EAUX DE PARIS
Jusqu’à la fin du dernier siècle, la métropole française n'avait été alimentée que par une faible quantité d'eau
provenant de quelques sources ou puisée dans la Seine. Le 47 février 1777, le roi accorda un privilège de d5ans aux frères Périer(l) pour la distribution des eaux dans Paris au moyen de pompes à feu. 4 ,440,000 fr. divisés en 4 ,200 actions formèrent le premier fonds de la société. Ce capital fut porté plus tard à 8,800,000 fr. Il ne s’agissait cependant que de fournir 150 pouces d’eau de la Seine (chacun de 19,1955 mètres cubes par 24 heures ). L’entreprise des frères Périer eut peu de succès. Les intérêts privés qui s’y rattachaient suscitèrent de vives controverses auxquelles prirent part Mirabeau et Beaumarchais ; enfin, en 1788, la ville de Paris acheta le privilégeet tout le matériel de la compagnie qui était à la veille de faire banqueroute, au prix de 18,560 mille livres ( 5,1 00 actions à 5,600 1.). Le bénéfice annuel, suivantM. Girard, n'avait jamais dépassé 112,161 livres.
Sous le gouvernement impérial, le canal de l’Ourcq, proposé depuis long-temps fut construit aux frais de la ville de Paris, dans le double but d’alimenter les fontaines publiques et les canaux de Saint-Denis et Saint-Martin. M. Girard évaluait le volume d'eau présumé de cette dérivation à 5,0188 mètres cubes par seconde ou à 260,820 mètres cubes par jour. La dé-
(1) Des Eaux de Paris, par M. Girard , ingénieur eu chef , directeur du canal de l’Ourcq.
Les frères Périer dont il est ici question n’appartenaient point à la famille dauphinoise dont Casimir Périer a été le plus illustre représentant. Avant 1777, XI. de Parcieux avait proposé de dériver pour les besoins de la Capitale, 1,200 pouces de ry>clte, cl XlXl. Perronnet et Cliezy 1,500 pouces de la Bièvre.
pense totale de cet ouvrage, dit M. Genieys (\) , s’est élevée à 24,526,208 fr.,5^. Les revenus annuels sont de 4 4 0,000 fr. et seulement de 60,000 fr. à cause des frais d'entretien. 60,000 fr. de revenus représentent un capital de 't ,200,000 fr. Les 4,000 pouces (de 4 9,4 95 litres par 24 heures ) que la ville de Paris s’est réservée le droit de prendre dans le canal de l’Ourcq lui coûtent donc 25,4 26,278 fr. Il reste 5,000 pouces, pendant l’été, pour les besoins de la navigation ; en sorte que la quantité d’eau amenée dans le bassin de la Villette est assez souvent réduite à 7,000 pouces anciens (4,5552 mètres cubes par seconde). M Emmery, ingénieur en chef des eaux deParis, annonce (2) que les 4,000 pouces dont la ville dispose pourront être portés à 5,000 pouces par l’introduction des eaux du Clignon dans le canal de l’Ourcq" (5). Outre les 25,426,278 fr. dépensés pour le canal de l’Ourcq , les travaux existant dans Paris en 4829 pour la distribution des eaux étaient estimés 40 millions; et une somme de 20 millions était encore jugée nécessaire pour compléter ces travaux. Une ordonnance royale du 25 décembre 4829 autorisa la ville à concédera l’industrie privée le service général des eaux. D’après le cahier des charges, la compagnie adjudicataire devait s’engager à distribuer au moins 6,075 pouces
(1) Essai sur l’arl de conduire, d’élever et de distribuer les eaux, 1829.
(2) Slatlsliqtie des Eaux de Paris, voy. Annales des Ponts-et-Chaussées, I8ft0.
