‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 66 sur 98 · MATÉRIAUX · texte numérisé non relu

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Des comparaisons de ce genre laissent toujours beaucoup à désirer sous le rapport de la précision. Cependant, quand elles concordent comme le montrent les tableaux précédents , il est impossible de ne pas être convaincu que le pouvoir de l’argent a diminué durant la première moitié du

0) M. Sàuerbeck t qui calcule chaque année 1 indice des prix suc quarantecinq marchandises choisies parmi celles dont la consommation est la plus importante » a pris pour base la moyenne des prix de la période 1 853 -1877, représentée par l'indice i 00 ; il a trouvé pour la dernière période 1893-1901 l'indice

66 ; c'est-à-dire qu'avec 66 livrés sterling on a acheté en Angleterre la meme quantité de marchandises en gros dans la dernière période qu’avec 100 livres dans la première, (Voir Journal of the Royal Staiistical Society , année i886 t p, a et 648; année 1898, p. a30 et a4 7 > et année 1902, p. 86,)

xvi e siècle. A-t-il, d'une période à l’autre, diminué exactement dans la proportion d’un quart et avait-ii exactement, dans la première moitié du xvi e siècle, quatre lois et demie le pouvoir qu’il a eu de nos jours? Ce sont des questions que nous n’avons pas à aborder ici. Ce qui est à retenir, c’est qu’il a diminué très sensiblement et, si nous poursuivions l’élude des tableaux de l’abbé Hanauer par delà i 55o, nous verrions que, vers le milieu du xvn e siècle, le pouvoir de l’argent n’était plus guère, selon lui, qu’une fois et demie le pouvoir actuel : ce qui concorde avec le grand renchérissement que nous avons signalé en France durant la seconde moitié du xvi c siècle.

L’abbé Hanauer résume ainsi lui-même ses conclusions à ce sujet : «De ce tableau il résulte clairement que le renchérissement des denrées n’a pas suivi une marche constante et régulière. Les prix du xiv e siècle ont fléchi au xv e et la baisse s’est maintenue, sans changement notable, jusqu’en 1 5 2 5. Alors commence une hausse, légère d’abord, accentuée à partir de i55o, qui, se développant successivement, atteint son maximum dans la période ifla6-i65o »

4" Par valeur sociale de l’argent nous entendons la somme qu’en moyenne une personne ou une famille dépense pour tenir son rang dans le groupe social auquel elle appartient, quel que soit d’ailleurs ce rang, dans la classe

(tj Abbé Hanauer, op. cit., t, II* p. 6o/j. — Plusieurs autours allemands ont traité de la question monétaire au XV i “ sic cle * e n Ire au tre s * J A nss e N * Geschîchte des Vôlkes seit dem Aasgang des Mitlelalters (voir principalement t. ÏI, p. 443 et suiv, de la traduction}; M. SuHMDLLEf*, Zar Gescltichte der nationalækonomischen Ànsichtm in Dentscliland wahrend der Reformations Période (i86o); M. TL de Inama Sternegg, Deutsche Wirtschaflsgeschich le in âen leizten Jahrhandérten des Mittdtalers. Les données fournies par M. de Inama

Sternegg s'arrêtent à la fin du xv c siècle (voir principale ment les tableaux , t, IV, p. 5a8 et 534); elles s'accordent avec les autres témoignages pour prouver que les métaux précieux avaient acquis alors une très grande valeur.

Voir aussi comme aperçu sommaire de L histoire monétaire en Allemagne l’article Mumwesen (article rédigé par M. Lexis dans ia première édition et par M* Sommé rlad dans la seconde édition) de Ilandworterbaeh der Slattlswissenschaften , par Conrad, Elster* Léxts et Lobning.

ouvrière ou dans ia classe riche. En chaque lieu et à chaque époque, il y a pour chaque groupé social un certain niveau d’existence qui, correspondant d’ordinaire à l’état général de richesse d’un pays, est en conformité avec le revenu de ce groupe; une famille ou un individu appartenant à ce groupe n’en descend pas sans paraître déchoir et le plus souvent sans éprouver de la gêne.

En général, les hommes s’habituent plus facilement à monter d’un degré à l’autre dans l’échelle sociale quand la fortune leur sourit, qu a descendre quand elle leur est contraire; le sentiment de la jouissance s’émousse d’ordinaire en eux plus vite par la durée que celui de la privation. A mesure que les familles ont plus de besoins à satisfaire et quelles disposent d’un revenu plus fort pour donner satisfaction à ces besoins, elles dépensent plus d’argent pour vivre, et la valeur sociale de l’argent tend à diminuer.

