MÉMOIRE SUR UES MONNAIES
Charles-Quint envoya en France son général des monnaies, (j cie François I fr mit en rapport avec la Chambre des comptes llJ .
Une réforme générale de la monnaie fut préparée. «Comme depuis nostre advenement à la couronne, disait, le roi dans son ordonnance du 5 mars i 533 , nous ayons fait faire à diverses fois plusieurs assemblées de lions et no-' tables personnages pour mettre et donner ordre au faict de noz mon noyés, tendant par tous moyens à nous possibles de faire rabbaisser les prix des marcs d’or et d’argent et aussy autres excessifs prix volontaires donnez de jour en jour par plusieurs marchans, gens de finance et autres de divers estats et qualité par leur avarice, volonté désordonnée et profit particulier. Lesquels, faisant encore pis, ont rongné nosdites monnoyes et diminué de leur prix, bonté et valeur. Et outre ont pareillement transporté de noz pays, terres et seigneuries les bonnes monnoyes et matière de billon, d’or et d’argent et icelles fait convertir, fondre et forger en mauvaises et dommageables monnoyes, comme ducats à la Mirandole, écus à l’aigle, marabais, niquels, liards de Nostre-Dame de Losanne, et autres monnoyes estranges et contrefaites, au grand et incroyable interest, perte et dommage de nous et de nos subjets (2) . » Cette ordonnance fixait, la valeur fies principales pièces françaises ou étrangères, avec défense expresse d’en donner un plus haut prix et de les exporter; elle portait le cours de l’écu à 45 sous et celui clu teston à 10 sous 6 deniers [3) .
Cependant certaines pièces de mauvais aloi qui m’avaient pas été expressément désignées par cette ordonnance continuaient de circuler. Une déclaration du 1 3 juillet 1 536 $
Voir plus haut, chapitre in, section n ft a, p. lxxvi.
Fox t a non, 2 e éd,, t. II, p- 92* — Les prescriptions de cette ordonnance ont été renouvelées par lettres du 17 octobre 1 53 o. ( Calai, des actes de François PL)
P) Une seconde ordonnance du 39 mars l 533 compléta celle du 5 mars.
( Calai, des actes de François I rt . )
W Donnée à Lyon le i3 juillet, d'après Fontahon; c'est la même déclaration qui parait être datée du 4 juillet 1 536 dans le Cettah des actes de François C *
les désigna expressément et porta contre les rogneurs d espèces la « même punition que les faux monnoyeuis, sans y faire aucune différence, à ce que la qualité des dites peines soit tant exemplaire et de telle tremeur aux delinquans que face cesser tels cas et delicts, tant préjudiciables à nous et à la chose publique de nostre Royaume». La guerre contre Charles-Quint venait de recommencer; elle dura deux ans.
En i 538 , deux ordonnances sont à signaler : celle du 29 mars qui changea le cours légal de plusieurs pièces étrangères, karolus de Flandres, florins de Liège, gros testons de Savoie, monnaies de Lorraine, gros de Metz, gros d’Angleterre, et celle du 29 novembre qui décria de mauvaises monnaies fabriquées, .dit l’ordonnance, avec des matières fondues en France et clandestinement exportées, telles que «vaches de Béarn, liards de Losanne». Le roi affirmait que l’exportation avait été si considérable, que «maintenant il ny a point ou peu de nosdites monnoyes dont nostre pauvre peuple puisse s’aider et soulager au faict ettraffique de sa marchandise », et il croyait y voir la « cause de jour en jour des haussemens des poids (il laut lire : prix) des marcs d’or et d’argent et chômage de nos monnoyes » {1) .
Au commencement de l’année i 54 o, une importante modification fut introduite dans l’administration monétaire. Les lettres du 1 4 janvier obligèrent à imprimer sur chaque pièce une lettre désignant l’atelier où cette pièce avait été forgée, indépendamment du signe spécial qui désignait le maître particulier. Cette lettre remplaçait les points secrets qiff étaient depuis Louis XI d un usage général, mais assez irrégulier, paraît-il ; elle fut des lors un moyen certain de contrôle.