(3) Les eaux du Grand-Morin pourraient aussi alimenter le canal de rOurcq , à Meaux , à l’aide d’un pont-aqueduc sur la Marne. Le Grand- Morin fournirait une quantité d’eau considérable.
d’eaiij savoir : 4,000 pouces de l’Ourcq ; 75 pouces environ provenant des sources d’Arceuil. des prés Saint-Gervais, de Belleville et de Menilmontant ; 2,000 pouces au minimum qui seraient élevés de la Seine. Sur celte quantité totale^ 5,800 pouces destinés aux fontaines gratuites ou d’ornement devaient être livrés gratuitement à la ville. Le prix des eaux aux fontaines marchandes était limité à 9 centimes par hectolitre. Le bas service consistant à fournir des eaux de la Seine sur tous les points de la capitale* jusqu’à 5 mètres audessus du sol était seul obligatoire pour la compagnie. Le haut service ( au-delà de 5 mètres de hauteur ) étai^ facultatif pour elle. Le prix des eaux du bas service ne pouvait excéder 5,000 fr. par pouce et par année (Ofr. 714 par mètre cube). Toutefois, pendant les douze premières années de sa concession, la compagnie aurait eu le droit demaintenir les prix existans de 7,000 f. le pouce pour les eaux de la Seine et de 1 ,000 fr. le pouce pour les eaux de l’Ourcq. L’adjudicataire était tenu de satisfaire gratuitement à toutes les concessions gratuites accordées précédemment par la ville et de faire à ses frais le service des bornes-fontaines et des bouches d’eau. La durée de la concession était fixée à 99 ans. La ville devait prélever une part proportionnelle de 40 centièmes au moins du produit brut général de toutes les ventes d’eau. L’adjudication devait être tranchée en faveur de la compagnie qui aurait offert le plus de centièmes au-dessus de ce minimum.
L’adjudication de cette entreprise fut annoncée longtemps à l’avance; mais il ne se présenta aucun soumissionnaire sérieux, ce qui ne doit point étonner, lors-
qu’on song^e au volume d’eau consacré au service des fontaines gratuites et monumentales. La ville de Paris se chargea elle* même de l’exécution des travaux projetés, et à la fin de ^859, ils étaient déjà fort avancés. Voici, à cet égard, quelques détails extraits du récent ouvrage de M. Emmery.
Le développement des 4550 rues, quais, etc. de Paris, est de 275 kilomètres dont il faut retrancher 25 kilomètres pour les zones que ne peuvent arroser les eaux de l’Ourcq. Au 4®' novembre 4859 , sur 4 75,4 54 mètres de conduites en fonte , 454,840 mètres étaient exécutés et 58,524 étaient projetés. De ces 4 75,4 54 mè-’ ires de conduites, 2,552 ont un diamètre de 0^50; 52,568 ont un diamètre de 0'”25 à 040, et 448,254 sont au-dessous de 0'”25 (4).
Les écoulemens publics se composent, à Paris :
4° Des fontaines banales à l’usage de tous , même des porteurs d’eau à bretelles;
2o Des bornes-fontaines où le puisage est gratuit encore mais réservé aux particuliers et restreint aux seuls usages domestiques;
5'’ Des fontaines marchandes où la vente de l’eau se fait en détail en tonneau ou au sceau par la ville.
(1) Avant 1833 , a dit le préfet de la Seine (M. de Rambuteau), Paris ne possédait que 43,752 mètres de conduite en fonte ; depuis 1833 jusqu’au mois de novembre 1841, on en a posé 121,659 mètres; longueur totale 165,411“». Les autres travaux de la voirie de Paris consistent en :
Bornes-fontaines.
Egoûts.
Trottoirs.
Chaussées bemb.
Exécutés avant 1833. 390
— depuis 1833. 1,158
55Gélablisseinens industriels alimentés en ^859 par les eaux de TOurcq absorbent \ ,032 kilolitres par jour; leur consommation varie de 4 ,5 à 50 kilolitres. Le bain en eau de TOurcq est taxé à 5 centimes ( à raison de 0 fr., 0157 r hectolitre ) ; le bain en eau de Seiiie est taxé à Ofr. ^2.
d ,054,000 bains de la première catégorie absorbent d ,054 kilolitres par jour et produisent 52,700 fr.
