SUR LES
O Ndoit peut-être rapporter l’origine des navires en fer à une invention de Démétrius Poliorcète^), lorsqu’il assiégeait Rhodes, l’an 3o4avant l’ère vulgaire. Il fit bâtir en bois une e'norme tortue, portée sur huit roues, et surmontée par une tour qui avait environ i5o pieds de haut. Cette machine surpassait non-seulement par ses dimensions toutes celles du même genre , qui avaient jadis été construites, mais de plus, trois de ses côtés étaient couverts de lames de fer , afin que les feux lailcés par l’ennemi ne pussent l’incendier ( 2 ). Jusqu’alors on avait seulement
(1) Athénée ( hinzvaao’fi'ii , Hv. 5, chap. 6) altribae cette invention à Dioclikes d’Abdère. Mais les autres écrivains de l’antiquité en font honneur à Démétrius, et il est d’autant plus juste de respecter leur sentiment à ce sujet, qu’il y a peut-être eu moins de princes qui aient su apprécier les inventions et les découvertes nouvelles, que d’artistes et de savans capables de les trouver.
( 2 ) Cette machine fut nommée kélépole ou preneuse d*
employé dans la même vue des peaux de bœufs fraîchement écorchés , et de grosses étoffes trempées dans l’eau, ou dans du vinaigre. Après le siège de Rhodes , ce dernier procédé, et plusieurs autres qui n’en différaient pas essentiellement, restèrent en usage, parce qu’ils étaient faciles et peu dispendieux ; mais lorsque les temps, les lieux et les ressources le permettaient, on ne négligea pas toujours de couvrir avec des lames de métal les tours ambulantes et autres hélépoles (i). Philon proposa même de construire totalement en airain, ou en fer , les tortues , les ponts d’escalade et toutes les machines employées pour prendre les villes (2).
villes. Depuis, les machines semblables reçurent le même nom- Il fut donné aussi , comme terme générique r ans tortues , aux sambuques , aux. corbeaux démolisseurs , etc. ( Plutarque , Vie de Démélrius. — Diodorus Siculus r interprète L. Rhodomano , lib. 20 p. 817,» Banovice , 1604. — V stçres Mathematici , p. 7 , 4 2 et *°8 , edit. à Thevenot; Parîsiis , i 6 g 3 . — etc.
(l)Ex tuv A~ol),ooo>pO'j n<AioGKJîTixa. — Extuv <t>iiwvo; BsXo- «touxmv foy»; E t in veleribus mathematicis, pages 3 g et qh>. —Josèphe,Guerredes Juifs, liv. 7, chap. 33 . — Diod Sicul. ut suprà, — Ammianus Marcellinus , lib. 19, cap. 5 et 7. — Histoire de Polybe , avec les commentaires de Folard , tom. 2, p. 179.— Bohadinus ; interp. A. Schultens, p. 141 et 167 , Lugd. Balav. 1732. — Schiller s Historiche abhanlungen, tome 3 , section i r *., p. 91. — Etc., etc.
(a) Ex tgw xmv >9705 A'xxi e’ : in veleribus mathema-
Le même auteur parle de navires cataphractes (x). Or on sait qu’on appelait catapliracte
ticis, p. 70. 77 et 99. — AIcxandre-le-Grand avait muni de portes de fer la ville qu’il fit construire, auprès de la mer Caspienne, pour arrêter les irruptions des barbares: Cette ville, comme on le sait, fut appelée la Porte-de-Fer. Plus tard, quelques places fortes eurent aussi des portes de ce métal ( Ammianus MarceLlinus , lib. 3 o , cap. 5 ). Du reste, il ne parait pas qu’aucuue grande machine, destinée à la guerre ait jamais été fabriquée tout yi fer; et un des premiers édifices qui aient été entièrement faits avec ce métal semble être une petite mosquée que le calife Yalid, l’an 126 de l’hégyre, entreprit de faire transporter à la Mecque (lilmacin , Histoire des Sarrasins , traduite par Yattier, p. 91 ). Dans le dix-septième siècle , Gustave-Adolphe eut le projet de fabriquer des fortifications avec des morceaux de fer en forme de pierres de taille (Mémoires de Montecuculli , trad. par Turpin de Crissé, tom. 2 , pag. ig2 , Paris 176g).
