 1 y, le roi se plaint que les maîtres des mines a portoient ledict argent ailleurs et nous frauldoient par ce moyen de nos droitz de dixième et de vingtième qui nous revenoient sur ledict argent tiré esdîctes mynes» et il rappelle les prescriptions de l'ordonnance du 6 mars i 5 iy.
w Voir, par exemple, ( Catalogue des actes de François J") les lettres du 98 février r 544 qui autorisent la Monnaie de Tours à acheter des lingots provenant de prises faites en mer sur les cotes de Bretagne.
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vertissait en monnaie 111 ; il lit même fondre sa propre vaisselle 1(2) . Cette ressource n’était pas sans quelque importance dans un temps où les gens riches aimaient à accumuler beaucoup de vaisselle d’argent, à la fois comme objet de luxe et comme placement d’épargne (3 l En 1 5 2 2, François 1 er j ustifiait ce genre d’emprunt en disant que, «pour pourvoir aux grandes, urgentes et extremes aiïàires», il avait besoin d’argent et que, comme ses sujets ne pouvaient pas lui en donner en monnaie, illeur empruntait leur vaisselle « pour courir par les bourses et servir la chose publique», c’est-à-dire pour faire passer cette vaisselle dans la circulation monétaire En réalité, la production indigène et la réserve constituée par la vaisselle ne fournissaient qu’un faible contingent à la consommation des ateliers monétaires. C’était par
fl) Voir, entre autres preuves, les lettres du a6 août 1631 par lesquelles ii est ordonné aux maîtres des Monnaies de Grenoble et de Cremieu de frapper des écris et de la monnaie blanche «durant. notre présente affaire de la guerre > avec des pièces étrangères s de la vaisselle d’argent et autres biffons (F* de SàULCY, Rec, de doc. j 1 . IV, p. 1 86}; les lettres du 10 septembre i 5 ai prescrivant aux maîtres des Monnaies de Paris, Rouen, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Tours, Troyes ci Bourges de convertir eu monnaie la vaisselle d’or et d'argent offerte au roi pour subvenir aux frais de la guerre. Voir aussi Tordonuance du 30 septembre i 54 a et l’ordonnance du 29 mai 1 544 *
Dès la seconde année de son règne, François P r avait eu recours à cet expédient (9 août i 5 i 5 ) ; «A esté ordonné aux gardes de la monif de Paris que, samedy prochain, ils ayent à faire monnoyer en lad, monn 0 les llaons qui ont esté puis naguère» ouvre?, et blanchiz en lad. monn*, montant la quantité de 200 quarante marcs ou environ, en groz testons aux armes du Roy, qui auront cours pour 10 s, U pièce, venuz et yssuz de la vaiselle d’argent qui a esté
ivrée en icelle mon ïÿ par ordonnance du Roy, et qu’llz soient de telz poix et loy que sont les gros testons dernièrement forgez par ordonnance du feu Roy Loy s, derre nier déc eddé* » F. de Sàulcy, Rec. de doc. f t. IV, p. i 5 a.
« Pour la conduite desquelles choses a convenu Rayer grosses sommes de deniers, ainsi qu’il est tout notoire :
une partie desquelles sommes avons trouvé moyen de recouvrer tant de nostre vaisselle d’or et d’argent qu’à ces fins avons lait fondre, que des aydes et tailles qu’avons levées . ,, » Déclaration relative au droit de gabelle, 28 juin i 5 i 8 .
P) Comme exemple de ce luxe, nous pouvons citer celui de Guillaume Poyet, chancelier de France, qui, en octobre 1 54 ^, prêta sa vaisselle au roi pour la convertir en testons suivant la nouvelle ordonnance du 20 septembre i 54 s; 100 marcs 5 onces et 3 gros sont réservés par le roi; 46 o marcs 3 onces et y gros sont livrés à la Monnaie de Paris par le trésorier et receveur général des parties casuelles. F. de Sàulcy, Rec. de doc., I. IV, p* 4 o 5
^ Manuscrits in-k* de VHôtel des monnaies t n° 2 5 .
le commerce d’importation et surtout par l’intermédiaire des changeurs que ces ateliers s’approvisionnaient en lingots et monnaies étrangères, surtout en monnaies. La plus grande quantité provenait, directement ou indirectement, de l’Espagne et du Portugal qui possédaient, parles colonies des Indes occidentales et par le commerce de l’Afrique, les grandes sources de métaux précieux.
2° Les conseillers généraux des monnaies et la Chambre des monnaies. — Le commerce des métaux précieux et la fabrication des monnaies étaient placés sous l’autorité des conseillers généraux des monnaies. Ces officiers, dont l’origine remontait au temps de la captivité du roi Jean et même au règne de Philippe le Bel, avaient eu longtemps le droit de nommer les maîtres particuliers et autres officiers des monnaies; Charles VII avait diminué sous ce rapport leur pouvoir en délivrant lui-même des lettres de provision pour la nomination à ces offices; toutefois ces lettres étaient encore enregistrées parles généraux. Les généraux des monnaies composaient la Chambre des monnaies. Leur nombre, qui avait été de trois ou quatre dans leprincipe, s’était élevé à huit à l’avènement de François I er . Ce prince, en 1 5 22, ajouta un président de robe longue w et deux conseillers de robe longue, ce qui porta à onze le total des conseillers généraux des monnaies. La Chambre avait, en outre, un avocat et un procureur du roi^.
. ^ Le président de robe longue nommé en par François I er était
Gharies le Gocq. H parait que ce président a laissé un ugros manuscrit» sur les fonctions de la Chambre des monnaies dont Co N ST an S a fait usage dans son Traite de la Cour des monnayes (voir
w Dans la procession qui eut lieu à l'entrée de la reine à Paris, le 6 mars i 53 q, il ne se trouvait que le président, sept généraux, l’avocat et le procureur du roi ( F* de Saule y, Rec. de doc . 1 t. IV,
p, £70), À l'enterrement de François P r , il y avait huit généraux.
D’un calendrier de la Cour des monnaies publié par F. de S au LC Y ( Documents relatifs à Vhistoire des monnaies , t* 1 1 p. 112 ), il semble résulter que le nombre des jours fériés pendant lesquels chômait la Cour (sous François P% c'était la Chambre, laquelle a été érigée en cour par Henri II) et probablement aussi les ateliers était considérable : 80 jours fériés fixes et 2 3 jours de fêles mobiles, indépendamment des dimanches.