11 serait beaucoup plus difficile encore de chercher une estimation de la valeur sociale de l’argent que de la valeur commerciale; il est impossible de l’établir par des chiffres d’une manière même approximative; on doit se borner à de vagues indications relatives à quelques catégories de personnes.

Le niveau de l’existence a vraisemblablement changé sous le règne de François I er avec le changement de valeur commerciale de l’argent, mais par une répartition et dans des proportions différentes.

Puisque les marchandises augmentaient de prix, il fallait plus d argent pour vivre de la même manière : premier point.

Comme la richesse augmentait par le développement de 1 industrie et du commerce, on consommait davantage,les particuliers ayant plus de revenu, sinon dans toutes les couches sociales, du moins dans celles qui étaient favorisées du sort : second point.

De là une diminution de la valeur sociale de l’argent,

puisqu’il fallait, pour ces deux raisons, augmenter sa dépense afin de se maintenir de niveau avec ses pairs (l) .

Il semble que les denrées agricoles aient été au nombre des marchandises qui ont renchéri les premières et le plus renchéri. Par suite, il y a eu augmentation du fermage et de la valeur vénale de la terre, laquelle, d’ailleurs, était plus demandée parce que l’accroissement de la richesse mobî I ière lui amenait plus d’acheteurs. Ceux qui devenaient ainsi plus riches élevaient le niveau de leur existence, et la valeur sociale de l’argent était moindre pour eux qu’elle n avait été pour leurs pères.

Cependant les seigneurs possesseurs de fiefs, dont le revenu consistait exclusivement ou principalement en droits féodaux et en censives, ne profitèrent pas de la révolution monétaire, quand les redevances étaient stipulées non en nature, mais en espèces. Ils perdirent même doublement, parce que, vers le milieu du xvi°siècle, le marc de métal achetait moins de marchandises qu’au xv c et parce que la monnaie de compte, la livre tournois, contenait moins de métal de fin.

Les rentiers et toutes les personnes vivant d’un revenu fixe en argent éprouvèrent le même sort.

Au contraire, la classe bourgeoise, marchands et artisans, dut en général profiter du changement, puisque l’industrie et le commerce se développèrent pendant cette période.

H n’en fut probablement pas de même pour la classe ouvrière. Le salaire nominal, c’est-à-dire le prix de la journée, s’éleva peut-être un peu pendant la première partie du siècle, quoique les documents publiés jusqu’ici sur la matière ne permettent pas d’être affirmatifs à cet égard. Ce n’est que dans la seconde moitié du siècle, à partir de Charles IX, que les édits royaux se firent l’écho des plaintes sur la «cherté excessive Ale toutes choses» et essayèrent d’opposer la barrière d’un maximum au renchérissement

W Malestroit et Bodin ont efïlétiré la question de la valeur sociale de l'argent.

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des marchandises et des salaires. Parmi ceux qui proféraient ces plaintes étaient les ouvriers dont le prix de la journée n’avait augmenté qu’à la suite de réclamations sur l’impossibilité de vivre au taux ancien; or, cette augmentation venait tardivement, comme à la remorque du prix de la vie. Le xvi e siècle n’est pas la seule époque où un abaissement prolongé de la valeur de la monnaie ait été préjudiciable à la condition des salariés. Mais il est juste d’ajouter, comme contre-partie, que l’activité économique, que sollicite d’ordinaire l’accroissement du capital métallique, procure plus d’emploi au travail. Il est possible que l'effet ait commencé à s’en faire sentir, légèrement toutefois, sous le règne de François I er

Pour [Thistoire de la révolution des salaires, des denrées et de tous les pria?

monétaire du xvi“ siècle (i5oi à 1600 ) , en général depuis Van 1200jusqu à Van

nous avons déjà renvoyé à l 'Histoire des 1800 J par M. le vicomte G* d'âvexël, classes ouvrières et de V industrie en France 4 vol., passîm r parties lié rement t. I,

avant 1789 f seconde édition,par E.Le- p. 6 i, i36, ^45, 336 et suiw T

vasseur, liv. V, chap. 11 (second volume) 3 y 5 , 43o; t III, p, 2y, 38, no, 201, et à Y Histoire économique de la propriété 2 6 5.

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