François I er avait annoncé dans l’ordonnance du 19 mars î54i qu’il écartait de la circulation les écus d’un poids inférieur à 2 deniers 16 grains, et ordonne de fondie
( J ) Fois ta non , éd, t. II, p, g4 et
Ch MÉMOIRE SUR LES MONNAIES
immédiatement ceux qui étaient au-dessous de 2 deniers i4 grains, ne tolérant que provisoirement, et à un prix moindre que celui des écus de poids droit, les pièces pesant 2 deniers i 5 grains à 2 deniers i 4 grains. Mais les pièces faibles ne rentrèrent pas aux Monnaies et, quand la guerre eut recommencé, le roi sévit obligé d’autoriser la circulation, dès i 542 , pour 44 sous 3 deniers de celles qui pesaient 2 deniers i 5 grains, et en janvier i&44i pour 45 sous; en même temps il portait à 48 sous le cours des ducats. « C’est, disait-il, que dans les bourses courent beaucoup d’éeus du poids de 2 deniers 1 5 grains qui sont pris pour 4 5 sous comme ceux de 2 deniers 16 grains; que nos sujets eussent subi grand dommage si, levant beaucoup d’argent, nous n’acceptions pas les pièces à ce taux; nous aidons ainsi nos sujets à payer les subsides et nous solderons de même nos dépenses w . »
7 0 . Le billon. —De nos jours, la monnaie de cuivre, ayant une valeur intrinsèque bien inférieure à sa valeur nominale, n’est qu’une monnaie d’appoint et de confiance dont le cours est limité, c’est-à-dire que le débiteur ne peut obliger son créancier à en recevoir dans chaque payement qu’une quantité limitée et généralement minime. Rien de pareil relativement à la monnaie de billon au xvi c siècle; car la volonté du roi suffisait pour déterminer le cours, autrement dit la puissance libératrice d’une pièce, quelle qu’elle fût.
Les monnaies de billon étaient toutes à un titre bas, et ce titre s’abaissa pendant la période i 5 i 5 -i 547 - Ltffe blancs au soleil auxquels Charles VIII, en i488, donna cours pour i 3 deniers tournois et qui circulaient au commencement du règne de François I er , étaient à 4 deniers 12 grains de loi et à la taille de 78 1/2 au marc. D’autres grands blancs, comme le grand blanc à la couronne, étaient au titre de
Manascr. de V Hôtel des monnaies, ïn-4°, n # 28,
DU RÈGNE DE FRANÇOIS I". eu
/i deniers 12 grains, à la taille de 86 au marc et valant 1 2 deniers.
En i 5 /jo (lettres du a 4 février), les blancs douzains à la salamandre furent frappés à la taille de 92 au marc et à 4 deniers 4 grains de loi.
En mars 1 54 1, le roi substitua à la fabrication des douzains à la salamandre celle des douzains à la croisette, qui coururent aussi pour 1 2 deniers tournois; ils ne contenaient que 3 deniers 16 grains de fin et étaient à 91 i/4 de taille au marc.
Le métal dont était fait le billon a donc varié pendant le règne entre 35 g/iooo et 299/1000 pour le billon blanc, et il était de 220/1000 et au-dessous jusqu a 60/1000 pour le billon noir, et la quantité de lin représentant le denier a été en diminuant ainsi dans le billon, comme dans les monnaies d’argent et d’or la quantité représentant le sou.
8°. La frappe en Italie. — Devenu par la victoire de Marignan (septembre 101 5 } seigneur de Milan, d’Asti et de Gênes, François 1" créa un atelier monétaire à Asti, où il lit frapper des gros et des soldini. Il ordonna (i 5 octobre 1 5 1 5 ) de frapper à Milan des écus, d’or dans le système français, ainsi que des demi-écus et des doubles écus, ou doubles ducats comme on disait en Italie. On frappa en effet des écus, mais on ne fit que des essais de doubles ducats, et on ne paraît pas avoir émis de demi-écus. Le roi en fit frapper aussi à Gênes {1J . Les monnaies frappées à Milan portent à la fin la légende DVXM (edïolani). En mars 1 538 , il nomma un habitant de Quiers, Marc de Varembert, maître de la Monnaie de Turin, dans laquelle il ordonna de frapper des écus au soleil, des testons, sous et douzains, liards et deniers
Le Blanc (op, cit, % p. 33o} a donné i]uniques échantillons de ces frappes.
La Monnaie de Turin fut ouverte en mars ou avril i 538 (F. dk Saulcy,
Rec, de doc t. IV, p. 3 so); quelque temps fermée, elle fut rouverte le 1 a juillet i 54 o. Voir aussi l'ordonnance des généraux des monnaies du 5 septembre