IV. - DOCTRINE ET CONCLUSIONS
Les faits les plus remarquables qui ressortent de nos recherches sont les deux suivants :
1° La réplétion des ventricules a lieu par un mouvement rapide, qui précède immédiatement la systole proprement dite ;
2° La diastole n'est pas la dilatation ; elle est simplement le temps du repos ou de la relaxation des fibres musculaires, pendant lequel les ventricules sont ou vides ou ne renferment qu'une quantité minime de sang.
Ainsi, nous aurons à distinguer trois temps se succédant dans l'ordre suivant :
1° La dilatation ventriculaire;
2° Le resserrement ventriculaire ;
3° Le repos.
C'est l'ordre proclamé par Vésale.
Terminologie. — Comme dans les théories régnantes on avait fait coïncider la dilatation ventriculaire avec l'étal de repos, on a pris l'habitude de donner an mot diastole le sens de dilatation. Le dictionnaire grec nous apprend cependant que diastole n'est pas l'opposé de systole : lucxokri veut dire contraction; tandis que le véritable sens de Aiaozolh est séparation, distinction; les musiciens se servaient du mot pour désigner le silence, la pause. C'est le temps qui sépare, qui distingue chaque systole de la systole suivante; c'est le temps du repos '.
Je considère donc comme un avantage de pouvoir conserver le mol diastole pour désigner le temps du repos. De celle manière , on s'éloignera le moins du langage usité parmi les médecins; le ton qui se fait entendre à la fin de la systole, et les bruits appartenant au temps de repos, s'appelleront comme auparavant le ton et les bruits diasloliques. Mais que sera-ce de la dilatation ?
Je propose d'y consacrer le mot présystole , introduit d'abord par M. Fauvel el par Gendrin, quoique dans un sens différent du nô-tre2. Il sera établi, dans l'article suivant , que la dilatation ventriculaire s'opère par la contraction de certaines fibres musculaires, et qu'elle s'accompagne de la contraction des oreillettes. Elle est donc le premier temps de la systole, telle qu'elle avait été comprise avant nous; elle précède immédiatement et comme un échappement la systole telle que nous la définissons; elle peut s'appeler présystole.
Le mot systole est réservé pour le deuxième temps, ou le resserrement ventriculaire.
Pour ce qui regarde les oreillettes, il ne me semble pas nécessaire d'y
1 Haller lui-même, après avoir mis pour ainsi dire en équation les termes dilatatio — remissio = diastole = requies (Elem. Physiol., éd. Laus., 1757, t. I, p. 386), semble déjà appliquer le mot diastole plus particulièrement à dilatation : « Cor quidem diastolen ex sua natura non moliri, sed quietem» , dit-il au même paragraphe.
2 Gendrin {Leçons sur les maladies du cœur, t. I, p. 31) s'est servi du mot pour désigner la fin de la grande pause, ou le moment qui précède immédiatement la systole, prise dans le sens ordinaire. La présystole, dans sa manière de voir, n'est pas un acte du cœur; elle est une simple abstraction séméiologique.
appliquer des termes analogues. Je suis même convaincu que c'est en parlant de la systole et de la diastole auriculaires, qu'on a fait naître des difficultés réelles et une confusion qui a égaré beaucoup de monde. Revenons , sous ce rapport encore, à la manière de voir des anciens, qui, sous le mot cœur, ne comprenaient que le cœur ventriculaire. Une distinction entre systole et diastole des oreillettes n'aurait d'ailleurs aucune portée , puisque ces réservoirs ne se vident jamais complètement , et que leur mouvement doit être comparé plutôt à un simple tiraillement qu'à une contraction rhythmique.
Ceci posé, il sera utile de résumer sous forme didactique la doctrine que les précédentes pages tendent à établir.
Description des mouvements du cœur. — Chaque révolution du cœur comprend trois temps : la présystole, la systole et la diastole. Pendant les deux premiers, le cœur est actif; il est en repos pendant le dernier.