‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 22 sur 98 · MÉMOIRE SUR UES MONNAIES · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR UES MONNAIES

Les généraux des monnaies avaient dans leurs attributions l’ad m inistration et la fabrication des monnaies et le commerce des métaux précieux. Ils exerçaient leur juridiction sur les officiers, entrepreneurs et ouvriers des monnaies. Ils pouvaient laire emprisonner les ouvriers et monnayeurs qu’ils trouvaient en fraude; ils avaient autorité pour «juger et déterminer si lesdites monnoies sont fabriquées de poix et de ioy, ou dedans les remèdes sur ce ordonnez; et des fausses malversations et abus qui se commettent au faict de nosdites monnoyés tant par les maîtres particuliers et officiers d’icelles que changeurs, orfèvres, joyautiers, affineurs, departeurs, bateurs d’or et d’argent, mineurs et officiers de mines, cueilleurs et a masseurs d’or et de paillottes de nostre dit royaume, pays, terres et seigneuries, en ce qui concerne leurs charges, offices, estats et mestiers»®.

En même temps que juges, ils étaient les patrons de ces monnayeurs. Ils défendaient, quand il y avait lieu, leurs privilèges. Ils recevaient leur serment, ainsi que celui des orfèvres; ils conféraient à ceux-ci le brevet de maîtrise ainsi qu’aux changeurs, lesquels ne pouvaient pas s’établir sans leur agrément.

Les généraux étaient les conseillers de la couronne en toute matière monétaire. Lorsque, en x 52 g, Charles Quint envoya en France son général des monnaies, Thomas Gramaye, pour s’entendre avec François I er au sujet d’un tarif du change, ce fut naturellement avec la Chambre des monnaies que ce général fut mis en rapport®. La Chambre fit un rapport dans lequel elle concluait qu’il fallait être réservé dans une affaire aussi délicate. L’année suivante, c’était au président de la Chambre des monnaies, Charles le Cocq,

^ Ordonnance de janvier 1 552 , préambule, C’est par cette ordonnance que Henri II érigea la Chambre des monnaies en Cour des monnaies,

< ï} Voir, entre autres pièces relatives aux relations des généraux avec Thomas Gramaye ; «Certification des généraux

des monnoyés de rélaîonnement par eux fait de 3 poids sur le marc du roi, étant en la Chambre des monnoyés en présence du s r Gramaye, général des monnaies de l'Empereur n, i 3 août 1 (Manuscrit de l'Hôtel des monnaies,

in- 4 % n° iSy).

que François I er confiait le soin de préparer une réforme générale du système monétaire.

Les généraux avaient la haute main sur les maîtres particuliers des monnaies qu’ils nommaient encore parfois provisoirement, qu’ils installaient et qu’ils pouvaient destituer et faire emprisonner en cas de prévarication* 11 . Ils avaient la surveillance générale de la circulation comme de la fabrication des monnaies; ils recevaient pour le compte du roi les matières d’or et d’argent* 21 ; ils s’assuraient de la valeur des pièces qui étaient flans le commerce. A Paris, ils visitaient la Monnaie et les boutiques des changeurs et des orfèvres tous les quinze jours, et ils veillaient à ce que les ordonnances fussent par eux rigoureusement observées. Ils devaient renouveler eux-mêmes de temps à autre la publication de ces ordonnances.

Les généraux allaient en chevauchée, deux à deux ordinairement, pour visiter « de ville en ville et de lieu en lieu* 31 le fait des monnoyes,les officiers particuliers d’icelles, changeurs, orfèvres, joyailliers et autres qui font ouvrage d’or et d’argent, leurs registres et papiers ordinaires.d’informer tant sur ce qu’autrement, duement.quels deniers

courant de main en main à nos coins et armes entre nos sujetz, iceux facent peser, essayer, rapporter et joindre aux j ugemens jà faits ou à faire des boëtes de la monnoye dont se trouveront lesdits deniers pour savoir si lesdites boëtes au-

W Voir une pièce du 20 mai i 54 o et une autre du 8 juillet 1 54 o dans le Üec, de doc. de F, de Saulcy, t, IV, P* 355 et 357*

^ Exemples : le 27 novembre 1 5 s 7, les généraux des monnaies reçoivent l'ordre d'examiner des testons fabriqués à Cremieu et envoyés en Rouer gu e par des marchands des villes de l’Empire qui se trouvaient à Lyon; ces testons avaient été saisis comme n’étant pas de bon aloi [CataL des actesde François I tr ) ; le 29 mai i 544 t le roi chargea deux d'entre eux d'assister à la livraison de la vaisselle destinée à la fabrication de tes¬

tons (F. de Saulcy, Recueil de doc*,

t IV, p.434

{3) Le 29 septembre 1 5 s 4 île trésorier de 1 épargné reçut l'ordre de payer à un conseiller du parlement de Toulouse le complément de 707 livres pour les frais d'une tournée faite en vue de s'enquérir des abus et délits commis par les maîtres parlicoliers ( Cat. des actes de François /").

