‹ Mémoire sur les perceptions obscures [microform], suivi de la discussion avec Royer-Collard, sur l'existence d'un état purement affectif, et de trois notes inédites sur la nature de l'influence de la volonté, sur la perception de la dureté, sur l'objet de la philosophie de l'esprit humainChapitre 5 sur 21 · NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE DE MAINE DE BIRAN · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE DE MAINE DE BIRAN

vue, il oppose aux philosophies antérieures, au dogmatisme métaphysique, comme au sensualisme, comme aux systèmes physiologiques de Stahl et de Bichat, une philosophie nouvelle, dont l'idée centrale est sa conception du moi, où viennent s'identifier la volonté et l'entendement. Ce mémoire devint la hase du Mémoire sur UAperception immédiate qui obtint, en 1807, un accessit accompagné de la mention la plus honorable à un concours ouvert par l'Académie de Berlin, et du Mémoire sur les Rapports du Physique et du Moral, couronnéen 1811 par l'Académie de Copenhague. Tous ces mémoires vinrent se coordonner dans l'Essai sur les Fondements de la Psychologie, dont on peut fixer la date en 1812. Aucun ne fut publié de son vivante

A vrai dire, ces travaux, loin de remplir sa vie, ne firent qu'occuper les loisirs d'une carrière administrative extrêmement active. Le 13 mars 1805, Maine de Biran avait été nommé, par un décret impérial, conseiller de préfecture du département de la Dordogne. Un nouveau décret impérial l'appela, le 21 février 1806, au poste de sous-préfet de Bergerac. 11 accomplit ces fonctions, qui semblaient si peu convenir à son gt)ùt, avec un zèle, une prévoyance, une intelligence admirables. Agriculture, commerce, travaux publics, œuvres de bienfaisance, rien n'échappait à ses préoccupations. Mais c'est surtout à l'organisation de l'enseignement et à la diffusion des sciences qu'il apporta tous ses soins. Il créa à Bergerac une école gratuite où l'enseignement primaire fut donné selon ia méthode de Pestalozzi. Il fonda une Société médicale qui réunit non seulement les médecins de larrondissement de Bergerac, mais tous ceux qui s'intéressaient aux diverses sciences : physique, chimie, botanique, histoire naturelle, météorologie. C'est pour cette Société, dont il était le président, qu'il écrivit le Mémoire sur les Perceptions obscures, les Observations sur le Système de Gall, les Nouvelles Considérations sur le Sommeil, les Songes et le Somnambulisme. Élu député aux élections législatives de 1809, Napoléon lui défendit de quitter son poste avant la nomination de son successeur, qui se fît attendre plus de deux ans. Ce n'est qu'au cours de l'année 1812 qu'il quitta ses fonctions administratives et entra au Corps législatif.

Pendant tout le temps qu'il fut fonctionnaire de l'Empire, Maine de Biran se montra un serviteur respectueux du gouvernement impérial ; mais dès qu'il eut, avec son nrandat de député, recouvré l'indépendance, il laissa rarement passer une occasion de faire entendre à l'Empereur les vœux que lui inspirait le souci de

t. La publication du Mémoire sur la Décomposition de la Pensée fut commencée et brusquement interrompue pour des raisons mal connues.

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l'intérêt public. Il fît partie de cette Commission des Cinq qui eut le courage, en 1813, de rédiger le fameux rapport, où le désir général de voir Napoléon conclure une paix honorable et restaurer les libertés politiques fut exprimé avec tant de force. On sait quelle fut la réponse de celui-ci : le Corps législatif fut dissous, et Maine de Biran rentra de nouveau à Grateloup, en appelant de tout son cœur le retour de la dynastie des Bourbons.