585,500 bains de la deuxième catégorie absorbent 5d0 kilolitres par jour et produisent 70,020 fr.
Le prix de Teau est bien plus élevé pour Tabonnement ordinaire à domicile. Il est de d ,000fr. par an et par 20 mètres cubes fournis chaque jour ( soit de Ofr.,0175 par kilolitre). Tel est le tarif des eaux de rOurcqqui valent au moins celles de la Seine. Aux fontaines marchandes, le prix est de 0 fr. 09 par hectolitre, par assimilation au tarif des eaux de la Seine qui a varié de 5d à 40 fr. par an pour d hectolitre par jour ( Ofr. 09 à 0 fr. dd25 j. Aujourd’hui le prix des eaux de la Seine livrées à domicile est uniformément de 40 fr. par an pour une livraison quotidienne d’un hectolitre. Le prix de vente aux fontaines marchandes doit en outre comprendre les frais de filtrage et d’épuration. Le filtrage coûtait d à 2 centimes par hectolitre. A raison de ces frais, le prix de vente va être porté à Ofr. dO par hectolitre. En \ 859, le produitdes fontaines marchandes a été, à raisondeOfr. 09 par hectolitre de433, 498 fr. 05 et la somme des affermages d’eau à domicile a été pendant la même année :
Pour les eaux de rOurcq (1 ,500 abonnés) d 60,025 »
— de Seine et de sources (400 id.) d G 1,970 53
î^o produit total s’cst élevé à 755,495 fr. 58 c. — Jusqu’à présent , la vente en détail a produit plus que les abonnemens à domicile, mais tout tend à amener un jour un résultat inverse (en J851 , les abonnemens en eau de TOurcq n’ont produit que 74,098 fr. 50 c. )
11 y a à Paris 84 fontaines pour le service journalier , dotées de 4,000 kilolitres ou de 200 pouces, et JG fontaines à grands effets d’eau dotées de J ,200 pouces. (Les deux fontaines de la place de la Concorde débiteii ensemble 700 pouces ou 8,750 kilolitres par 24 heures ; elles ne fonctionnent que pendant J 5 heures.) J 50 étabbssemens publics alimentés gratuitement , reçoivent 6,000 kilolitres d’eau par jour; le nombre des bornesfontaines doit être porté à 2000, chacune de ces bouches d’eau est placée à un faite de pavage pour laver les deux versans du même ruisseau et débite un pouce d’eau ancien (J9,1955 mètres cubes en 24 heures). Ce pouce d’eau doit être versé en 5 heures et le lavage est fait à trois reprises différentes en été. — Les 15 fontaines marchandes dont une seule est alimentée par rOurcq , fournissent aux porteurs d’eau 1 ,520 kilo" litres par jour, terme-moyen (GG pouces).
On compte 155 jours d’arrosement par an , à 1 litre par mètre carré et par service. Sur la route de Neuilly, avec des accotemens en terre , on a dépensé jusqu’à 1 ,60 litre. Les arrosemens doivent se faire au tonneau. 11 serait trop long d’énumérer ici tous les avantages (1)
(1) Le système actuel de lavage des ruisseaux et des ègoûts de Paris nous paraît très-défectueux. Les égouts n’ont servi jusqu’ici qu’à l’écoulement des *iquidcs, et aucune communication n’existe entr’eux et les fosses d’aisance*
que procurent à la capitale les eaux abondantes dont elle est pourvue. Ces eaux sont généralement de bonne qualité^ et M. Emmery combat en ces termes^ le préjugé qui a long-temps repoussé celles du canal de l’Ourcq.
