‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 51 sur 98 · CIA XIX · texte numérisé non relu

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Le passage dans lequel de TIiou parle de cette réforme mérite d’être cité : « Tandis que la cour était à Poitiers, dit cet historien, le roi fit un édit mémorable au sujet des monnaies dans lesquelles il s’était introduit depuis trois ans de grands désordres. L’ancien usage du royaume était que, dans les contrats, les prix fussent estimés en livres de France. Mais, comme ces livres n’étaient qu’une monnaie de compte, sans prix iixe et arrêté, il arrivait qu’en augmentant la valeur des pièces d’or et d’argent, on anéantissait en quelque sorte la fortune des particuliers. Le peuple surtout souffrait infiniment de ces désordres, parce

sois, et lesdits sols diminuai!s de leur bonté, selon que Fescu hausse, par conséquent ladite livre est rendue de valeur incertaine et variable, selon le prix dudit escu j que l’on fait valloir contre nos dictes ordonnances, quelquefois quatre, cinq , six et jusques à sept livres en aucuns lieux; non que ledit escu se paye à ces te raison en espèces de sols; mais le font malicieuse ment à leur profit, pour avec moins d’or et d’argent faire plus grand nombre de livres. Et par ce moyen d'autant plus acquitter ou acheter des simples gens les choses de tout temps avalluées à livres ; desquelles neantmoins, le prix n’est augmenté à Fequippollent. Exposant encor es en la mesme intention les autres especes à prix plus excessif, autant qu'ils peuvent, spécialement les eslrangères, selon que par leur damnabie avarice ils trouvent moyen et facilité de 1 executen Dont neanlmoins le peuple, ne sentant son mal, ayant son nombre de livres, pense estre bien payé et avoir son compte ; ne s’apercevant que deux livres n’en v allen t pas une, et qu’il ne fait tant de quatre qui! souloît faire de deux, à sa très grande mine et de tout le public. Et pour oster l'occasion de ce desordre et desreiglement, n'y avoir autre moyen que d'abolir et supprimer le nom et usage de ladite livre, et de taire et réduire dorénavant tous comptes et payemens à esctis. , . N'y a voit autre moyen d'y'

pourvoir et éviter tel desreiglement pour Fadvenir que d'arrester et csfahlir le pied, compte, valeur et estimation de toutes choses sur un fondement solide, ferme et stable et. non variable comme s'est trouvé parmy tant de des* ordre et corruption ail faict des dictes monnoyes, Fescu sol estant tousiours demeuré sain et entier en son poids ci loy sans avoir jusques icy souflert aucune altération. Ce qui nous lait arrêter et résoudre de prendre ledit escu pour pied et seul fondement de tout compte, valeur et estimation de quelque chose que ce soit, à prix d’argent en nostre Royaume, tant du passé que de Fadvenir, avec promesse en foy et parole de Roy, pour nous et noz successeurs, d'entretenir et conserver pour tousiours ledict escu en son poids et bonté intérieure, qui est de deux deniers quinze grains de poids, et vingt-trois carats de loy, sans qu'il puisse à jamais estre altère, ne diminué en sesdits poids et loy : et sur ce pied et fondement faire la correspondance de toutes autres espèces, tant d'or et d'argent que hillon à ce que F une achepte l’autre. Et pour effectuer ceste notre intention, circonstance et dépendance d’icelle réduire, avaliuer et apprécier toutes choses à compte d'escus et portions d'icçux :

Nous, par Favuis et meure deliberation de nostre dit conseil auquel estoient nostre très honorée Dame et Mère *, . >

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que, dans le payement des impôts, on ne recevait les monnaies que pour un prix fort inférieur à celui pour lequel on était obligé de les prendre dans le commerce. En effet, Vécu de trois livres était déjà à cinq livres et même à six dans certains endroits. Pour remédier à ce désordre, on tint à Paris une assemblée de gens habiles où il fut réglé que, dans la suite, il y aurait une juste proportion entre les espèces d’or et d’argent; que l’usage reçu jusqu’alors de compter par livres serait aboli, et que, dans les ventes et contrats, les évaluations auraient lieu en écus d’or. L’édit en fut dressé au moins, et, après bien des contestations, il fut enfin publié et enregistré au parlement le i 3 novembre 1677. » Le texte latin que nous donnons en note est plus développé et plus explicite l’auteur y dit que, contrairement

^ J, A. Thuani Hisloriarnm mi tem poris liber LX 1 V, ch. iv, ami. 1 577. Voici le texte latin» 11 se trouve aux pages 20S et üoej du tome 111 de f édition de Genève (1637) :

Durri rex Pictavi esseL res nu mari a tnbus abhinc ahnis val de perturba ta, edielo maxime memorabili conslituta est, Vetere regni instituto acceptuni erat ut U bris fràncicis cuncta in contractibus astimarentuib Cum autem libræ hæ imaginariæ essent, nullumque certum pretium earum esset, contra veræ opes auri et argent! certo pondéré ae numéro cou s tare de béant, eo liebat ut, aucto ejus rei quæ ceterarum pretium esse cousue vit pretio, res omnium fere ad nihilum redactæ essent; plebî vero, quæ in publico comme reio numos majore pretio accipere in pensï tandis regni trlbutis minore exsolvere cogebaüir, ultra modum vexa retu r. Nam iam aureus v lîbris et alicubi vi, et, cjuod gravius erat, externa moneta, veluti ducatus Gasteliensis duplex xvill libris jactabatur, ita ut nemo sciret quid In bonis hftberet; quodin Mar, Gratïdiarii tempo ri bus accidlsse prodidït Cicero.