La Restauration le rappela à Paris. 11 reprit, pour la forme, l'habit de Garde du corps dans la compagnie Wagram, et fut bientôt appelé à la Chambre des députés ; les fonctions de questeur lui furent confiées le 11 juin. La nouvelle du débarquement de Bonaparte le plongea dans une sombre tristesse. Ce philosophe de la volonté, dont la conscience s'était jusqu'alors tendue dans une attitude stoïcienne, ne put réprimer un cri de désespoir. Il écrit dans son Journal, ces mots qui marquent bien l'orientation nouvelle de ses sentiments : « Pour me garantir du désespoir, je penserai à Dieu, je me réfugierai dans son sein. »

Le retour des Bourbons fait renaître l'espoir dans son cœur. Il revient occuper au Palais-Bourbon lappartement du questeur. Sauf pendant la session de 1817, il siégea jusqu'à sa mort à la Chambre des députés. En octobre l8iG, il fut nommé conseiller d'Etat, en service ordinaire, attaché à la section de l'Intérieur. Vivant seul à Paris la plus grande partie de l'année, il allait chaque automne en Périgord, auprès de sa famille. Une seule fois il sortit de France ; ce fut pour parcourir, en 1822, quelques-uns des cantons suisses. Au cours de ce voyage, il alla rendre visite à Pestalozzi, avec qui il avait autrefois, quand il était sous-préfet de Bergerac, échangé une correspondance.

Quoiqu il n'eût pas le tempérament dun orateur, ni celui d'un homme d'État, Maine de Biran aimait la vie politique ; peut-être l'aimait-il surtout parce qu'elle faisait une diversion précieuse à l'inquiétude et aux troubles dont son Ame était agitée. Royaliste convaincu, ce fut un des serviteurs les plus fidèles et les plus désintéressés de la dynastie des Bourbons. 11 considérait le pouvoir royal comme seul capable de faire régner Tordre dans Tj^tat en assurant à chacun l'exercice de ses libertés légitimes. 11 était également éloigné de la démocratie et du despotisme. Mais la politique, à aucune époque de sa vie, n'absorba Maine de Biran au point de lui faire oublier la philosophie. Elle demeura son occupation la plus douce, l'objet de sa plus chère prédilection. II avait fondé, dès 1814, une société philosophique qui se réunissait chez lui tous les quinze jours, et qui comprenait Royer-Collard, Guizot, les deux Cuvier, Thurot, Ampère, de Gérando, pour ne citer que les plus connus. Plus tard, celui que Maine de Biran nommait le

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jeune Cousin devait se joindre à eux. C'est pendant cette période qu'il publia l'Examen des Leçons de Philosophie de M. Laromiguière (1817) et VExpositionde la Doctrine de Leibniz (1818). Mais il composa aussi le Commentaire sur les Méditations métaphysiques de Descartes, les Rapports des Sciences naturelles avec la PsychologiCy VExamen des Doctrines de M. de Bonald, les Fondements de la Morale et de la Religion qui furent publiés depuis.

C'est surtout par le Journal que nous connaissons la dernière période de sa vie. Nous y voyons sa santé devenir de plus en plus chancelante, le mécontentement de soi grandir, par suite de Tinstabilité de ses sentiments et du déclin de ses facultés. Sentant, en lui comme en dehors de lui, tout point d'appui lui manquer, Marne de Biran se réfugie au sein de la religion. Dieu occupe dans sa philosophie comme dans sa vie, une place que jusque-là il n'y avait pas. Un ordre nouveau de faits se révèle à lui : il ajoute un nouvel étage à sa construction philosophique. De même qu'au début de ses méditations, la vie humaine caractérisée par la conscience de soi lui était apparue comme radicalement distincte de la vie animale, de même, il conçoit la vie de l'esprit, ou la vie religieuse comme infiniment élevée au-dessus de la vie consciente. C'est sous l'influence de cette idée qu'il commença une nouvelle rédaction de ses travaux philosophiques, les Nouveaux Essais d'Anthropologie, qui eût été l'expression définitive de sa pensée. Il n'y abandonnait rien de ses idées antérieures ; mais il les coordonnait avec ses idées nouvelles. Il n'eut malheureusement pas le temps d'achever cet ouvrage dont nous ne possédons que des fragments. Il mourut, le 22 juillet 1824, après avoir reçu les derniers sacrements.

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