‹ Mémoire sur les perceptions obscures [microform], suivi de la discussion avec Royer-Collard, sur l'existence d'un état purement affectif, et de trois notes inédites sur la nature de l'influence de la volonté, sur la perception de la dureté, sur l'objet de la philosophie de l'esprit humainChapitre 18 sur 21 · LINFLUENCE DE LA VOLONTÉ SUR LE CORPS · texte numérisé non relu

LINFLUENCE DE LA VOLONTÉ SUR LE CORPS

des choses fausses ou mal vues; d^abord il n'est point essentiel à la volonté ou à la force motrice d'avoir la connaissance objective des moyens de son action mais seulement le sentiment ou l'aperception immédiate interne du terme sur qui cette action se déploie. La connaissance des moyens employés pour mouvoir, appartenant à une autre faculté toute différente, qui pourrait être sans la volonté comme la volonté sans elle.

Dans le déploiement de Telfort volontaire l'àme a le sentiment intime de la résistance organique du terme sur lequel sa force se déploie et ce sentiment comprend d'une manière indissoluble celui de l'action exercée, en vertu duquel le moi s'aperçoit.

M. Bonstetten cite l'exemple d'un général qui est dit métaphoriquement faire marcher son armée, et il croit qu'on dit de même que Vâme fait marcher le corps. Cet exemple est tout à fait mauvais. Une volonté qui contribue à mettre en action d'autres volontés ne peut être comparée à l'influence même médiate d'une force intelligente sur les organes dont elle sent et s'approprie les contractions. L'exemple du pilote souvent cité ne vaut guère mieux ; le pilote fait avancer son vaisseau, mais il n'en sent pas les mouvements; ainsi serait l'àme qui connaîtrait objectivement les ressorts employés par le mouvement corporel.

La physiologie s'est proposé ce problème : comment la volonté peut-elle mouvoir ou contracter les muscles? En supposant que le problème fût résolu dans le cas du mouvement purement animal déterminé ou forcé par des appétits ou des impressions extérieures, il ne le serait point et ne saurait l'être pour le cas où une volonté, une force hyperorganique, crée l'effort constitutif du moi; car ce qui constitue la cause, l'efficace de la cause, ne se représente point, mais s'aperçoit intérieurement; et la manière môme dont le problème est posé se fonde sur cette sorte d'antinomie des facultés très bien relevée par Kant, qui fait que nous voulons toujours expliquer «par l'emploi d'une faculté ce qui est du ressort d'une autre faculté toute différente.

Toutes les recherches sur les causes, les forces, ou leur manière d'agir supposent également l'ignorance du principe ou du fait primitif qui sert de base à toute idée de force ou de

cause efficiente : savoir, le sentiment immédiat de l'action de la force motrice qui est moi, le sentiment généralisé à l'aide des signes du langage, déplacé de sa base naturelle et transporté aux objets de la nature extérieure, fournit la matière de toutes les questions illusoires et insolubles de la métaphysique générale. On ne remontera jamais par la pensée au delà du moi et de l'effort primitif, auquel se rattache toute idée de cause efficiente ou de force.

Lorsqu'on tente d'expliquer le mouvement ou l'action de la volonté par des images empruntées du dehors ou par les idées de force extérieure, on ne s'aperçoit pas que l'on veut rendre raison d'un fait primitif, en employant pour l'expliquer des notions artificielles, qui en sont déduites ou dérivées, ou qui ne sont que ce fait même transformé.^

« La voicnté, dit-on, suppose toujours un objet, c'est-àdire, une idée dirigeante » il n'est pas vrai que ce soit là une condition aussi essentielle de la volonté que \d. direction l'est

au mouvement.

La force primitive n'a besoin que d'elle-même et d'un terme de déployement pour s'exercer, et avoir le sentiment de son action qui la constitue volonté. L'idée dirigeante ou objective n'est essentielle qu'au désir, et cette idée naît souvent de l'exercice même de la volonté.

« La volonté ne dépasse jamais le domaine des idées ». « Je ne puis placer que dans des agents matériels V exécution

de ma volonté ».

Si l'exécution appartient à des agents matériels, que devient la volonté? car ou ces agents sont subordonnés à la volonté, ou ils en sont indépendants. Dans le premier cas, la volonté s'exécute en mettant en jeu les instruments matériels, et on convient du résultat de ce qu on prétendait nier en principe.

Dans le second cas, la volonté n'est point une puissance; elle n'a aucun pouvoir réel, et celui qu'elle s'attribue sur les mouvements du corps est une pure illusion, puisque ces mouvements dépendent de certains agents matériels autres que le moi qui veux... Qu'est-ce quune volonté qui ne s'exécute point par elle-même? Lorsque j'ordonne quelque chose à mon valet, et qu'il m'obéit, je ne veux pas faire la chose que j'ordonne, je désire seulement qu'elle se fasse ; et c'est

MAINE DE BIRAN

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