Les manuscrits de ! Hôtel des monnaies, in-4\ contiennent plusieurs actes relatifs à la taxation des voyages et chevauchées des généraux des monnaies, notamment en i 54 i et i 54 ‘^*

ront esté ou seront ioyaument et fidèlement faites. Et s’ils y trouvent aucunes fautes, malversations ou abus, procèdent à l’encontre des delinquans ainsi qu’il appartiendraW. »

Us exerçaient leur surveillance sur les monnaies étrangères qu’ils trouvaient dans le commerce; ils interdisaient le cours de celles que les ordonnances n’autorisaient pas et ils en envoyaient des échantillons à Paris pour qu’on procédât à l’essai. Pour faire leurs chevauchées, ils se munissaient de poids et de balances; ils vérifiaient ceux des Monnaies qui, à leur tour, servaient d’étalon pour les marchands de la région.

Ces députés, quand ils étaient en tournée, avaient donc des attributions très étendues: ils instruisaient les affaires

et adressaient leurs rapports

^ Article 5 o de l’ordonnance du 19 mars 3 54 1* Fontàkon, t. II, p* io5* Voici, à titre d’exemple, le procèsverbal d’une chevauchée (F. de Saulcy, Rec , de doc., t* IV, p* 236 ,18 déc, 1527) :

1 Procès-verbal de M* Pierre Porte, conseiller général des monoyes, de ses visites et chevauchées aux monoyes de Tours, Poitiers, Bordeaux, Bayonne, Limoges, Villefranche, Tholoze" Villeneuve - Sain t-Andtédez-Àvign 011 et Lion.

n II part avec Oudin Meigret, huissier de la chambre des monn*\

« Il part de Paris le 18 décembre 1627 et arrive à Tours le 2 3 décembre an soir, «Le 24 au matin, il se transporte en l'hôtel de la monn* de Tours, y trouve trois ouvriers et trois fournaises qui onvroient des petits deniers tournois,

« René Chaillou, l’un desd* gardes.

« Le 26, part de Tours, s'en va droit à Poitiers , où il n’arrive que le 29 décembre an soir, parce qu’il se trouva mal disposé à Ühastelleraut, où il séjourna un jour,

a Le 3 o, se transporté à la monoye de Poitiers*

u Guy on Brunei, essayeur d’icelle monoye*

« Albert Chasteignier, l’un des gardes* * Lcd* essayeur lui dit qu’il couroit à Poitiers des lestons et grans Mans faits

lia Chambre des monnaies®.

en Bretagne qui ne lui sembloient bons et notamment lesd* grans lui sembloient estre bas de loi.

* Porte se fait remettre 3 testons et 10 blans, les pèse et les fait essayer; les testons revinrent à 10 d» 18 gr* fin et les blans à 3 d. 18 gr* juste*

« On fabrique à Poitiers des gros testons, des grans Mans et des petits tournois*

«Le contre garde de la monoye est François Chaslcigner.

«François Morion, naguère s garde d’icelle monoye.

«Laurent de Chenevelles, m' de la monn* de Poitiers.

«M* Jean Gallardon, tailleur de lad* monoye*

a Le 4 janvier, M c Porte part de Poitiers et Ya à Bordeaux, où il arrive le 9 janvier, à l'heure de disrier. L’aprèsdisrier, il se transporte en l’hôtel de la monoye, où il trouve trois ouvriers qui ouvraient de l’or*

« Charles Boy vin, garde de lad. monn*, Simon Gncnet, autre garde*

«Les ouvriers ouvroient 11 ans pour faire deniers a pelés grands blancs* 11 donne l’ordre aux gardes de trébucher toutes les brelves, et que les viilains forts il les fissent ajuster, et les viilains fiables refondre, ce qu'ils firent.

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