« Les eaux de l’Ourcq sont infiniment préférables 5 toutes les anciennes eaux de source de Paris, même aux eaux d’Arceuil , si belles, si cristallines en apparence; c’est, en effet, dans leur constitution chimique, que les eaux doivent avant tout être jugées, notamment par la moindre quantité de sels et surtout du sulfate de chaux qu’elles contiennent. L’eau de l’Ourcq n’a donné pour 4 5 litres, que 0 gr. 257 de sulfate calcaire, lorsque l’eau d’Arceuil en contient 2 gr. ^528 (analyse de MM. Thénard et Colin). Par suite de cette faible quantité de sulfate de chaux , Peau de l’Ourcq cuit parfaitement les légumes, est tout à fait propre au savonnage ; toutes les industries et en particulier les teintureries n’emploient pour ainsi dire plus d’autre eau
A la vérité , ainsi que M. de Parcieux l’a fait remarquer pour tous les petits cours d’eau , Peau de POurcq présente en été une légère saveur herbacée , mais cette
Les eaux ménagères et autres circulant sur le pavé, à droite et à gauche de chaque rue, laissent exhaler des miasmes fétides jusqu’à leur entrée dans les aqueducs souterrains. Les bornes-fontaines , quoique trés-mullipliées, sont n suffisantes pour entretenir la propreté de la voie publique, surtout lorsque le sol est horizontal. Elles ne peuvent fonctionner pendant les’gelées, et l’eau qu’elles répandent , incommode pendant l’hiver, ne 'dispense pas , en été , des arrosages au tonneau. Il est bien préférable de distribuer cette eau dans les maisons particulières et de la jeter directement dans les égodts avec les produits des fosses d’aisance. Nous verrons plus loin ce qu’il y aurait à faire à Lyon.
savoiii* disparaît conipIMcmônt par le filtrage au charbon. »
On sait que les eaux les plus pures sont, en général , ^elles des fleuves; voici, d’après M. Colin , quelle est sur ^5 litres la proportion des élémens constitutifs des eaux de Paris :
Eau de la Seine^ 48 cenlil. 82 de gaz et 2 gr. 615 de sels.
Eau de la Bièvre ( avant son entrée dans Paris ), 55 centil. de gaz et 0 gr. 824 de sels , dont 5,758 de sulfate de chaux, et 2,047 de carbonate de chaux.
Eau de l’Ourcq, 52 cenlil. de gaz et 2 gr. 88 de sels.
Eau de Belleville et de Menümontant, 65 centil. de gaz et 24 gr. 755 de sels , dont M gr. 04 de sulfate et 5 gr. 85 de carbonate de chaux.
M. Gueymard assure, d’aprèssa propre expérience , que les eaux produisent des incrustations calcaires dans les tuyaux lorsqu’elles renferment 25 centigrammes de sels anhydres et plus par litre , et des tubercules ferrugineux , dans le cas où elles contiennent moins de 25 centigrammes de sels. Les eaux de Grenoble qui, de 4 826 à 1855, avaient produit des concrétions ferrugineuses de 10 a 24 millim. de saillie , n’en contiennent que 9 à 40 cenligr. Ces sels ne sont presque que du carbonate de chaux.
Calculons quelle est la somme dépensée annuellement par les babitans de Paris pour le service des eaux. On a vu plus haut que le canal de l’Ourcq, déduction faite des produits particuliers, a coulé 25,4 26,268 fr. L’intérêt à 5 p. O/Ode ocUe somme est de 4 ,4 56,51 4fr.
Intérêt des frais d’établissement des conduites en
fonte, des fontaines, etc
Entretien et renouvellement des con-
duites 4 pour 0/0 500,000
Entretien des machines à vapeur (4) et de la pompe Notre Dame. . . . 400,000
Transport à domicile de. 099, 560 kilolitres d’eau , à raison de 5 litres par habitant et par jour (2) et filtrage
d’une partie de cette eau 4.,545,044
Frais de surveillance et main-d’œuvre de fontainiers 50,000
Dépense annuelle. 7,451,558fr.
Le volume d’eau fourni à la capitale s’élève à 86,475 kilolitres par jour ou h 51 .,565,575 kilolitres par an. C’est 4,505 pouces ancienne mesure ( de 4 9,4 955 ki-
lolitres par 24 heures) provenant :