‹ Mémoire sur les perceptions obscuresChapitre 2 sur 17 · IV NOTICE SCU LA VIE ET L COUVRE DE MAINE DE BIRAN · texte numérisé non relu

IV NOTICE SCU LA VIE ET L COUVRE DE MAINE DE BIRAN

rinlérùl public. Il fil partie de celle Commission des Cinq qui eut le courage, en iSlij, do rédiger le fameux rapport, où le désir générai de voir Napoléon conclure une paix honorable et restaurer les libertés politiques fut exprimé avec tant de force. On sait quelle fut la réponse de celui-ci : le Corps législatif fut dissous, et Maine de iiiran rentra de nouveau à (irateloup, en appelant de tout son cœur le retour de la dynastie des Bourbons.

La llcstauration le rappela ii Paris. Jl reprit, pour la forme, l'habit de Garde du corps dans la compagnie Wagram, et fut bientôt appelé à la Chambre des députés ; les fonctions de questeur lui furent confiées le 11 juin. La nouvelle du débarquement de Bonaparte le plongea dans une sombre tristesse. Ce philosophe de la volonté, dont la conscience s'était jusqu'alors tendue dans une attitude stoïcienne, ne put réprimer un cri de désespoir, il écrit dans son Journal, ces mots qui marquent bien l'orientation nouvelle de ses sentiments : « Pour me garantir du désespoir, je penserai à Dieu, je me réfugierai dans son sein. »

Le retour des Bourbons fait renaître l'espoir dans son cœur. Il revient occuper au Palais-Bourbon l'appartement du questeur. Sauf pendant la session de 1817, il siégea jusqu'à sa mort à. la Chambre des députés. En octobre 1816, il fut nommé conseiller d'Etat, en service ordinaire, attaché à la section de l'Intérieur. Vivant seul à Paris la plus grande partie de l'année, il allait chaque automne en Périgord, auprès de sa famille. Une seule fois il sortit de France ; ce fut pour parcourir, en 1822, quelques-uns des cantons suisses. Au cours de ce voyage, il alla rendre visite à Pestalozzi, avec qui il avait autrefois, quand il était sous-préfet de Bergerac, échangé une correspondance.

Quoiqu'il n'eût pas le tempérament dun orateur, ni celui d'un homme d'État, Maine de Biran aimait la vie politique; peut-être l'aimait-il surtout parce qu'elle faisait une diversion précieuse à l'inquiétude et aux troubles dont son âme était agitée. Royaliste convaincu, ce fut un des serviteurs les plus fidèles et les plus désintéressés de la djmastie des Bourbons. Il considérait le pouvoir royal comme seul capable de faire régner l'ordre dans T.Ltat en assurant à chacun l'exercice de ses libertés légitimes. Il était également éloigné de la démocratie et du despotisme. Mais la politique, à aucune époque de sa vie, n'absorba Maine de Biran au point de lui faire oublier la philosophie. Elle demeura son occupation la plus douce, l'objet de sa plus chère prédilection. Il avait fondé, dès 1814, une société philosophique qui se réunissait chez lui tous les quinze jours, et qui comprenait Royer-Collard, Guizot, les deux Cuvier, Thurot, Ampère, de Gérando, pour ne citer que les plus connus. Plus tard, celui que Maine de Biran nommait le

Page 1