NOTICE SUR LA VIE ET L'ŒUVRE
de
M AI NE DE BIRAN
v.mhr^^?^^ r ^'""^^'''J^ ^''^^ °aq"it à Bergerac, le 29 novembie 1.66. Le nom de Maine, qui ne figure pas dans l'acte de naissance du philosophe, provient d une petite terre du Péri<rord e Maine; de Biran l'ajouta à son nom patronymique vers sa ving' tieme année. ^
Son père était un médecin réputé pour sa science et son dévouement, en avait hérité une santé délicate, un tempérament impressionnable e mobile à lexcés, soumis à toutes les influences du dehors. De là une sensibilité extrême, qui flt le tourment de son existence. Ces dispositions organiques contribuèrent à le rendre psychologue. . Quand on a peu de vie, écrit-il en 1810, ou un faible sentiment de la vie, on est plus porté à observer les phénomènes intérieurs», et nous lisons dans le Journal de 1823 : « Dès l'enfance je m étonnais de me sentir exister; j'étais déjà porté, comme pa^ instinct, à me regarder au-dedans, pour savoir comment je pourrais vivre et être moi ». ^ ^
On l'envoya a làge de quinze ans à Périgueux, pour y suivre les classes dirigées par les Doctrinaires. Il en sortit à l'âge de dixhuitanspour s'engager dans la compagnie des Gardes du corps Pendant quelques années, il mena une vie de plaisir et de dissipation La douceur et le charme de sa physionomie, l'élégance de ses manières le tour délicat de son esprit, l'aménité de ses sentiments devaient ui assurer le succès dans le monde. 11 ne résista pas au desir de plaire. Mais la Révolution éclate. Aux journées du 5 et 6 octobre, lia le bras eflleuré par une balle. Peu après, la compagnie des Gardes du corps, à laquelle il appartenait, est licenciée. Il forme alors le projet d'entrer dans le génie militaire et dans ce but consacre deux années à l'étude des mathématiques. Puis, dans le courant de 1 année 1793, se rendant compte que sa qualité d'ancien
NOTICE SUR L\ VIE ET l'oEUVRR DE MAINE DE BIRAN
Garde du corps était un obstacle à tout avancement dans cette carrière, il y renonce, et rentre au château de Grateloup, près de Bergerac, dont la mort de ses parents l'avait rendu propriétaire.
Il vécut là deux années, non sans crainte d'être déclaré suspect et emprisonné comme le furent divers membres de sa famille. Pour oublier la tristesse des tem[>s, il se plongea de nouveau dans l'étude. Les sciences mathématiques, physiques, naturelles, les ouvrages des écrivains classiques occupèrent tour à tour ses loisirs; et il acquit ainsi, à l'exemple de tous les grands philosophes, une culture scientifique solide et des connaissances très étendues. Dès cette époque ses goûls le portent à rélude de la philosophie. 11 étudie Gondillac, Locke, Bonnet, Ilelvétius, et ses sympathies intellectuelles vont au sensualisme.
La chute do Robespierre apporta dans sa vie un profond changement. Le 14 mai 1795, il fut nommé administrateur du département de la Dordogne par le représentant du peuple Boussion ; et il se concilia si bien la confiance de ses administrés que ceux-ci l'envoyèrent au Conseil des Cinq-Cents, le 14 avril 1707. En 1705, il avait épousé la jeune femme d'un émigré, Louise Fournier.
11 siégea trois mois environ au Conseil des Cinq-Cents, son élection ayant été annulée à la suite du coup d'État du 18 fructidor. De nouveau il établit son domicile à Grateloup, le 1 "■ juillet 1798, et reprit avec ardeur ses études philosophiques. 11 travaille à un mémoire sur Vlnfluence des Signes qu'il a lintention de présenter au concours de Tlnstitul, mais qu'il n'a pas le temps d'achever. Le 6 octobre 1708, la classe des Sciences morales et politiques de 1 Institut ayant mis au concours un sujet sur l'Habitude, il le prépare et obtient, le 6 avril }80l, une mention trèshonorable, puis, le même sujet ayant été remis au concours, il obtient le prix le 6 juillet 1802. Le Mémoire sur l'Habitude fut imprimé en 1803. 11 lui valut les éloges de ses juges et le fit apprécier du monde savant. Il devint l'ami de Cabanis et de Tracy, et fut admis dans la Société d'Auteuil qui comptait parmi ses membres les principaux représentants de lécole sensualiste. C'est à la demande de ses amis d'Auteuil qu'il écrivit son travail sur les Rapports de i Idéologie et de6 Mathématiques (1804).
A cette époque se place un des événements les plus douloureux de sa vie. 11 perdit sa femme qu'il aimait tendrement, et dont •il avait eu trois enfants. Son àme fut profondément affectée par ce malheur, et ne trouva quelque adoucissement à ses peines que dans la méditation philosophique. H termina son Mémoire sur la Décomposition de la Pensée, qui était presque achevé, et remporta le prix de l'Institut, le 12 novembre 1805. C'est là pour la première fois que, avec la conscience nette de l'originalité de son point de