(1) Ex twï BsWoitxus Xoyot E : in vcleribus mathemalicis r ipage g8. Nous devons dire que plusieurs auteurs ont fait mention de navires cataphractes , sans donner à entendre que des lames démêlai en couvrissent les murailles. Peutêtre les anciens ne prétendaient-ils désigner , par cette expression, que des navires abondamment pourvus d’armes, ou portant des soldats cataphractes. 11 est certain cependant que les vaisseaux de guerre , à l’imitation des machines de siège , furent parfois couverts de cuir et de grosses étoffes qui les préservaient jusqu’à un certain point de l’incendie et du choc des projectiles. Les troupes étaient aussi dans l’habitude , en s’embarquant, de ranger leurs boucliers autour des navires , ce qui formait une sorte de bastingage métallique.
nn cavalier et son cheval, entièrement couverts de fer (i) j et il est pre'sumable que Philon a voulu parler de navires garnis à l’extérieur de lames de fer ou d’airain ; car il a recommandé, dans le même passage, de mettre à l’abri du feu , par ce moyen , les hélépoles et autres machines de siège. Enfin, c’est quelques lignes plus loin qu’il propose de construire ces machines totalement en fer, ou en airain.
L’idée de couvrir les navires en fer , à l’imitation des hélépoles, n’appartenait pas d’ailleurs à Philon : près de deux siècles avant > l’époque où il écrivait , on avait admiré dans le port de Syracuse et dans celui d’Alexandrie up vaisseau colossal qui était couvert de fer (2). Mais il est douteux que les anciens aient jamais songé à construire des navires totalement en fer, ou en airain. Le premier projet en ce genre, qui nous soit connu, ne remonte qu’à l’an-
(1) Titus Livius , lib. 35, cap. 48, et lib. 37 , cap. 40. — Ammianus Marcellinus , lib. 16, cap. 2. — etc., etc.
(2) Les hunes , qui étaient remplies de combattaus , étaient faites d’airain. Moschion composa un livre entier pour décrire ce navire. Hiéron , tyran de Syracuse, en fit présent à Ptolémée Philadelphe. Les principaux ingénieurs furent Arcliitas de Corinthe et l’immortel Archimède. (A0>jv«tou AiHrvodOipupi, Iiv. 5, chap. 6.)
Digiti2
née 1 644- 0» I e doit au savant et ingénieux Mersenne (i).
Un siècle et demi plus tard , comme il a déjà été dit (a), on s’est avisé d’appliquer des barres de fer sur diverses machines flottantes.
Mais le nautilus de Fulton est peut-être la première embarcation qui ait été construite tout £n rçtétai (5). Quinze ou seize années plus tard , c’est-à-dire en i 8 i 6 ou'i 8 i 7 , un bateau eu fer forgé , nommé le Vulccm long de 65 pieds , et large de i3, a été employé en Écosse , sur le canal qui unit là Forth et la Clyde (4). Un nayire plus grand, mais de la même espèce, fut essayé sur mer en 1818 . Venu d’Angleterre à Smyrne, dans le mois de juillet, il quittait
* (i) Cogilata physico-mntliemalica , lib. 2 : navis sub
aquis natans ; Pprisns , 1 6/j 4 - *
(2) Notice sur Fulton : Annales de l’industrie, n°. de décembre 1822.
( 3 ) La carcasse était en fer, recouverte de feui]Ics de
cuivre, selon ce que rapporte M. Brizé Fradin , sans l’af-, *
firmer précisément ( Chimie pneumatique , etc. , p. 80 ;
Paris 1808 ). Mais , dans le rapport manuscrit sur le bateau sous-inarin de MM. Coëssin , il est dit positivement que I e nautilus étaiten métal. Ce rapport, datédu 1 1 avril 1810, est revêtu des signatures de MM. Sané , Biot ,
Monge et Carnot.
( 4 ) M. Henry Beighton dirigea sa construction. M. John Robinson a publié ses plans et sa description. [Reperlorjr of arts , manufactures and agriculture , Mardi 1821, pag. 242 and following. )
io
cette dernière place à l'instant où j’y arrivais. L’ingénieux M. Simond, vers i 8 i 5 , avait prédit et recommandé la substitution du fer au bois,
dans les constructions navales (i).
Trop souvent les innovations les plus importantes furent proposées par des Français, et exécutées par des étrangers. C’est à un habile spéculateur et artiste anglais, que nous devons le bateau à vapeur en fer, nommé X Aaron Manhy , qui navigue maintenant entreParis et leHavre. Sa longueur est de i oo pieds , et sa largeur de 16. lia été construit dans les ateliers de M. Aaron Manby , à Horscley , près de Birmingham. Le Commerce de Paris , construit dans les mêmes ateliers et destiné au même service , est arrivé ici dans le mois d’août. 11 est long de 1 16 pieds, et large de 18 pieds et demi. Voici la description du premier.
Les principales pièces de la membrure de X Aaron , c’est-à-dire les couples elles baux, sont composées chacune de deux bandes ou lattes de fer forgées ensemble, et unies à angle droit, comme une équerre. Ces lattes ont environ 6 ligues d’épaisseur, sur 2 pouces et demi et 4 pouces de largeur. La plus large est perpendiculaire aux parois du navire; l’autre leur est parallèle.
