LA PHILOSOPHIE DE L'ESPRIT HUMAIN DE M. DUGALD-STEWART
« Gomme dans les recherches phj^siqaes on peut être parfaitement d'accord sur les phénomènes, sur l'ordre de leur succession et les lois géne'rales d'où dépendent ces phénomènes, sans s'accorder sur la nature des causes ou forces qui les produisent, ou même sans s'occuper de cette nature ; ainsi, dans l'étude de l'esprit humain, les résultats, auxquels on arrive en examinant attentivement les phénomènes qu'il '' offre à l'observation, n'ont aucune liaison nécessaire avec les opinions que nous pouvons nous former de la nature ou l'essence du principe pensant ; par exemple le principe de la liaison des idées est également vrai, également constaté, pour le matérialiste et le disciple de Berkeley. »
Cette assertion est juste et très importante, et c'est d'elle que je suis parti dans mon dernier ouvrage. Il paraîtrait cependant que je me trouve ici dans une sorte de contradiction avec M. Stewart, puisqu'il enseigne que dans l'étude des phénomènes psychologiques, comme dans celle des phénomènes physiques, on peut, on doit même faire abstraction des causes, tandis que je prétends au contraire que les erreurs de nos métaphysiciens les plus modernes viennent surtout d'avoir voulu absolument introduire, dans la science des
l. DuGALD Stewart, philosophe écossais né et mort h Edimbourg (1753-1828), fut élève de Reid en 1771. Ses principaux ouvra°:cs ont été traduits en français Éléments de la philosophie de l'esprit humain (1792i. Essais philosophiques (1810). Considérations générales sur les progrès de la métaphysique (1815). Philosophie des facultés actives (1828 i.
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principes, ou la philosophie de l'esprit humain, la même méthode qui avait, depuis Hacon, déterminé tous les progrès réels des sciences physiques. Mais ici la contradiction n est qu'apparente ; en efïet, le principe de causalité, dont je soutiens qu'on ne saurait faire abstraction dans la psychologie, n'est lui-môme qu'un fait primitif du sens intime, un phénomène sui generia , qui rentre dans la classe de ceux qui sont immédiatement aperceptibles, et est seulement le premier de son ordre. Je n'ai point parlé d'une cause absolue, d'une substance noumène, j'ai, au contraire, exclu absolument de mon ouvrage ce genre de recherches que proscrit aussi M. Stewart — seulement j'ai observé qu'en ramenant tous les phénomènes de l'intelligence à de simples modifications passives de la sensibilité et en négligeant le sentiment de causalité, et d'égoïté permanente dans ces modifications, on laissait de côté la branche la plus essentielle des phénomènes psychologiques et ce qu'il y a même de vraiment primitif dans la science de l'esprit humain ; j'ajoute maintenant que les matérialistes qui considèrent toutes les opérations de la volonté et de la pensée comme inhérentes à la sensibilité, ou identiques à la sensation, sont comme les physiciens qui n'auraient aucun égard aux forces productives des phénomènes et qui considéreraient par exemple la pesanteicr comme une propriété inhérente aux éléments de la matière au lieu de la considérer comme une force active séparée ; or, quoique la mesure de cette force physique, qui n'est jamais calculée que dans ses effets, soit la même dans l'une et l'autre hypothèse, et que par suite il n'y ait rien de changé dans la valeur ou l'appréciation des phénomènes, je ne sais pourtant si la supposition qui tend à assimiler une force motrice à une propriété ou qualité passive, n'est pas, à beaucoup d'égards, contraire à la science physique, et ne peut pas influer sur ses progrès. Il est du moins certain que les principes de la dynamique ou les considérations fondamentales sur les forces mouvantes admettent un élément de plus que les considérations abstraites sur Véteiidue et forment une branche de connaissance différente de la simple géométrie ou de la mécanique ; il y a de même une dynamique intellectuelle, dont les principes et les lois sont autres que ceux de la sensibilité passive ; les mouve-