Exemplum et Belgio derivatum fuerat, ex Àrausionensis concilié, quod publïca autoritate liebat ut aureus vi solidis

plus justo valore exponeretur, apud nos priva lis institomm monopolis palam usurpabatur. Gui malo ut obviatn ire-

tur, conventu Lutetiæ peritorum hal>ito t tandem decretuni est ut certa aureæ contra argenteam moiietam prdportio esset et obsoüto librarum Francicarum haetenus recepto lisu , deinceps in contractibus et veuditionibus res omnes aureis æstimarentur Edictum ea de re factum vit l>ri mense et in senatu post magnas contentiones, suadentihus illud Vido Fabro Pibracio præside et Petro Gondio episcopo Parisiensi, kl, ix br*, promulgatum fuit. Quod ut nccessarium et fructuosum a prudentioribus indicabatur, ita ejus executio in tanta licentia plerisque dilïicilis vîdebatur, vieit tamen exspectationem et spem multorum exi-

tus. Nam nullum edictum minore cum frémi tu receptum, nullum majore religione servatum fuit, dum qui s que cornmuni calamitati re medium quærît et oblatum libenlissime complexus, quod privatis comuiodis ex eo decedebat, publicæ utilitati condonari æquîssimo animo patitur. Itaque cum au reus ex immense iilo pretio ad Lxvr soüdos sicuti in Belgio jactabatur, premium reductus esset, klque ut ad anni usque finem iocum haberet, poste a autem

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à l’appréhension qu’avaient eu les conseillers, l’opinion publique accueillit favorablement cette réforme,et que tout le monde s’y soumit et s’en réjouit, à l’exception des créanciers que leurs débiteurs s’empressaient de rembourser pendant que l’écu courait encore pour 65 sous.

C’est à propos des variations de prix des monnaies que, onze ans avant cette réforme, le seigneur de Malestroit avait publié les Paradoxes, dans lesquels il soutenait que les marchandises n’avaient pas en réalité renchéri depuis trois cents ans w et que Bodin lui avait répondu par une brochure qui eut une large publicité. Bodin y montrait, avec la perspicacité d’un économiste, l’existence du renchérissement, et il en signalait les causes qu’il estimait être au nombre de trois en 1 568 et au nombre de cinq en 1 5 78 C;î; «... Je trouve, dit-il,

incunte anno proxîmo* ut bx solidis tantum îEstimaretur, placuisset, nemo contradixit, nemo non edïcto tam salutari paruit, Tantum exeùnte anno festi* nalis solution! bus coactî crcditores smim recipere; qui recusarunt, litibus temerariîs et sumptibus inutilibus se vexarunt et ita quidem res hoc anno apud nos erat qui reliquus fere edicti execuboni insumptus est, Rege jam postpacb ficationem sccuro et ad otinm ac volupta te s toto animo prolabente.

Les paradoxes du seigneur de Ma* îestrOïcL conseiller du Roy , et maître ordinaire de ses comptes sur le faîct des monnayes> présentez à Sa Majesté, au moys de mars mdlxvi* C’est une brochure de 23 pages, petit publiée

a Paris en 1 566 *

Premier paradoxe : « Qu on Ion se plainet à tort en France de renchérissement de toutes choses, attendu que rien n'y est enchery depuis trois cens ans. »

Deuxième paradoxe : « Qu’il y a beaucoup à perdre sur un escu ou monnaye d'or et d'argent, encor eé qu’on la mette pour mesme taux qu’on la reçoit* n

Voici ^argumentation principale de l'auteur : « La paire de souliers n'est pas maintenant plus chere a 1 5 s* que lors à 3 s* ( parce qu'il y a moins d’argent

dans le sou), La journée d’un manœuvre qui coûte maintenant 5 s* n’est point plus chère qu'elle n’estoit lors à 12 deniers,,, «

0 V*. Pour diz sols que le gentilhomme recevoit anciennement de ses rentes ou censures contenant autant d'argent fin que cinquante de maintenant, il pouvoït avoir cinq chappons, à raison de deux soiz pièce. Maintenant pour dix sols il 11'a qu’un chappon, qui est perte sur diz sols de quatre chappons, . * »

Il y a une part de vérité dans cette argumentation ; cependant la diminution du poids de métal fin correspondant a une livre tournois n’expliquait qu’une partie du renchérissement, ( Voir le chapitre IV du présent mémoire, section n* 3,)

Les Paradoxes ont été imprimés à Poitiers en i 566 * la même année qu’à Paris, Ils ont été réimprimés à Paris en 1 568 n avec la réponse de Bodin ; ils l’ont été en 1 5 y 8 et plusieurs autres lois. En 1678, François Garrault publia a Paris les Paradoxes sur le faict des monnoyes, brochure qui était la reproduction du premier paradoxe de Malestroit,

W Les Réponses aux paradoxes du sieur de Malestroict touchant Renchérissement de toutes choses et des monnayes ont paru à Paris en 1667, brochure in- 4 û .

