‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 45 sur 98 · CLX.Y · texte numérisé non relu

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A Florence, la monnaie principale était le florin d’or, frappé à la taille de 96 au marc (marc florentin de 6912 grains), au titre de 2 4 carats, pesant 72 grains. A partir de i 53 i, on frappa des ducats ayant le même poids et le même titre que les florins. Le florin d’argent, qui était la vingtième partie du florin d’or, fut longtemps seulement une monnaie de compte, jusqu’en i 534 , époque à laquelle furent frappées les premières lires en argent.

En Angleterre, les monnaies d’or étaient le souverain, frappé depuis 14S9, qui pesait a4o grains troy! 1 ), au titre de 2 3 carats 3 grains et demi, la rose noble ou real, qui était la moitié du souverain, Fange, qui pesait 80 grains et était au titre de 22 carats (en 1 544 ), la couronne, qui pesait 57 grains 2 1/67 au titre de 22 carats en 1 544 et 48 grains au titre de 20 carats en 1 545 , lapound, livre de 200 grains troy pesant ig 3 grains et 22 carats en 1 544 , puis 20 carats en 1 545 . Les monnaies d’argent étaient le shilling pesant 1 44 grains troy en i 5 o 4 et i4o en i 543 , le groat qui était le tiers du shilling et le penny qui était le quart du groat. On s’inquiéta de bonne heure en Angleterre, comme aux Pays-Bas, du mouvement des métaux précieux et de l’équilibre des monnaies. En 1 523 , Henri VIII conclut avec Charles-Quint un traité pour réformer l’ancienne et la nouvelle monnaie, et pour fixer, par un tarif établi d’un commun accord, le prix auquel les nouvelles monnaies dEspagne, d’Allemagne, d’Italie, de France devaient être reçues par les marchands anglais^.

Par des mesures prises en 1626 (24 juillet, 22 août, 3 o octobre), le cours des monnaies anglaises fut changé ; la réforme de 1 5 2 7 porta la couronne de 4 shillings 4 pence à 4 shillings 6 pence, le souverain de 20 shillings 6 pence à 22 shillings 6 pence. La balance du commerce, d’une part, et les bénéfices qui pouvaient résulter du change, d’autre

(1) Le grain troy équivaut à o gr. o648; n3 grains 001 d'or et 10,2728 dalle souverain pesait donc i5 grammes liage, soit 7 grammes 988 milligrammes. 55amilligrammes; il pèse aujourd'hui [S) M. Shaw, op. cit., p. 89 et suiv.

part, provoquaient en Angleterre, comme dans d’autres pays, un mouvement incessant, parfois considérable, de métaux. En i 538 , un marchand anglais établi dans les Pays- Bas faisait savoir au roi d’Angleterre que, la vente des draps anglais ayant été très bonne, on ramassait partout des anges et autres pièces d’or pour faire des remises à Londres. L’ordonnance monétaire de i 539 aux Pays-Bas et celles de i 54 o et de i 54 i en France ayant modifié l’équilibre des monnaies sur le marché international, le roi d’Angleterre voulut mettre un obstacle à l’exportation de la monnaie anglaise, exportation qui lui paraissait être le résultat de ces changements; pour cela il réduisit, en i 542 , le penny d’argent de 10 grains et demi à 10 grains, et porta en 1 544 le cours de l’ange de 7 shillings 6 pence à 8 shillings. Deux ans après, les «testoons», monnaie d’argent, furent, par un supplément d’alliage, réduits de 10 onces à 4 onces d’argent fm, énorme dépréciationW.

On disait d’ordinaire en Angleterre, comme en France, que les changements de cette espèce étaient des renchérissements de la monnaie. En réalité, c’était le contraire. Les métaux précieux, loin de renchérir, perdaient de leur valeur, puisqu’i I fallait en donner davantage pour acquérir la même quantité de marchandises; il fallait surtout donner plus de pièces de la même monnaie, parce que les rois avaient diminué la quantité de métal fin contenu dans chaque espèce.

Ce qui est certain, c’est qu’il fallait dépenser un plus grand nombre de ces unités pour vivre en Angleterre à la fin du règne de Henri VIII qu a son avènement. Les interlocuteurs d’un dialogue sur les monnaies, écrit probablement au milieu du xv* siècle, affirment qu’un chevalier qui tenait sa maison avec un poids de 200 marcs seize ans auparavant dépensait maintenant un poids de 200 livres, que le yard de drap se payait 8 shillings au lieu de 4 shillings 8 pences, que tout coûtait un tiers de plus qu’il y a sept ans, qu’un

u) M. Shàw, op * cit., p* g a et suiv.

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patron donnait 2 pence de plus par jour à ses ouvriers et cpie ceux-ci disaient n’avoir pas suffisamment pour vivre (1) .

Dans les pays étrangers avoisinant la France il se produisait donc, a des degres divers, les mêmes phénomènes, suivis des mêmes mesures monétaires, qu’en France : variations dans le cours du change qui d’ordinaire tendait à hausser le prix des bonnes espèces, exportation de monnaies et efforts de l’administration pour la prévenir, altération des espèces consistant soit à diminuer le poids de métal hn contenu dans chaque pièce, soit à donner cours à l’espèce pour une plus forte valeur nominale, inconvénients de ces changements pour le commerce et augmentation du prix de la vie.

12" La production des métaux précieux. — L’affluence des métaux précieux du nouveau monde sur le marché européen a été, surtout durant la seconde moitié du xvi c siècle, une des causes de ces changements dans les monnaies et la cause principale de la révolution économique qui se produisit dans le prix des marchandises et des services. Sans insister sur ce suj et, il est nécessaire de donner quelque notion de la production des métaux précieux pour faire comprendre la situation monétaire pendant le règne de François I er .

On ne sait pas exactement quelle était cette production; les documents statistiques manquent ou du moins sont très rares. Nous nous bornons à reproduire ici les évaluations approximatives de Sœtbeer, l’auteur qui de nos jours a étudié avec le plus de soin l’histoire de la production des métaux précieux dans le passé (2) .

Vers la fin du xv e siècle, le développement du commerce avait augmenté la demande de métaux précieux, haussé

(1) M. Shàw, op. cit p. 96.

(î) EdelmetalL Production uni Werlh verhàltniss zxoischcn Gold and Silber soit der Entdeckung Amcrikas bis zur Gcgenwart, par le D f Adolf Sqetbker, publié comme supplément des Mittliei-

lungcn de Petermann.Nous donnons les poids d’or et d’argent tels que les a donnés Sœtbeer; nous avons calculé, d après ces poids, les valeurs au taux de 222 fr. 22 le kilogramme d’argent et de 3,444 fr. 44 le kilogramme d’or.

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