(1) Vovage d’un Français en Angleterre , pendant le» années ibro et 1 8 1 4 > *'• édit.
C’est sur cette dern ière que sont attachées, avec des rivets , les feuilles de tôles e'paissesde deux et de trois lignes, qui tiennent lieu des bornages ordinaires. Ces feuilles sont posées horizontalement bout à bout, de manière à former une virure. Une bande e'troite , en tôle , recouvre intérieurement les joints perpendiculaires à la quille., et deux rangées- de rivets fixent sur cette bande l'extrémité des feuilles contiguës.
Chaque virure est d’ailleurs disposéède manière , à recouvrir légèrement la virure placée immédiatement au-dessous d’elle, comme dans les embarcations à clin; de nombreux rivets consolident celte seconde espèce de joints. Le tout ressemble aux grandes chaudières , qui appartiennent à certai nés usines , et notamment aux machines à vapeur.
La carène, en conséquence, est hérissée des têtes saillantes des rivets ; ce cpii augmente beaucoup la résistance du fluide. Dans plusieurs antres navires en fer, construits en Angleterre, tëlstjue le Vulcan , on a fraisé les trous des feuilles dé tôle , et la tête des rjvets ne dépasse plus rien. La main-d’œuvre est accrue, et la solidité des assemblages est diminuée par ce procédé.
En voici un autre qui nous semble préférable; d’autant qu’il permettraitde supprimer presque toutes les piècos de la membrure.
(1 faudrait plier à angles droits les quatre cô-
tés de chaque feuille de tôle; placer entièrement ces rebords les uns contre les autres ; et les traverser par des boulons à écrou. Les feuilles de tôle seraient posées perpendiculairement à la quille , dans le sens de leur longueur, afin que leurs rebords figurassent des couples, très-rapprochés les uns des autres. Rien n’em pêcherait d’ailleurs de consolider ces rebords, en appliquant contre eux des bandes de fer , et en les traversant par les mêmes boulons. Les rebords parallèles à la quille tiendraient lieu de précintes et de pnracloses . On placerait entre eux , dans les oeuvres mortes, des bandes de fer qui feraient le tour du navire , et qui seraient solidement fixées les unes au bout des autres. Elles formeraient de fortes ceintures, et le .navire ne contracterait jamais un arc sensible. Des boulons à écrou, en fer coulé, seraient plus solides , plus commodes et plus économiques que les rivets.
be pont ou tillac de ['Anton , quoique soutenu par des baux en fer , est bordé avec des planches , comme cela se pratique dans les navires en bois(r). Il n’y a que les panneaux des écou-
(i) Si l’on adoptait le système d'assemblage que nous venons de proposer, il conviendrait peut-être de l’étendre au tillac et aux autres ponts. Le navire en serait plus imperméable et plus incombustible. Mais pour des raisons
tilles qui soient tout en fer. Voici les principaux motifs de cette disposition. »
i°. De la tôle sur laquelle on marcherait , et sur laquelle tomberaient quelquefois des corps pesans , serait plus sujette à se fausser que celle de la carène, qui n’est pas expose'e aux mêmes inconvéniens , et qui est fortifiée par la pression de l’eau (i). 2 °. Des planchers en fer seraient très-güssans, s’ils e'taientfréquemment nettoyés; et , dans le cas contraire , la rouille les couvrirait promptement. De la peinture , ou un enduit quelconque , sans cesse endommagé par les pieds, serait un faible remède contre les oxidalions. 3°. Le fer étant un très-bon conducteur de calorique, on ressentirait une chaleur insupportable dans l’intérieur du navire, lorsque le soleil frapperait sur un tillac de ce métal. Cette même considération a fait établir, autour de l'entrepont , une boiserie qui rc-
d’élëgance et de commodité, on couvrirait d’une espece de parquet en bois toute partie en fer sur laquelle on marcherait, et surtout le tillac qui est si directement exposé * aux ardeurs du soleil.
(i) Des hommes de l’équipage de 1 ’Aaron, pour prouver la solidité de leur navire, ont pris devant nous une forte barre en bois , et en ont donné des coups violens sur les feuilles de tôle de la carène. Mais ce sont les chocs de dehors en dedans qui défonceraient facilement cette partie du navire. * *
pose sur l’arête intérieure des couples. Il y a , en conséquence, un espace d’environ 4 pouces entre cette boiserie et les parois en fer.
D’après les renseignemens qte M. Manby a eu la complaisance de nous donner , les machines et la coque de 1 ' Aaron lui ont coûté en tout