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que la cherté que nous voyons vient quasi pour quatre ou cinq causes. La principale et presque seule (que personne jusques icy n’a touchée) est l’abondance d’or et d’argent qui est aujourd’huy en ce royaume plus grande quelle n’a esté il y a quatre cens ans. La seconde occasion de cherté vient en partie des monopoles. La troisième est la disette qui est causée par la traite et le degast. La quatriesme est le plaisir des roys et grans seigneurs qui haussent le pris des choses qu’ils aiment. La cinquième est pour le pris des monnoyes, ravalé de son ancienne estimation. »

De toutes les causes, la plus importante, selon lui, était la production des mines dAmérique : «11 y a beaucoup plus d or en Espagne et en Italie qu’en France, parce que la noblesse, mesmes en Italie, trafique et le peuple d’Espagne n’a autre occupation; aussi tout est plus cher en Espagne qu’en France et plus en Espagne qu’en Italie et mesmes le service et les œuvres de main, ce qui attire noz Auvergnats et Limosins en Espagne. . . C’est donc l’abondance d’or et d’argent qui cause en partie la cherté des choses».

Si le système monométalliste inauguré ainsi en 1077 avait duré, la France aurait eu, dès le xvi e siècle, avant les autres Etats, une unité monétaire simple et invariable 10 .

Une autre édition a été donnée en 1576»

Eu i578Ja réponse a ëlé rééditée sous Je titre : Discours de Jean Bodin sur ie rehaussement et diminution des monnoyes, tant d’or que d’urgent et le moyen d'y remédier et responce aux paradoxes de Monsieur de Malestroict, Paris, 1678, En * 5 gi parut une édition latine, jointe à un ouvrage de Budelus : De Monetis et re monetavia, publiée à Cologne.

Le discours et la réponse ont été réimprimés en 1 5 g 3 , avec les six livres de la République.

En 1675, on trouve une nouvelle traduction de la République et du Discours, publié a HelmsiadL

i]] Le système monométallïsle a été

supprimé lorsque Henri IV, par ordonnance de septembre 1602, eut porté à 65 sous le cours de récit et ordonné la fabrication de quarts d’écu, de francs et de testons d'argent.

À ROT Dlï BaziNGHEX ( 0/h CïL, \, Jf,

p* 194 J (pû écrivait en 1764 et qui, étant commissaire à la Cour des monnaies, avait une grande expérience de la matière, juge de la manière suivante l'édit de 1077 et l'abolition de cet édit par Henri IV : « La plupart des gens sages et expérimentés au fait des mon noies trouvèrent qu'on a voit trop légèrement aboli un édit qui avoit été fait avec toute la circonspection imaginable, puisque tout ce qu’il y avoit de gens dans le royaume capables de donner des avis sur cette matière avoient été

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i6° Le renchérissement. — Quand on embrasse le seizième siècle entier et non le règne seul de François 1 " pour mesurer la révolution économique, on constate qu’enlre le commencement et la fin il y a une très grande différence dans le pi'ix des marchandises et des services, et on peut recueillir de divers côtés, par des ordonnances royales et par des témoignages privés, la preuve d’une perturbation que ce changement avait amené dans le commerce et dans la vie^ l h

«Nous voyons, écrivait Bodin dès 1678, que depuis cinquante ans le pris de la terre a creu, non pas au double, ains au triple ... la journée d’un homme estoit estimée 12 deniers, celle d’une femme 6 deniers. On ne peut dire que depuis soixante ans tout n’aye enchéri dix fois autant pour le moins. » En quoi il exagérait quelque peu.

A la mort de François I er , cette perturbation ne semble pas avoir été encore très apparente. On se plaignait beaucoup de la hausse des monnaies, c’est-à-dire du nombre plus grand de sous et deniers qu’il fallait donner pour une pièce d’or ou d’argent, et l’on attribuait cette hausse à la mauvaise foi et à la rapacité des trafiquants, à la rognure des monnaies (ce qui aurait dû produire l’effet contraire, à moins que la rognure n’eût porté sur le billon, ce qui est peu probable), à l’exportation; mais nous ne trouvons pas dans les écrits des contemporains de François I er les protestations contre « le prix excessif de toutes choses » qui se rencontrent fréquemment au temps des fils de Henri II.

La première mention faite, à notre connaissance, du ren-

entendus et que leurs raisons a voient été discutées à fond et par les plus habiles gens de fEtat. , » Cet édit, bien loin d’avoir le succès qu'on s'en et oit promis 1 causa dans les mon noies un désordre beaucoup plus grand qui!

iTavoît encore été * , , n

En effet, lé eu fut porté de 6 O sous à 72 en iCoq*

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